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Bullshit !
N° 224 - novembre 2003

L’achat de Pechiney par Alcan consacre la courte vue
Gabriel Sainte-Marie et Pierre Dubuc
En marge de récent forum des syndicats de l’aluminium, nous avons rencontré Claude Verdier, membre de la CGT (Confédération générale des travailleurs en France), et des syndiqués de l’Alcan et des TCA au Québec. Les syndicalistes discutaient des conséquences de l’offre d’achat de Pechiney par l’Alcan.

Claude Verdier explique cette concentration par la concurrence nouvelle des entreprises chinoises et russes sur le marché de la production de l’aluminium primaire, très compétitives à cause du faible coût de leur main-d’oeuvre. L’entrée de ces nouveaux joueurs a permis à Alcan de pouvoir acheter Pechiney sans que la commission européenne sur la concurrence s’y oppose. L’Alcan devient la plus importante entreprise du secteur de l’aluminium en termes de revenus, avec 24 milliards $US annuels, devançant Alcoa, qui demeure cependant première pour le nombre d’employés et la capacité de production.

Claude Verdier s’inquiète de « la façon dont ces entreprises sont maintenant gérées. » Il peut paraître surprenant qu’un syndicaliste regrette l’époque où des entreprises comme Pechiney étaient dirigées par de grandes familles. Mais c’est le cas. Aujourd’hui, autant Pechiney qu’Alcan, n’ont plus de vrais propriétaires. Les détenteurs d’actions de ces entreprises sont de petits actionnaires, mais surtout les fonds de pension nord-américains, qui sont à la recherche de profits rapides. Ils ne veulent pas gérer l’entreprise, mais encaisser des dividendes, et tout de suite. Lorsque l’entreprise ira mal, les actions seront vendues.

Ce genre de comportement oriente aujourd’hui le développement d’Alcan et de Pechiney. « La force de Pechiney, explique Claude Verdier, a toujours été son expertise. Or, payer du personnel qualifié ne rapporte pas à court terme et coûte cher en gros salaires ». Pechiney raisonne ainsi depuis sa reprivatisation en 1995, alors que 5000 emplois ont été supprimés. L’entreprise avait été nationalisée en 1982 sous Mitterrand alors qu’elle était au bord de la faillite. Le syndicaliste constate : « Maintenant, chaque usine se consacre à un seul produit, pour un seul client. Quand il y a un creux dans le marché, on ferme l’usine, perdant ainsi l’expertise. »

Quand on peut déménager une usine là où les travailleurs sont sous-payés, on le fait. « C’est le cas pour les usines d’emballage d’aluminium. La production couvrant le marché asiatique a été transférée en Asie et celles servant le marché européen a été déplacée en Europe de l’Est, » raconte Verdier. Par conte, les alumineries, qui font de l’électrolyse, ne peuvent être déménagées rapidement. Mais l’électricité coûte très cher à produire en Europe et la demande ne cesse d’augmenter. Déjà, des usines d’électrolyse sont prévues au Bahrein et en Égypte.

La relocalisation des activités vers les régions à faibles salaires est profitable à court terme. L’entreprise continue sur la lancée tout en coupant la dépense. Claude Verdier remarque cependant que « rapidement, surtout si on néglige la recherche comme celle portant sur de nouveaux alliages, l’entreprise s’essouffle, devient non compétitive et non rentable, s’écroule et disparaît. »

Si, en Europe, les usines déménagent, quel sort attend celles du Québec ? Soulignons d’abord qu’il n’y a pratiquement pas d’entreprises spécialisées dans la transformation de l’aluminium. Alcan vient d’annoncer dans la région du Saguenay la construction d’une usine, créant 50 nouveaux emplois, servant à restaurer et à recycler les cuves utilisées dans la fabrication de l’aluminium. Mais, en même temps, la direction d’Alcan affirme qu’il coûte trois fois plus cher de construire de nouveaux laminoirs au Québec qu’en Chine.

Un des grands avantages d’Alcan au Saguenay, c’est qu’elle possède ses propres installations hydroélectriques qui ont échappé à la nationalisation en 1962. La production de l’électricité, essentielle à la fabrication d’aluminium, ne lui coûte presque rien. Or, avec le nouveau marché de l’électricité couvrant tout le nord-est de l’Amérique, Alain Proulx, président de la Fédération du secteur des syndicats de l’aluminium, craint qu’Alcan soit tenté de vendre son électricité sur le marché américain plutôt que de moderniser ses installations d’Arvida.

« L’usine d’Arvida est très vieille, a besoin de restauration et est très polluante », explique Alain Proulx. Moderniser l’usine et se plier aux règles environnementales est fort probablement moins rentable que de vendre l’électricité sur les marchés américains et construire des laminoirs en Chine. Mais il y a, évidemment, d’autres considérations en jeu. L’aluminium est un matériau stratégique et il n’est pas évident que l’Amérique du Nord veut se retrouver dépendante de la Chine pour son approvisionnement en cette période troublée.

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