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Bullshit !
N° 224 - novembre 2003
Le Parti québécois n’aura d’autre choix que d’opérer un virage à 180 degrés et de redevenir la grande coalition qu’il était dans les années 1970
La proportionnelle ? D’abord à l’intérieur du Parti québécois !
Pierre Dubuc
Le gouvernement Charest invoque l’appui de l’électorat à son programme de réingénierie de l’État. Il additionne aux 45,9 % des voix recueillis par son parti, les 18,2 % de votes adéquistes. Il se réclame même d’une fraction du Parti québécois en citant le rapport Facal qui prônait une révision similaire du rôle de l’État.

Le premier ministre Charest peut procéder de la sorte à cause de l’extrême faiblesse de l’opposition de gauche. En effet, très peu de membres de la députation péquiste peuvent prétendre au rôle de porte-parole de la gauche et l’incapacité de l’Union des forces progressistes (UFP) à canaliser le mécontentement populaire lors du dernier scrutin la condamne à l’insignifiance politique. Et, comme les absents ont toujours tort, les 30 % d’abstentionnistes – du jamais vu depuis 1927 – n’ont évidemment pas voix au chapitre.

Cette situation fort préoccupante commande un réexamen majeur de la situation politique. Il y a sept ans, dans le contexte de la politique du Déficit zéro, nous avons lancé un appel dans les pages de l’aut’journal à la création d’une alternative politique. Au mois de novembre 1997, plus de 600 personnes répondaient à cet appel lors d’une assemblée au cégep Maisonneuve. Cette initiative allait donner naissance au Rassemblement pour une alternative politique (RAP) qui allait plus tard former avec d’autres partis l’UFP.

Nous savions qu’une percée de la gauche sur la scène politique était quasi impossible sans une réforme du mode de scrutin. Nous avons donc lancé à l’époque une campagne à cet effet avec la publication du livre Le scrutin proportionnel de notre collaborateur Paul Cliche.

Cette campagne a popularisé la nécessité d’une réforme du mode de scrutin et elle doit être poursuivie jusqu’à l’obtention de réformes fondamentales. Cependant, le Parti libéral a déjà annoncé que la réforme – si réforme il y a – ne serait pas en vigueur lors de la prochaine campagne électorale. Certes, il faut condamner fermement ce report. Mais la gauche doit envisager la possibilité que le prochain scrutin se tienne selon les règles actuelles, d’autant plus que le Parti québécois est profondément divisé sur la pertinence d’une telle réforme.

Au-delà de la question du mode de scrutin, la situation politique doit également être réévaluée à la lumière de la nouvelle conjoncture. La défaite du Parti québécois a mis fin à un cycle politique qui s’était ouvert avec l’élection du gouvernement Parizeau en 1994 et dont le point culminant a été le référendum de 1995. Un nouveau cycle est en gestation. À nouveau, le chef du Parti québécois propose la tenue d’un référendum sur la souveraineté l’année suivant la prise du pouvoir.

Cette proposition a déjà enclenché une contre-attaque des forces fédéralistes qui ira s’intensifiant au fur et à mesure que nous approcherons du scrutin. Car, compte tenu de la progression continue de l’idéal indépendantiste au sein de la population québécoise, les fédéralistes savent très bien qu’ils perdront fort probablement le prochain référendum. Tout sera mis en œuvre pour qu’il ne se tienne pas et la façon la plus sûre d’y arriver sera, bien entendu, d’empêcher l’élection du Parti québécois.

Devant tant d’adversité, le Parti québécois n’aura d’autre choix, s’il veut l’emporter, que d’opérer un virage à 180 degrés et de redevenir la grande coalition, balayant l’ensemble du spectre politique, qu’il était dans les années 1970. La déclaration de Bernard Landry, publiée la veille du dernier Conseil national du Parti québécois, est annonciatrice de cette ouverture.

La gauche doit bien évaluer la nouvelle conjoncture. Aux prises avec le déséquilibre fiscal (les besoins sont à Québec, l’argent à Ottawa), le Parti libéral avec sa réingénérie de l’État et ses compressions budgétaires va nourrir le projet souverainiste. Avec le Parti québécois dans son rôle d’Opposition officielle, et sa promesse d’un référendum sur la souveraineté, le débat social va nécessairement prendre une coloration nationale. Les questions sociale et nationale seront intrinsèquement liées.

Que fera la gauche face à cette situation? Probablement qu’un courant flirtera avec la gauche fédéraliste, comme le démontre un certain rapprochement entre l’UFP et le NPD. Mais quelle doit être la perspective de ceux qui croient à l’unité indissoluble entre la libération nationale et l’émancipation sociale comme le proclame le programme de l’UFP?

Nous croyons que la gauche doit envisager sérieusement la possibilité de constituer une tendance organisée à l’intérieur du Parti québécois avec la perspective d’y défendre ses idées et de faire élire un certain nombre de ses porte-parole lors d’éventuelles élections partielles et, bien entendu, lors du prochain scrutin général.

Dans le dernier numéro de l’aut’journal, nous avons publié un compte-rendu du congrès des Travailleurs canadiens de l’automobile (TCA) où ont été adoptées des recommandations fort intéressantes sur l’action politique. Les TCA invitent leurs membres à devenir membres de partis politiques – le PQ au Québec, le NPD dans le reste du Canada – et à se regrouper au sein d’un comité « syndicat et politique » dont l’objectif est de coordonner leurs interventions. Peut-on imaginer une version élargie de cette approche? C’est-à-dire que les militantes et militants aux affinités de gauche qui prendraient leur carte de membre du Parti québécois pourraient se regrouper à l’extérieur du PQ, par exemple dans un club politique.

La gauche devra évidemment pouvoir faire entendre sa voix à l’intérieur du Parti québécois et sur la place publique. Des exemples de cohabitation entre différentes tendances existent dans d’autres partis politiques. Par exemple, les statuts du Parti socialiste français reconnaissent l’existence de différents courants politiques et prévoient la représentation proportionnelle aux différentes instances du parti de ces tendances en fonction du nombre de votes qu’ils obtiennent sur leur énoncé politique lors des congrès du parti.

Cette idée, nous apprend Le Devoir du 20 octobre, est partagée par Daniel Turp qui « estime que le PQ doit envisager de créer des ailes ou des courants, à l'instar du Parti socialiste français ». Cette idée est reprise dans le document publié dans Le Devoir du 29 octobre par M. Turp, à titre de membre du comité de coordination des chantiers de modernisation du Parti québécois.

À défaut de la proportionnelle lors du prochain scrutin, peut-on imaginer une proportionnelle à l’intérieur du Parti québécois ?

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