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Bullshit !
N° 224 - novembre 2003
La septième ville la plus polluée au Canada
Belledune deviendra-t-elle Belledompe ?
Vincent Larouche
Qui voudrait d’une usine spécialisée dans le traitement de déchets hautement toxiques en provenance des États-Unis dans sa cour ? Les citoyens de la région de la Baie-des-Chaleurs, qu’ils soient Gaspésiens, Néo-Brunswickois ou Micmacs, sont clairs sur le sujet: pas question que la compagnie Bennett Environmental mette en service son nouvel incinérateur à Belledune, Nouveau-Brunswick, avant la tenue d’une étude indépendante et d’une audience publique.

C’est forte d’une pétition de 35 000 noms qu’une délégation de citoyens de la région s’est rendue à Ottawa pour exiger un moratoire sur la construction de l’incinérateur. Pour un territoire aussi peu peuplé, il s’agit d’une mobilisation non-négligeable: « Ça équivaut à environs 450 000 signatures à Montréal », explique Owen Fugères, organisateur communautaire au CLSC de la Baie-des-Chaleurs.

Malgré qu’ils n’aient pas réussi à parler au ministre de l’Environnement à Ottawa, les délégués ont rencontré l’ensemble des caucus du Bloc québécois et du NPD, où ils ont trouvé un certain appui.

Jusqu’à présent, la seule étude sur l’impact environnemental de l’usine de traitement de déchets a été réalisée pour le compte de Bennett. Les opposants au projet exigent une étude qui ne serait pas payée par le promoteur même du projet, ce que le gouvernement du Nouveau-Brunswick n’a pas jugé nécessaire. Du côté de Québec, on se borne à « demander des informations » sur le sujet.

Un groupe de citoyens de Saint-Ambroise, au Lac-St-Jean, a été parmi les premiers à sonner l’alarme chez la population de la Baie-des-Chaleurs. Bennett exploite chez eux un incinérateur du même type que celui construit à Belledune. Alors que, dans un premier temps, la compagnie entend traiter au Nouveau-Brunswick « seulement » 100 000 tonnes de sols contaminés aux hydrocarbures et au créosote, l’usine lui permettra aussi de traiter des sols contaminés aux BPC, dioxines et furanes, comme elle le fait à St-Ambroise depuis 1997.

Avant même que ne débute la construction de l’incinérateur, Belledune était déjà la septième ville la plus polluée au Canada. Une centrale thermique au charbon et une fonderie de plomb de la compagnie Noranda déversent déjà leurs rejets nocifs. Les pêcheurs du coin sont payés par la Noranda pour brûler les homards hautement contaminés au plomb qu’ils capturent.

Selon les relevés pour l’année 2002 qui ont été soumis au gouvernement provincial par Noranda elle-même, on retrouve à Jacquet River, un village voisin de Belledune, un taux de plomb dans la végétation dépassant près de 50 fois les normes internationales. Plus près de la fonderie, les taux dépassent jusqu’à 250 fois les normes, alors que sur les terrains adjacents aux édifices de l’exploitation, ils s’élèvent jusqu’à 2500 fois au-dessus des normes. L’analyse du sol lui-même révèle une forte présence de plomb, de zinc, d’arsenic et de cadmium.

Plusieurs intervenants locaux, déjà inquiets de la santé de la population, craignent qu’un incinérateur de sols contaminés, qui importerait des déchets toxiques de l’étranger, ne constitue un danger supplémentaire pour la santé publique.

De l’autre côté de la Baie, en Gaspésie, la situation environnementale n’est pas rose non plus. À ce jour, il en a coûté 70 millions de dollars pour dépolluer les réseaux d’eau potable des municipalités de la région, explique Geneviève Saint-Hilaire, qui participe à la mobilisation au sein de la coalition Retour à l’expéditeur. Pour elle, « il n’y a plus de place pour un gramme de pollution dans la Baie-des-Chaleurs. C’est déjà sursaturé ! »

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