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Bullshit !
N° 224 - novembre 2003
La réingénierie selon Monique Jérôme-Forget
Si vous êtes pas contents, vous le direz dans 5 ans
Marc Laviolette
Après les déclarations incendiaires du premier ministre Charest contre les syndicats et les groupes de pression, plusieurs militantes et militants avaient les yeux tournés vers l’Assemblée nationale lors de la reprise de ses travaux le 21 octobre dernier. On s’attendait au dépôt du projet de loi réformant l’article 45 du Code du travail et à des débats autour de projets concrets de réingénierie de l’État. Résultat ? « Business as usual ». Force nous est de constater que les vrais débats sur la ré-ingénierie de l’État se déroulent bien plus à l’extérieur qu’à l’intérieur de l’Assemblée nationale.

S’il est vrai qu’un gouvernement nouvellement élu passe ses projets de réformes impopulaires en début de mandat, avions-nous oublié que, détenant le pouvoir, il contrôle aussi le rythme des réformes ? Pour connaître le menu législatif complet de la session d’automne, nous devrons donc attendre jusqu’au 13 novembre, date limite pour le dépôt des projets de loi.

S’il veut organiser une riposte crédible et durable, le mouvement de résistance aux différents projets néolibéraux du gouvernement Charest doit se garder de mobiliser uniquement ses troupes sur des « inquiétudes » et des « craintes ». Le piège du « pétard mouillé » est trop grand et son effet démobilisateur trop dangereux.

Le premier test du gouvernement Charest est celui des défusions municipales. Plaire aux défusionnistes et maintenir les grandes villes actuelles. Tout un défi ! Jusqu’à maintenant les sondages globaux sont défavorables au projet Charest. Quelle sera la mouture finale ? C’est à suivre, mais une fois le projet adopté, les forces progressistes devraient s’investir sur le front municipal pour combattre l’orientation défusionniste des libéraux.

Les nouvelles règles budgétaires du ministre Séguin réduisaient de 29 millions (4,5 %) les dépenses du ministère de la Famille affectant ainsi le budget de fonctionnement des Centres de la petite enfance (CPE) de 2,27 %, tout en limitant leurs surplus à 25 % de leurs revenus. Nous ne connaissons pas encore quelle sera l’augmentation de la contribution des parents, mais déjà le mouvement de résistance pour le maintien du réseau de garderie à 5 $ est organisé et a été un des premiers à manifester son opposition aux politiques du gouvernement.

Pendant qu’à l’Assemblée nationale on causait sur le caractère français du mot partenariat, tout en dénonçant le mépris des libéraux pour l’État québécois dont ils dirigent les destinées, la ministre Jérôme-Forget, responsable de la réingénierie, avouait lors d’une présentation devant le Conseil du patronat, le 23 octobre dernier, rapporte le journal Le Devoir, que le message gouvernemental passait mal et que « c’est pour ça que je commence à me promener et à expliquer le message », renvoyant ceux qui n’étaient pas contents aux prochaines élections, dans cinq ans, pour exprimer leur désaccord.

Vantant les mérites des partenariats public-privé, elle avouait cependant que le vérificateur général n’avait pas accès aux livres des compagnies privées pour vérifier les résultats. Déclaration particulièrement inquiétante après les scandales financiers qui ont entraîné la perte de 100 milliards US dans les scandales d’Enron, World Canon Tyco aux États-Unis et Bre-X, Cinar, Nortel, au Canada.

Selon M. Réal Labelle de la chaire H.E.C. de gouvernance et juricomptabilité consacrée aux fraudes comptables, cité dans Le Devoir du 25 octobre, la cause de ces fraudes serait le type de rémunération accordée aux dirigeants et leurs motivations à faire état de la meilleure situation financière possible. L’appât du gain serait roi et maître.

Pourtant, le partenariat privé-public est le mot clef dont la ministre Forget et le patronat se gargarisent sur toutes les tribunes. On a pu entendre dernièrement William Spur, président de Bombardier Transport, prétendre que le secteur privé est généralement plus efficace que le secteur public en matière de gestion. Reflétant le manque à gagner de 56 millions en 2004 de la Société de transport de Montréal., Bombardier aimerait bien récupérer l’entretien du réseau comme il l’a fait avec le train GO de Toronto.

On apprenait aussi dans La Presse du 25 octobre que la firme « Accenture » convoitait une partie de l’actif d’Hydro-Québec. « Accenture » ferait l’acquisition des services financiers, d’informatique, de relations avec les clients et des ressources humaines. Rien de moins. L’entente de 1,45 milliard nécessiterait le transfert de 1 700 employés avec leurs conventions collectives et permettrait une économie de 50 millions par année.

Lors du dépôt du plan stratégique 2004-2008 d’Hydro-Québec, le syndicat SCFP mettait en garde le gouvernement face à son exigence d’augmenter de 600 millions pour porter à 2,1 milliards les dividendes que la société d’État doit verser gouvernement du Québec (les profits d’Hydro-Québec ont été de 1,5 milliard en 2002). De trop grandes ponctions pourraient mettre en danger la capacité d’Hydro-Québec d’investir dans l’entretien des infrastructures et mener à bien les nouveaux projets. Nous avons là tous les ingrédients justifiants une hausse des tarifs d’électricité et une « ouverture aux partenariats privé-public ».

D’un autre côté, nous apprenons que le ministre du Développement économique et régional, Michel Audet lance sa réforme du développement régional en remettant en cause les CLD (Centre local de développement) et les CRD (Centre régional de développement) pour faire basculer le pouvoir vers les Municipalités régionales de comté (MRC). Il entend diriger les 45 millions dévolus aux CLD vers la Conférence régionale des élus (il y en aura une par MRC).

De plus, le journal Les Affaires du 25 octobre nous apprenait que Revenu-Québec deviendrait une agence autonome comme l’est le ministère du Revenu à Ottawa depuis 1999. A mi-chemin entre un ministère et une société d’État, l’Agence offrirait « plus de flexibilité dans la gestion des ressources humaines », nous dit-on. « Les employés feraient toujours partie de la fonction publique », promet-on. Mais, tout comme à Emploi-Québec, cette nouvelle agence Revenu-Québec pourrait être un nid favorable au développement de la sous-traitance par des partenariats privé-public.

De son côté, le ministre de la Santé Couillard lançait, la semaine du 20 octobre, sa réforme des structures régionales de santé visant l’abolition des Régies régionales et la fusion forcée des CH – CLSC – CHSLD augmentant ainsi la tendance hospitalocentriste du réseau.

Tous ces débats se passent à l’extérieur de l’Assemblée nationale et en dehors des commissions parlementaires. Jamais le Québec n’a connu un tel déficit démocratique. On se croirait à l’époque de Duplessis, de la grande noirceur.

Face à l’ampleur de ces attaques, les forces progressistes du Québec ont un devoir d’unité. Ce qui doit être à l’ordre du jour, ce sont nos convergences et non nos divergences. Les « egos » et le « bien paraître » de nos organisations doivent être secondaires. Le tout doit l’emporter sur les intérêts particuliers de chaque organisation qui composent la coalition de résistance au gouvernement Charest. L’enjeu est trop important.

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