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Bullshit !
N° 224 - novembre 2003
Le quartier général de la CIA ou un hôtel à Bagdad ?
Ça dépend si on est Européen ou Américain !
Michel Chossudovsky
J’étais à l’Université de la Paix à Rovereto dans le nord de l’Italie lorsque la radio nationale annonca la toute dernière nouvelle « Attaque contre le quartier général de la CIA à Bagdad par deux commandos-suicide ».

De retour à mon hôtel, j’ai immédiatement syntonisé CNN, mais je n’ai pas entendu un mot sur « le quartier général de la CIA ».

Le reportage parlait d’un « attentat à la voiture piégée conduite par des commandos-suicide, ayant pris pour cible un hôtel de Bagdad qu’on croit être la résidence d’officiels américains, qui a fait six victimes iraquiennes. Le porte-parole américain déclare que deux voitures fonçaient vers l’hôtel lorsque les gardes ont fait feu. Les deux voitures ont explosé près de l’édifice sur une avenue commerciale très fréquentée. »

Plus tard, Jane Arraf, le correspondant de CNN, rapportait les propos de Renay, le porte-parole américain, qui déclarait que « parmi les six victimes iraquiennes se trouvaient deux membres des forces de sécurité iraquiennes qui avaient ouvert le feu sur une des voitures, la stoppant avant qu’elle n’atteigne l’hôtel Bagdad. »

Un reportage ultérieur du réseau ABC soulignait la présence à l’hôtel Bagdad du Conseil de gouvernement iraquien, tout en admettant la présence d’officiers américains. Selon Neal Karlinsky, le correspondant du réseau ABC, « Paul Bremer, l’administrateur américain pour l’Iraq, déclarait : “ Nous allons travailler avec la police iraquienne pour trouver les responsables de cet attentat et les traduire devant la justice ”. Des Américains présents dans l’édifice nous ont déclaré avoir été avertis de la possibilité d’un attentat à la voiture piégée deux jours auparavant. Ils planifiaient de renforcer le mur de sécurité, mais n’avaient pas eu le temps de terminer leurs travaux. »

Le lendemain matin, l’explication lancée la veille avait déjà été modifiée dans les principaux quotidiens américains. Toute référence dans la presse écrite à la présence de militaires américains, voire d`agents de la CIA, à l’hôtel Bagdad fut minimisée ou passée sous silence.

Désormais, selon l’histoire officielle, l’hôtel Bagdad était utilisée par le Conseil de gouvernement iraquien. Dans le New York Times, le journaliste Alex Berenson décrivait l’attaque comme une fait divers, du déjà vu : « Un hôtel utilisé par des membres du Conseil iraquien a été la cible d’une attaque à la voiture piégée. »

Un titre quasiment identique coiffait l’article du Washington Post paru dans l’édition du lundi 13 octobre : « Sept personnes victimes d’une attaque à la voiture piégée à Bagdad : l’explosion a eu lieu près d’un hôtel abritant des officiels iraquiens. »

L’article se lit comme suit : « Une bombe actionnée par un commando suicide a explosé dans une voiture près d’un hôtel de Bagdad, libérant une vague de débris dans l’entrée de l’hôtel et une rue commerciale très achalandée. Au moins sept personnes, en plus du commando-suicide, ont été tuées et 40 autres ont été blessées, y compris un membre du Conseil de gouvernement iraquien et trois Américains, selon les officiels militaires américains et les hôpitaux qui ont traité les blessés. Selon un porte-parole militaire, parmi les victimes se trouvent six gardes de sécurité iraquiens. »

Dans une belle opération de désinformation où les mots sont soigneusement choisis, le Washington Post dresse des analogies entre l’attaque contre l’hôtel Bagdad et l’attentat de Bali en Indonésie, dans le but de refiler, en quelque sorte, la responsabilité de l`attaque à Ben Laden. « Bien que les porte-parole américains n’aient pas identifié de groupe responsable de l’attentat, écrit le journaliste, les soupçons portent sur des éléments loyaux à Saddam Hussein et les extrémistes musulmans qui ont pénétré en Irak l’été dernier. L’attaque de dimanche dernier est survenue un an, jour pour jour, après l’explosion dans un club de nuit de Bali et trois ans après l’attentat contre le USS Cole au large des côtes du Yémen. Ces deux derniers attentats ont été attribués à l’organisation terroriste Al-Qaeda. »

Alors que les journaux américains avaient reçu l’ordre de ne pas mentionner la présence du « quartier général de la CIA », cette information se retrouvait en première page de la plupart des journaux européens.

Le journal The Independant de Londres titrait : « La résistance iraquienne prend pour cible la CIA, tuant six personnes dans un attentat à la bombe. » L’article se lisait comme suit : « Une phase meurtrière de la guerre de résistance à l’occupation militaire de l’Iraq s’est ouverte hier avec l’attaque à la voiture piégée par un commando suicide qui a pris pour cible l’hôtel Bagdad où l’on croit que logeaient des officiels américains de hauts rangs et des agents de la CIA. Au moins six personnes ont été tuées et 32 autres blessées. »

« La plupart des personnes tuées et blessées étaient iraquiennes. Mais l’audace de l’attaque contre un hôtel rempli d’officiels américains démontre l’efficacité de la résistance et sa campagne de mieux en mieux organisée pour déstabiliser les forces d’occupation américaines. »

« L’hôtel Bagdad était bien défendu et utilisé par des officiels américains, des agents de sécurité, des membres du Conseil du gouvernement iraquien et des entreprises américaines. Les Iraquiens croient également que l’édifice abritait les opérations de la CIA et, selon une rumeur largement répandue dans Bagdad, les membres du Mossad, les services secrets israéliens. »

Quant à la dépêche de l’Agence France-Presse, elle était coiffée de ce titre : « On croit que l’hôtel Bagdad abrite le quartier général de la CIA à Bagdad ». L’AFP rapportait également qu’un « officier américain présent lors de l’attentat a confirmé que le personnel de sécurité des Etats-Unis et des hommes d’affaires américains habitaient l’hôtel, de même que des membres du conseil soutenu par les Etats-Unis ».

Le Irish Times écrivait : « Une rumeur largement répandue veut que l’hôtel Bagdad, où six Iraquiens sont morts lors d’un double attentat suicide dimanche, abritait les quartiers généraux de la CIA, du Mossad et de ses partisans de l’ancienne milice armée du sud Liban. L’édifice était bien protégé et peu de personnes avaient l’autorisation d’y pénétrer. Après l’attentat, la Coalition de l’autorité provisoire a nié les informations sur la présence de la CIA et a déclaré que l’hôtel Bagdad abritait les membres du Conseil de gouvernement et des entrepreneurs en construction américains. »

On a délibérément induit en erreur l’opinion publique américaine. Cette campagne de désinformation avait également pour but de camoufler l’incompétence flagrante de la CIA (avec budget annuel dépassant les 30 milliards $) dont les installations bien protégées à Bagdad furent l’objet d’une attaque en plein jour par un beau dimanche après-midi.

L’hôtel ressemblait à un camp retranché. Les agents de sécurité de l’agence de mercenaires privée Dyncorp, sous contrat avec le Pentagone, patrouillaient sur les toits des édifices près de l’hôtel, selon le journal Libération du 13 octobre. Selon la presse européenne, « la vraie cible n’était rien de moins que la CIA ». L’attaque révèle la faiblesse des forces de la Coalition et de la CIA. Elle met également en lumière la capacité de la résistance armée de mener des actions à l`endroit de cibles névralgiques des forces d’occupation anglo-américaines.

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