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Bullshit !
N° 224 - novembre 2003
La FECQ casse l’élan du mouvement étudiant
Un syndicat de jaunes qui couche avec les rouges
Vincent Larouche
L'année scolaire semblait avoir démarré sous le signe de la mobilisation au sein du mouvement étudiant. Les trois syndicats étudiants nationaux, soit la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) et l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ), annonçaient tous un automne chaud au gouvernement Charest et une résistance acharnée face à ses politiques néo-libérales. Mais voilà que l'élan initial semble brisé, et que l'automne ne s'annonce plus aussi torride que prévu pour les libéraux…

En septembre dernier, la FECQ a reçu le ministre de l'Éducation en personne, monsieur Pierre Reid, à son congrès. La FECQ distribue d'ailleurs à travers le Québec un vidéo de ce congrès, où le ministre, l'air décontracté en manches de chemise et sans cravate, promet aux délégués le maintien du gel des frais de scolarité pour le présent mandat, l'instauration d'un loi-cadre sur les frais afférents, la tenue d'un forum sur les cégeps et la reconnaissance de l'implication étudiante.

Depuis ce congrès, la FECQ s'est réorientée, se disant satisfaite des engagements du ministre. La fédération se contente pour l'instant d'informer ses membres des enjeux, mettant la mobilisation en sourdine en attendant que la situation n'évolue. Selon la présidente, Geneviève Hardy, la FECQ gardera tout de même M. Reid à l'œil : « À l'hiver, attention on va être prêts, on va avoir un plan d'action », déclare-t-elle.

Chez les universitaires de la FEUQ, on préfère juger le ministre à ses actions et non à ses paroles. Ainsi, en dépit des beaux discours de Reid, les actions des libéraux depuis leur entrée au pouvoir ne sont pas encourageantes: « En ce moment, on voit des coupures et des scénarios de dégel », s'inquiète Carole Cardinal, attachée de presse de la fédération.

Bien que la FEUQ se refuse à commenter le changement de cap de la FECQ, elle rappelle que lors de la manifestation pour un réinvestissement en éducation du 9 octobre dernier, de nombreuses associations de cégeps locales sont venues appuyer le mouvement, et ce en leur nom propre.

À l'ASSÉ, le discours est encore plus tranché : « C'est sûr qu'ils [la FECQ] se contentent de bien peu. Les promesses du parti libéral pour nous ça n'a pas beaucoup de crédit, étant donné les orientations de fond qui sont la réingénierie et les baisses d'impôt. C'est de l'inconséquence », explique François Baillargeon, porte-parole de l'association. L'ASSÉ continue d'appeler à la grève générale illimitée pour obtenir un réinvestissement massif en éducation.

Le revirement de la FECQ semble avoir calmé légèrement l'effervescence qui animait les campus depuis septembre. Ainsi, le mouvement la grève semble un peu moins populaire qu'on s'y attendait au sein de plusieurs associations. La FEUQ a aussi perdu un allié de taille dans la campagne qu'elle avait lancée conjointement avec les collégiens à la rentrée.

Plusieurs acteurs du milieu étudiant pointent du doigt « l'aile libérale » de la FECQ, qui aurait planifié ce désengagement face au gouvernement Charest. Alors que la fédération a connu d'innombrables changements au sein de l'exécutif depuis les dernières années, parfois même plusieurs fois au cours d'une même session, certains anciens exécutants restent en poste depuis des lustres à titre d'employés salariés de l'organisation. Les liens de plusieurs de ces vieux routiers du mouvement étudiant avec les libéraux sont bien connus.

Par exemple, la campagne de la FECQ lors des dernières élections, qui visait à faire « sortir le vote étudiant », a été orchestrée par un ancien secrétaire général de la fédération, Jocelyn Huot, membre du Parti libéral du Canada, qui militait et milite toujours activement au sein du comité « Jeunes pour Paul Martin ».

De plus, la FECQ a récemment crée une compagnie à but lucratif visant à fournir des services aux étudiants, le CISÉ, avec laquelle elle partage ses bureaux. Le directeur des finances de cette entreprise est un ancien président de la FECQ, devenu plus tard conseiller politique rémunéré à même les cotisations étudiantes, Alexandre Gagnon. Il s'avère que monsieur Gagnon est aussi vice-président des jeunes libéraux fédéraux pour l'est du Québec.

Cette « vieille garde » continue d'exercer une influence considérable au sein de la FECQ: de façon officielle à titre de conseillers, d'administrateurs et d'organisateurs, ou de façon informelle en partageant leurs nombreuses années d'expérience au sein du mouvement étudiant collégial avec les jeunes recrues nouvellement élues.

Un ancien éxécutant de la FECQ ayant travaillé avec ces personnes dans l'exécutif du syndicat a confié à l'aut'journal que pour lui, il ne faisait aucun doute que la fédération s'était entendue avec les libéraux pour calmer la mobilisation en échange de quelques « bonbons ». Selon lui : « Ces gens sont pour la réingénierie de l'État, pour l'indexation de leurs propres frais de scolarité, pour le conservatisme social », ils n'est donc pas question qu'ils s'opposent trop fortement au gouvernement Charest.

D'ailleurs, l'une des premières concessions que la FECQ se félicite d'avoir obtenue du ministre est la reconnaissance de l'implication étudiante au niveau collégial par le gouvernement. Ainsi, les étudiants qui s'impliquent dans un club, un organisme communautaire ou…une fédération étudiante comme la FECQ, se verraient récompensés soit par des crédits de cours, des mentions au diplôme ou des libérations de temps.

La FECQ, qui avait salué dans un communiqué de presse l'élection du Parti libéral aux dernières élections, est le seul organisme syndical au Québec a avoir applaudi lors du dépôt du dernier budget provincial. Alors que tous les intervenants du milieu de l'éducation déploraient le manque de fonds en éducation, la FECQ s'est déclarée satisfaite, ce qui lui a lié les mains quand est venu le temps d'exiger de nouveaux engagements du ministre Reid.

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