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Bullshit !
N° 224 - novembre 2003
René Lévesque avait pris connaissance de Neat Pitch
Les plans d’invasion et d’occupation du Québec
Pierre Dubuc
Dans le deuxième tome de sa biographie de Jean Chrétien, le journaliste Lawrence Martin écrit que le premier ministre n'aurait pas reconnu une victoire du OUI au référendum de 1995 et que le ministre de la Défense, David Collenette, lui a avoué qu'il avait des plans d'urgence par lesquels l'armée allait protéger les installations fédérales au Québec. Ajoutons qu'une telle provocation aurait inévitablement créé des affrontements qui auraient légitimé une intervention généralisée de l'armée en territoire québécois.

La presse fédéraliste s'est empressée de déclarer comme Jean Chrétien que c'était de la « bullshit ». Vincent Marissal de La Presse a écrit que « Jean Chrétien n'avait pas de plan pour envoyer l'armée au Québec » et il a tourné l'affaire en ridicule en disant que « David Collenette et quelques fonctionnaires zélés ont joué avec leurs soldats de plomb pour simuler une intervention postréférendaire. » Son collègue l'éditorialiste André Pratte a fustigé Lawrence Martin. « Il y a bien assez de mythes dans l'histoire du Québec, point besoin d'en rajouter », écrit-il en disant qu'il fallait « tout de suite tuer dans l'œuf » les propos du biographe.

Nos éditorialistes ont, semble-t-il, oublié que de longs convois militaires de plusieurs centaines de véhicules avaient traversé le Québec lors de la fin de semaine du 26 août 1995, à quelques mois du référendum. À la même période, on avait eu droit à des vols la nuit d'hélicoptères militaires et aux lancements de grenade à Ville d'Anjou. Deux événements largement médiatisés.

Nos éditorialistes font comme si Octobre 1970 et l'application de la Loi des mesures de guerre n'avaient jamais existé. Ils feignent également d'ignorer que des plans d'invasion et d'occupation du territoire québécois par l'armée canadienne ont déjà été rendus publics. En fouillant dans leurs archives, ils auraient pu retrouver la déclaration fracassante de René Lévesque en conférence de presse le 18 septembre 1972 : « L'armée canadienne se comporte au Québec comme en territoire envahi et occupé ».

René Lévesque rend alors public un rapport portant la mention Secret – Canadian Eyes Only préparé par la Force mobile de l'armée canadienne établie à Saint-Hubert. Le rapport est une analyse des positions de la CSN et de l'appui que la centrale apporte à différents regroupements communistes et séparatistes. Le document présente un portrait des dix-sept dirigeants de la Centrale. Trois jours plus tard, le Parti québécois révèle un document similaire qui porte cette fois sur la Centrale des syndicats démocratiques (CSD).

Mais il y avait encore plus sérieux. Les 18 et 19 avril 1972, une brochette de hauts gradés militaires venant de l'ensemble du Canada participent à une réunion secrète à l'hôtel Laurentien à Montréal. Ils sont une soixantaine, dont huit généraux, quatorze colonels et vingt-quatre lieutenants-colonels. Le document secret Mobile Command Headquarters – Internal Security Group – Exercice Neat Pitch leur est distribué.

Neat Pitch est un plan d'invasion et d'occupation du Québec en cas d'insurrection.. Au cours de cette réunion, deux militaires britanniques de haut rang leur font un exposé sur leur expérience en Irlande du Nord. Dans le document Tactical Operations in Northern Ireland distribué aux militaires canadiens, on prône une intervention rapide et massive, en cas de désordres sociaux, avec de l'équipement lourd et l'utilisation de balles de caoutchouc pour venir à bout des manifestants.

Ces informations, nous apprend Pierre Duchesne dans sa biographie de Jacques Parizeau, ont été coulées au modeste réseau de renseignements, mis sur pied par Jacques Parizeau au début des années 1970, par le capitaine Jean-René-Marcel Sauvé le seul officier francophone présent.

René Lévesque refusera de rendre public le plan Neat Pitch et ce n'est que deux ans plus tard, sur l'initiative de Jacques Parizeau, que le journal Le Jour révélera toute l'affaire. C'est à cette occasion que l'officier de la GRC Léo Fontaine reprend contact avec Claude Morin dans le but d'apprendre l'identité de celui qui avait alimenté le journal Le Jour et rendu possible la publication du plan Neat Pitch. Fort inquiet que des documents de l'armée aient coulé, l'agent Léo Fontaine demande à son informateur comment, à son avis, le journal a obtenu le document. Morin ne le savait pas.

Qui est assez naïf pour croire que l'armée canadienne a par la suite rangé ses plans d'invasion et d'occupation du territoire québécois ?

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