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L'homo libéralus !
N° 223 - octobre 2003

L'homicide au féminin et le droit au masculin
Micheline Carrier
Moins fréquent que le meurtre d'une femme par un conjoint, le meurtre d'un homme par une conjointe a existé à toutes les époques. Qualifié de « petite trahison », il a toujours été perçu différemment et puni plus sévèrement.

Sylvie Frigon, criminologue à l'Université d'Ottawa, a publié récemment un ouvrage sur cette réalité peu connue aux Éditions du Remue-ménage (2003). Dans L'homicide conjugal au féminin, d'hier à aujourd'hui, elle fait d'abord l'analyse des procès de 28 femmes canadiennes condamnées pour avoir tué leur mari entre 1866 et 1954 et dégage de l'examen du contexte et des valeurs de l'époque les représentations sociales et pénales de ces femmes. Il ressort de cette analyse qu'elles ont été jugées et punies moins en fonction des données objectives entourant leur crime que de critères sociaux et moraux (conformité au rôle de femme-épouse-mère).

L'auteure passe ensuite en revue des décisions légales récentes relativement aux femmes battues qui ont tué leur conjoint et s'attarde à l'arrêt Lavallée (1990) qui a reconnu la légitime défense basée sur le syndrome de la femme battue (SFB).

Cet arrêt, qui a eu jusqu'ici une portée limitée, contribuerait à marginaliser les femmes battues en les plaçant sous une tutelle psychiatrique et juridique. L'ouvrage commente également l'« Examen de la légitime défense » (1997) par la juge Ratushny, qui avait pour but de rétablir une certaine justice pour les femmes ayant tué en état de légitime défense.

La dernière partie de l'ouvrage présente et analyse des témoignages recueillis auprès des femmes maricides et d'intervenant-es au Canada, en France et en Belgique. Ces témoignages démontrent, notamment, qu'en situation de violence conjugale les femmes tuent le plus souvent pour échapper à leur conjoint violent (stratégie de préservation) tandis que les hommes le font pour empêcher leur conjointe (et parfois leurs enfants) de leur échapper (stratégie d'appropriation ou de contrôle). L'auteure conclut que le droit canadien, conçu par les hommes et en fonction de leur réalité, est discriminatoire pour les femmes, notamment pour les femmes battues maricides, et qu'il faudra y inclure le point de vue et la réalité des femmes si le Canada veut prétendre à l'universalité de l'application de la justice.

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