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L'homo libéralus !
N° 223 - octobre 2003
Un fermier coréen s’est rendu à Cancun pour se suicider
Qu'est-ce qui remplacera les vœux pieux de l'OMC ?
Gaétan Breton
Un peu plus d'un mois après les rencontres préliminaires de Montréal, l'OMC s'est rencontré à Cancun, mais ce ne furent pas les vacances que certains attendaient peut-être. Si, à Montréal, nous avons beaucoup entendu parler des manifestations, des arrestations arbitraires et des manquements à la déontologie policière, nous avons eu peu d'échos des manifestations qui, pourtant, eurent aussi lieu à Cancun. La raison en est probablement que, cette fois-ci, la plus importante contestation venait de l'intérieur.

Le plus grand enjeu de ce moment fort des négociations, car les ententes se discutent en continu à l'OMC, était sans doute la continuation de la mainmise des pays développés sur l'organisation. L'OMC fonctionne au consensus, ce qui signifie à la pression constante des pays forts sur les autres, au chantage et au taxage. Bref, l'OMC ressemble beaucoup à une cour d'école, une cour dans laquelle les petits se feraient systématiquement maltraiter par les grands.

Les grands font les règles du jeu, mais ne les respectent pas. Bien sûr, ils ne le font pas directement, mais ils inventent toute une série de moyens détournés pour y arriver. Par exemple, ils remplacent les subventions directes aux produits par une série de mesures indirectes qui arrivent au même résultat, permettre aux entreprises des pays riches de faire du dumping dans les pays pauvres.

Ainsi, les pays du nord veulent bien discuter d'élimination des subventions directes et même indirectes, mais de là à établir un calendrier sérieux pour leur mise au rancart, il y a un pas que les pays développés ne veulent pas franchir. Pendant ce temps, les pays en voie de développement sont de plus en plus en voie de sous développement. Déjà que leurs modes de production leur permettent difficilement de compétitionner avec la concurrence des pays riches, avec les subventions, ils n'y arrivent tout simplement pas et même leurs marchés locaux sont inondés par les produits étrangers.

Le coton américain est subventionné au-dessus de 50 % du coût de production, ce qui lui permet d'empêcher le coton Kenyian, mais aussi celui du Mali, du Bénin, du Burkina Faso et du Niger, d'entrer sur le marché international et fait que les exportations des pays d'Afrique ont reculé depuis 10 ans.

La situation touche aussi cruellement plusieurs pays d'Asie. Par exemple, un fermier koréen s'est rendu jusqu'à Cancun pour se suicider. Les politiques de l'OMC ont permis notamment le « dumping » de riz subventionné chez lui, ce qui l'a ruiné. L'importation du bœuf australien a aussi eu des effets dévastateurs sur l'agriculture locale. Les paysans se mettent à accumuler des dettes qui atteignent rapidement des montants impossibles à rembourser, poussant les fermiers au désespoir.

Pendant ce temps, le directeur général de l'OMC commente l'échec de Cancun comme un malheur pour les pauvres, car, prétend-il sans donner de chiffres, la situation des pauvres s'est améliorée depuis que le GATT est devenu l'OMC. D'ailleurs, l'OMC produit peu de chiffres, mais de vagues discours creux. La Déclaration d'ouverture n'est qu'une suite de vœux pieux, notamment au sujet de l'agriculture. Les représentants prennent note des progrès réalisés par le comité sur l'agriculture et tombe d'accord pour intensifier les négociations.

L'OMC offre officiellement des avantages aux pays pauvres, comme pour les médicaments. Mais les structures de l'OMC, les exigences de la Banque mondiale quand elle accorde des financements et les moyens de ces pays font que, la plupart du temps, ils ne peuvent profiter de ces avantages. Pendant ce temps, le protectionnisme sévit dans les pays riches dans toute une série de secteurs.

Cancun marque un virage dans les façons de faire de l'OMC. La fausse démocratie et la cynique manipulation des pauvres par les riches ne semblent plus fonctionner aussi bien. Un groupe de pays en voie de développement (le G21) se sont rangés derrière le Brésil et les pays africains derrière le Bostwana. Ils ont réussi, pour une fois, à faire entendre leur voix. Cette voix ne peut être que bénéfique, surtout si le groupe des 21 ne se dissout pas.

Le Parlement européen, dès la fin des discussions, a demandé que des changements soient rapidement apportés aux structures de l'OMC. Nous pouvons l'espérer aussi, pour minimiser la catastrophe, car, répétons-le, rien de bon ne peut sortir d'une organisation sans fondation démocratique qui se cache derrière des cordons de policiers pour faire ses affaires.

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