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L'homo libéralus !
N° 223 - octobre 2003
L’infiltration policière n’explique pas tout
Le Québec rouge rate son autocritique
Pierre Dubuc
J’ai visionné avec d’autant plus d’intérêt « Il était une fois… le Québec rouge », le film de Marcel Simard sur le mouvement marxiste-léniniste des années 1970, que je viens de terminer la rédaction d’un livre dont une partie importante porte sur le même sujet.

Mon jugement sur le film de Simard est mitigé. Les témoignages d’ex-militants et militantes du groupe En Lutte et du Parti communiste ouvrier (PCO) constituent la majeure partie du film. Ils sont extrêmement décevants. On se contente de décrire les activités des groupes et de se lamenter d’y avoir consacré toutes ses soirées et ses fins de semaines, en plus d’une bonne partie de ses revenus.

Des propos d’où transpire l’individualisme ambiant de cette génération de petits-bourgeois – il n’y avait quasiment pas d’ouvriers dans ces groupes, admettent les participants au film – dont bon nombre ont voué par la suite leurs loisirs et leurs revenus à la Bourse, à la coke et aux clubs échangistes.

D’autres ont poursuivi sous des formes différentes leur engagement social et je suis convaincu que Françoise David et Lorraine Guay – qui témoignent dans le film – nous diraient que leur implication dans la Marche des femmes leur a demandé encore plus d’heures et de sous que le groupe En Lutte auquel elles appartenaient. Questionnez-les sur le sujet et elles reconnaîtront qu’elles y ont trouvé un enrichissement personnel inestimable, tout comme les milliers de personnes qui ont fait de cet événement un succès.

Le problème n’est pas le dévouement et l’abnégation, qui comptent parmi les plus belles qualités humaines, et qui ont constitué le carburant essentiel de toutes les grandes causes qui ont fait avancer l’humanité. Le problème est ailleurs. C’est celui de la direction politique qu’a empruntée le mouvement maoïste. Là-dessus, on n’apprend rien des témoignages des ex-membres de ces groupes. Même pas de Roger Rashi, l’ex-dirigeant du PCO, qui décrit avec une abondance de détails le fonctionnement de son groupe sans jamais parler de son orientation politique. Nous avons l’impression d’entendre le mécanicien du véhicule et non pas le pilote qui était au volant.

Pour expliquer les enjeux politiques de l’activité de ces groupes à la veille du référendum de 1980, le réalisateur fait appel au journaliste Jean-Claude Leclerc qui montre comment la position en faveur de l’annulation des maoïstes s’inscrivait parfaitement dans la stratégie fédéraliste. Leclerc explique, a contrario, que l’adhésion à la cause souverainiste de cette dizaine de milliers de militants et militantes dévoués et extrêmement actifs aurait eu un impact important sur l’issue de la lutte. Il est étonnant de constater que Françoise David minimise encore aujourd’hui, jusqu’à la considérer comme négligeable, l’influence des maoïstes sur le déroulement des événements à ce moment clé de notre histoire.

Leclerc soulève évidemment la question de l’infiltration policière. Mais, curieusement, il ne mentionne pas des faits connus, suite aux révélations de la Commission Keable, sur l’infiltration de la GRC à la direction du groupe En Lutte. Bien qu’il ne faille pas sous-estimer la question de l’infiltration policière, celle-ci n’explique pas tout. Pour que l’extrême gauche ait pu connaître autant de succès pendant une dizaine d’années, il fallait que l’orientation politique des groupes maoïstes ait une base sociale réelle et se rattache à des grands courants politiques de l’histoire canadienne. Ainsi, En Lutte n’était rien d’autre sur l’échiquier politique que l’aile radicale du Parti libéral du Canada et il y avait beaucoup de similitudes entre les positions du PCO et les positions traditionnelles du parti conservateur.

Enfin, si on veut parler d’infiltration policière pour infléchir une orientation politique, il faut évidemment parler du cas le plus connu et le mieux réussi : celui de Claude Morin au sein du Parti québécois. Le film l’évoque à quelques reprises, mais sans jamais en montrer la portée et la signification politique.

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