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L'homo libéralus !
N° 223 - octobre 2003
Finis les chèques en blanc au PQ, au Bloc ou au NPD
TCA Québec s’impliquera dans les partis politiques
Pierre Dubuc
Finis les chèques en blanc du syndicat des travailleurs canadiens de l'automobile (TCA-Canada) au Parti québécois, ou encore au Bloc québécois ou au Nouveau parti démocratique (NPD). Fini ce type d'action politique qui ne consistait qu'à rallier des appuis au NPD ou au PQ lors des campagnes électorales. Dorénavant, les membres des TCA vont s'impliquer directement dans les partis politiques. Telle est l'une des principales résolutions adoptées lors de leur 7e congrès au mois d'août dernier.

Luc Desnoyers, le directeur québécois des TCA, est d'autant plus fier du tournant entrepris par son organisation syndicale qu'il s'inspire – en le prolongeant – de l'expérience des TCA-Québec. « Nous avions compris, déclare-t-il, qu'il ne suffisait pas d'adopter de belles résolutions à tous les trois ans à nos congrès et qu'il fallait trouver des moyens pour rendre ces résolutions plus concrètes aux yeux des membres et les exporter au sein de la société québécoise. »

Les TCA-Québec ont un Comité d'action politique (CAP) qui tient aux trois ou quatre mois une assemblée provinciale qui réunit les représentantes et représentants des comités locaux d'action politique. « À chaque année, explique Luc Desnoyers, le CAP choisit un nombre limité d'enjeux prioritaires sur lesquels nous menons campagne. Par exemple, nous avons retenu comme thèmes le système de santé et la représentation proportionnelle. »

Deux autres caractéristiques de l'expérience québécoise seront également reprises à l'échelle canadienne. Les TCA-Québec ne remboursent pas le temps consacré par ses membres aux activités du CAP. « Nous voulons susciter un engagement personnel chez les membres », insiste Luc. Autre élément clef, les sujets choisis pour le campagnes politiques doivent avoir un lien avec la vie quotidienne des travailleurs et travailleuses. « Nous voulons, précise-t-il, mettre l'accent sur le lien entre la boîte de scrutin et la boîte à lunch. »

En reprenant à leur compte, lors de leur congrès du mois d'août dernier, l'expérience de leur section québécoise, les TCA canadiens ont mis fin à une longue pratique d'appui automatique et structurel au NPD, un parti qu'ils avaient contribué à créer en 1960.

Les documents du congrès expliquent la genèse de ce revirement. Déjà déçus de la faiblesse de la campagne du NPD lors des élections de 1998 – dont l'enjeu principal était la lutte contre le traité de libre-échange entre les Etats-Unis et le Canada – la méfiance est devenue de l'hostilité ouverte lorsque le gouvernement néo-démocrate de Bob Rae en Ontario a tourné le dos à ses alliés syndicaux.

Les récents changements apportés par le gouvernement Chrétien aux lois canadiennes sur le financement des partis politiques et des campagnes électorales, modelés sur les pratiques existant au Québec, ont également contribué à ce changement de cap.

De façon plus fondamentale, la direction des TCA reconnaît l'écart croissant entre les discours officiels des leaders syndicaux et la conscience collective des membres à la base. Les documents du congrès soulignent que le soutien actif aux dirigeants, bien palpables dans le cadre des négociations collectives et sur les lieux de travail, est carrément absent lorsqu'il s'agit de la mission sociale et politique du syndicat. « Des boîtes pleines de dépliants non distribués traînent dans les locaux syndicaux », admet-on avec un courage politique peu fréquent dans les milieux syndicaux.

Les dirigeants des TCA prennent acte du cynisme croissant des syndiqués par rapport à la politique, qui se traduit par une baisse constante de la participation aux élections. Mais une enquête menée auprès de leurs membres démontre qu'une écrasante majorité s'impliquerait activement en politique s'ils croyaient que leur implication peut faire une différence.

Le Groupe de travail mis sur pied pour étudier la question en a conclu à la nécessité de « se reconnecter aux membres de la base autour des questions politiques ». Le Groupe de travail propose donc de « faire de la politique à la manière syndicale ». Dans leur esprit, cela signifie en favorisant la participation la plus large possible et en fixant des objectifs réalistes. « Nous fixons trop souvent, écrivent-ils, nos objectifs trop haut en faisant la promotion d'une mentalité “ à prendre ou à laisser ” ». Enfin, ajoutent-ils, « nous devons nous souvenir de quel côté de la clôture nous sommes ». Autrement dit, il faut assurer l'indépendance du syndicat.

C'est dans cette perspective que les TCA ont décidé de rebâtir le militantisme politique en encourageant leurs membres politiquement actifs à joindre individuellement le parti politique progressiste de leur choix. Pas question, cependant, de les laisser se perdre dans la nature. Là où il y aura un grand nombre de membres individuellement affiliés à un parti politique – comme c'est le cas avec le Parti québécois au Québec – les TCA constitueront un réseau rattaché à la nouvelle structure des Comités syndicat et politique (CSP).

Par le biais de cette structure, les TCA tenteront d'avoir le plus d'influence positive possible sur les politiques et les orientations du parti.

Les documents du congrès spécifient même que « lorsqu'il sera approprié de le faire, les CSP locaux pourront entreprendre des efforts au sein des lieux de travail TCA afin d'encourager les membres à joindre un parti ». Nous sommes loin de la pratique traditionnelle des affiliations collectives qui caractérisaient jusqu'ici les TCA qui, rappelons-le, sont le plus important syndicat dans le secteur privé au Canada.

La nouvelle structure des Comités syndicat et politique garantira l'indépendance de l'intervention syndicale, mais permettra également de développer une approche stratégique. « Notre système uninominal majoritaire incite l'électorat à voter stratégiquement : il est courant de voter pour quelqu'un qui n'est pas le candidat que l'on préfère, mais qui a de meilleures chances de gagner. Dans ce contexte, le mouvement ouvrier se doit lui aussi d'être plus prudent et stratégique dans la définition de ses activités électorales », écrivent les auteurs du rapport sur l'action politique.

Des militantes et militants invités à devenir membres d'un parti politique, avec une structure syndicale spécialement conçue pour encadrer leur action et garantir une approche indépendante et stratégique de l'organisation syndicale, voilà une voie originale et novatrice qui mérite de retenir l'attention de tout le mouvement syndical.

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