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L'homo libéralus !
N° 223 - octobre 2003
Dans les milieux syndicaux et populaires, on discute déjà du meilleur moyen de se débarrasser du gouvernement Charest dès la prochaine élection
Un mandat Charest, c’est déjà un mandat de trop
Pierre Dubuc
Le désenchantement est vif à l’égard du gouvernement Charest. Le Québec croyait avoir élu un gouvernement libéral bon ton, à la mode des années 1970, mais se retrouve avec un gouvernement conservateur, modèle des années 1980. Compressions budgétaires, sous-traitance, privatisations, le menu néolibéral est complet. Réductions d’impôts pour les mieux nantis, tarifications nouvelles pour les démunis et la classe moyenne, on tire généreusement la nappe du côté des classes fortunées.

À l’élection de 1998, Charest avait annoncé la mort du modèle québécois et clairement proposé la ré-ingénierie de l’État. L’électorat avait instinctivement repoussé l’assiette. Plus machiavélique cette fois-ci, les argentiers libéraux de la Beauce et d’ailleurs ont mis leurs sous dans la promotion de Mario Dumont pour qu’il joue le rôle de repoussoir. Ce qu’il fit fort bien, permettant à Charest de se faufiler vers le pouvoir.

Reconnaissons que, même si le gouvernement Charest voulait se donner des allures progressistes, il pourrait difficilement le faire, les finances publiques étant étranglées par le déséquilibre fiscal entre Ottawa et les provinces que le ministre des Finances, Yves Séguin, a si bien documenté lorsqu’il présidait la Commission sur le déséquilibre fiscal. Les surplus budgétaires sont à Ottawa, les déficits sociaux sont à la charge du Québec.

L’arrivée de Paul Martin à Ottawa n’améliorera pas les choses. Élu par 93 % des délégués à la tête du Parti libéral qui règne, déjà, sans partage sur le Canada, Paul Martin va se comporter comme le chef omnipotent d’un parti unique. Il n’est redevable, pour son élection, qu’aux milieux d’affaires qui ont si généreusement contribué à sa caisse électorale. Déjà, il a annoncé que sa priorité sera la réduction de la dette de 40 % à 25 % du PIB, ce qui ne laissera pas beaucoup d’argent pour les programmes sociaux.

Identifiée à la gauche du parti libéral, Sheila Copps a mené une campagne désastreuse et sa retentissante défaite est interprétée, au Canada anglais, comme le lessivage complet de l’aile progressiste du Parti libéral. Le baroud d’honneur de Mme Copps ne doit pas faire illusion. Elle fait figure de nuisance dans l’espoir que Paul Martin lui proposera de payer ses dettes de campagne électorale en échange de son retrait définitif de la course à la chefferie avant le congrès de novembre.

Face à une opposition divisée, encore plus à droite en ce qui concerne l’Alliance canadienne, ou affaiblie par la défaite péquiste dans le cas du Bloc québécois, Paul Martin pourra mener la campagne électorale avec le minimum d’engagements à l’égard des classes populaires et des provinces. Imbus d’eux-mêmes, arrogants, persuadés d’avoir vaincu le « séparatisme », les libéraux fédéraux voudront remettre le Québec à sa place, c’est-à-dire au rang d’une « province comme les autres ». Et le gouvernement Charest n’aura pas d’autre choix que de prendre son trou. Concrètement, cela signifie que nous ne pourrons nous contenter de changer de gouvernement à Québec. Nous devrons également avoir pour objectif la souveraineté du Québec.

La situation nouvelle implique une redéfinition de stratégie pour la gauche syndicale et populaire. Les résultats actuels nous font mal. Charest additionne les 45,9 % de votes libéraux au 18,2 % de votes adéquiste pour proclamer qu’il a l’appui de la majorité de la population pour son plan de réingénierie de l’État.

Face à ce bloc ouvertement néolibéral, on retrouve le Parti québécois avec 33 % des votes et l’Union des forces progressistes avec un maigre 1,5 %. À en croire ces résultats électoraux, le Québec aurait effectué un important virage à droite. Mais ces statistiques sont trompeuses. Le Parti libéral a recueilli 17 500 votes de moins que lors de l’élection précédente. Si le Parti de Jean Charest l’a tout de même emporté, c’est à cause de l’effondrement du vote péquiste, qui a reculé de près d’un demi-million (475 500) de voix par rapport à l’élection précédente.

Entre l’élection de 1998 et celle de 2003, le taux de participation a chuté de 78,3 % à 70,5 %. Jamais taux de participation n’a été aussi bas au cours des vingt élections générales tenues depuis 1927. Le Parti québécois a été battu par le plus grand des tiers-partis, le Parti des abstentionnistes.

Ces résultats interpellent le Parti québécois, mais également la gauche syndicale et populaire. Beaucoup d’espoirs ont été investis dans l’Union des forces progressistes (UFP), mais les résultats sont maigres. En 1998, le candidat vedette du Rassemblement pour une alternative politique (RAP) Michel Chartrand a récolté 15 % des suffrages dans le comté de Jonquière contre le premier ministre Lucien Bouchard. Le total des voix recueillis lors de cette élection par le RAP et le Parti de la Démocratie socialiste, qui présentait 97 candidatures, atteignait moins de 1 % des voix.

Quatre ans plus tard, après la fusion de ces deux partis et d’autres dans l’UFP, il n’y a pas eu de progrès significatif malgré une meilleure organisation, une plus grande visibilité médiatique. Le candidat vedette de l’UFP, Amir Kadhir, a récolté 18% des suffrages dans Mercier et l’UFP a obtenu moins de 2 % des voix. L’électorat mécontent du Parti québécois a boudé l’UFP.

Notre mode de scrutin condamne à la marginalité les tiers partis. Mais il n’explique pas tout. Les causes sont beaucoup plus profondes. Elles tiennent de l’appréciation de la complexité de la situation politique québécoise dans ses dimensions nationale et sociale. Puis, évidemment, du programme, de la stratégie et des tactiques mis en œuvre sur la base de cette évaluation politique.

Ainsi, la nécessaire recomposition des forces politiques devra nécessairement tenir compte de la présence du Parti québécois dans le camp de l’opposition. Mais, depuis une trentaine d’années, la gauche radicale québécoise a décrié le Parti québécois – jusqu’à en faire son ennemi principal – avec une approche qui a marginalisé la gauche jusqu’à l’insignifiance politique. À la veille de la nouvelle période politique qui s’ouvre, le bilan de ces trois décennies s’impose.

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