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L'homo libéralus !
N° 223 - octobre 2003
Il y a 25 ans, le vin faisait son entrée dans les épiceries
Le début de la privatisation par la sous-traitance
Pierre Dubuc
Le 18 septembre dernier, avec leur nouveau président en tête, Martin Charron, les membres du Syndicat des employés des bureaux et des magasins de la SAQ (SEMBSAQ) manifestaient symboliquement devant l'épicerie où, pour la première fois, il y a vingt-cinq ans on vendait du vin.

« C'était le début de la privatisation par la sous-traitance », nous déclare Martin qui dit craindre aujourd'hui l'élargissement de cette brèche en faisant référence à l'intention exprimée par le gouvernement de modifier l'article 45 du code du travail pour favoriser la sous-traitance. Le ministre des Finances Yves Séguin exige des revenus supplémentaires de 30 millions $ de la part de la Société des alcools. Dans l'esprit de Martin Charron, il n'y a pas trente-six manières d'atteindre cet objectif financier. On augmente les prix, on alourdit la charge de travail ou on recourt davantage à la sous-traitance.

Âgé d'à peine 32 ans, père de deux jeunes enfants, diplômé en sciences politiques et détenteur d'une scolarité presque complète en sciences juridiques, Martin Charron fait partie de la toute nouvelle génération de leaders syndicaux. Employé à temps partiel à la SAQ pour payer ses études, Martin décide finalement de renoncer à passer son examen du Barreau pour se consacrer aux affaires syndicales après avoir obtenu le statut d'employé régulier comme conseiller en vins.

Rapport financier de la SAQ en main, Martin taille en pièces la stratégie la société d'État développée sous la gouverne du p. d.-g. Gaétan Frigon. « La vente du vin en épicerie est un échec lamentable, clame-t-il. Malgré toutes les campagnes publicitaires avec Julie Snyder et compagnie, le nombre de litres vendus a diminué au cours des dernières années ».

Plus dévastatrice encore, selon lui, est la prolifération des agences de la SAQ dans les villes et villages du Québec. « Il avait été établi qu'il ne pourrait y avoir d'agences à moins de 15 kilomètres d'une succursale, mais cette norme n'est pas respectée, affirme-t-il pour expliquer leur augmentation. « Leur nombre est passé de 160 à 400 depuis le moment où Frigon est arrivé à la SAQ en 1998 ».

« La multiplication des agences n'apporte rien au client et les agences et succursales se mangent entre elles », enchaîne-t-il. Il donne l'exemple du centre d'achat à Saint-Jean-sur-le-Richelieu où on a ouvert une agence alors qu'il y avait déjà une succursale. « L'agence est ouverte jusqu'à 23 heures, alors que la succursale ferme ses portes à 18 heures. On remplace des jobs bien payées par d'autres à 7 $ de l'heure. Est-ce le modèle de développement que nous voulons nous donner comme société ? », questionne-t-il.

La création des agences du terroir est un autre exemple de la juxtaposition inutile de réseaux. « On a sorti les produits du terroir qu'on pouvait trouver dans les 58 marchés publics du Québec pour les mettre dans des agences dites du terroir, rappelle-t-il. Puis, pour les rentabiliser, on y a permis la vente des 50 plus gros vendeurs de la SAQ. Le résultat est que ce sont ces derniers produits et non ceux du terroir qui y sont surtout vendus », lance-t-il pour démasquer ce tour de passe-passe.

Martin souligne également le fait qu'il existe onze succursales de la SAQ dans le quadrilatère du centre-ville de Montréal. « Est-il nécessaire d'en avoir autant ? » demande-t-il. Il pense que le gouvernement devrait d'abord s'intéresser à la gestion de la SAQ avant de penser augmenter les prix des produits ou alourdir la tâche de ses employés. La marge bénéficiaire de la SAQ est passée de 34,5 % à 29 % sous l'administration de Gaétan Frigon

Il rappelle que le Parti libéral, alors qu'il était dans l'opposition, a demandé à plusieurs reprises une enquête publique sur la gestion de la SAQ sous l'administration de Gaétan Frigon, l'homme qui avait utilisé son allocation de dépenses pour s'acheter une Jaguar et avait dépensé 100 000 $ pour l'installation d'un gymnase attenant à son bureau.

Aujourd'hui, alors que le gouvernement libéral se défile, le syndicat reprend à son compte cette demande d'une enquête publique indépendante. Il questionne, par exemple, le déménagement, deux ans seulement après son ouverture, de la prestigieuse succursale Signature de la SAQ des Cours Mont-Royal à l'ancien édifice Eaton, aujourd'hui les Ailes de la mode, propriété du groupe San Francisco.

« Curieusement, nous dit-il, les grands vins qu'on pouvait trouver auparavant dans plusieurs succursales de la société ne sont maintenant disponibles qu'à cette succursale, ce qui oblige les clients à se rendre dans l'édifice des Ailes de la mode ». Un fait qu'il met en liens avec la récente nomination de Gaétan Frigon comme membre du conseil d'administration du groupe San Francisco (GSF). Les journaux nous apprenaient que le p. d.-g. du GSF, Paul Delage Roberge, a confié à l'ancien patron de la SAQ la tâche de « mettre du pep » dans le nouveau magasin, toujours déficitaire depuis son inauguration en 2002. Selon la Presse canadienne, Gaétan Frigon ne recevra pas de rémunération directe pour son nouveau travail, mais sera plutôt récompensé en actions de la compagnie.

Martin Charron est conscient que beaucoup de requins rôdent dans les eaux troubles autour de la SAQ et que le syndicat a un rôle clef à jouer pour assurer la protection de ses membres, mais également de l'intérêt public. Le syndicat fêtera son quarantième anniversaire au mois de juillet prochain et il en profitera pour rappeler qu'il a ouvert la voie en étant le premier syndicat à être accrédité dans la fonction publique.

Martin veut également que la population se souvienne du rôle social considérable joué par le syndicat pour nettoyer les écuries d'Augias de la défunte Commission des liqueurs qui était le nid de patronage de prédilection des politiciens québécois.

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