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L'homo libéralus !
N° 223 - octobre 2003
Le triomphe de l’unitéralisme américain
En Irak tout sera vendu aux plus offrants
Pierre Dubuc
Michel Chossudovsky n’en revient pas du programme économique mis de l’avant par le nouveau Conseil irakien. « Tout est à vendre, même les services sociaux et éducatifs », nous dit-il, en soulignant que le nouveau ministre des Finances autorise 100 % de propriété étrangère et le rapatriement complet des profits et des dividendes par les compagnies dans leur pays d’origine.

Bien plus, tenus à l’écart par différentes clauses, les hommes d’affaires irakiens ne pourront même pas faire d’offres d’achat pour les entreprises de leur propre pays. « Par exemple, nous explique-t-il, on stipule, dans le cas de la privatisation du téléphone, que seules les entreprises ayant une expertise antérieure sont autorisées à déposer des offres d’achat. Comme le service téléphonique était étatique, les entrepreneurs locaux sont d’emblée exclus. Déjà, plusieurs voix se sont élevées en Irak pour protester. »

Les barrières tarifaires sont éliminées ou réduites à leur plus simple expression, ce qui va permettre l’entrée massive des marchandises étrangères. « L’industrie locale et le commerce vont être complètement détruits », prédit l’économiste Chossudovsky.

Les nouveaux ministres des Finances, du Commerce et de la Planification participeront aux réunions du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale (BM), même s’ils n’ont jamais été élus par la population et qu’ils sont de vulgaires marionnettes des Etats-Unis. Michel Chossudovsky a dénoncé les politiques d’ajustement structurel du FMI et de la BM dans son livre Mondialisation de la pauvreté. Il trouve aujourd’hui ironique de constater qu’on en vient presque à les regretter quand on étudie les politiques mises en vigueur en Irak. « Le FMI est relégué aux oubliettes, on va plus loin que le multilatéralisme oppressif de ces organismes internationaux », constate-t-il.

« L’unilatéralisme américain est tel que la Grande-Bretagne, le principal partenaire des Etats-Unis, n’a pas été consultée, s’étonne-t-il. Tout a été négocié entre Washington et Ahmed Chalabi du Conseil irakien, dont il est de notoriété publique qu’il est un agent de la CIA ».

Position à première vue étonnante, le pétrole et les ressources naturelles sont exclues du plan de privatisation et demeurent sous contrôle étatique. Chossudovsky l’explique ainsi : « Les Etats-Unis veulent en conserver le contrôle. Sinon des entreprises européennes ou russes feraient certainement valoir les lettres d’entente qu’elles ont signées avec le gouvernement irakien de Saddam Hussein pour l’exploitation pétrolière. »

Les recettes du pétrole vont devoir servir à rembourser les créanciers de la dette de 430 milliards US $ de l’Irak, car les recettes de la privatisation ne suffiront pas. « Le pays a une dette de 130 milliards, explique Michel, à laquelle s’ajoutent des réclamations de 300 milliards de dollars enregistrées comme réparations de guerre auprès de la Commission de compensation des Nations unies créée en 1991 après la Guerre du golfe. Déjà, dans le programme de l’ONU “ pétrole contre nourriture ”, 50 % des revenus du pétrole servaient à rembourser ces dettes. »

À cela s’ajoutent les coûts de la reconstruction du pays qui sont évalués à 100 milliards $. « Ce ne sont pas les États-Unis qui vont les défrayer. Le budget de 87 milliards $ du trésor américain ne sert qu’à couvrir les dépenses militaires et administratives de la force d’occupation, souligne-t-il. Cela signifie, conclut-il, que le pays est transformé en territoire conquis, sous le modèle des anciennes colonies. Déjà, enchaîne-t-il, les États-Unis ont pris le contrôle de la Banque centrale et le dollar américain remplace progressivement le dinar irakien. »

Un autre développement qu’il faudra suivre attentivement au cours des prochains mois selon Michel Chossudovsky est l’admission de l’Irak au sein de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP). « Cela signifie que, dorénavant, les Etats-Unis siègent à l’OPEP », lance-t-il.

L’unilatéralisme des Etats-Unis s’est reflété dans le discours du président Bush devant l’ Assemblée générale des Nations unies. Michel Chossudovsky affirme ne pas avoir été impressionné par l’attitude des autres pays et du secrétaire général de l’ONU. « Koffi Annan aurait dû mentionner que 499 plaintes formelles ont été déposées au Tribunal de La Haye contre le gouvernement américain. Il ne l’a pas fait. Doit-on s’en étonner ? Annan était le protégé de la secrétaire d’État Madeleine Albright et a été imposé à l’ONU par les Etats-Unis pour remplacer Boutros-Boutros Ghali que Washington ne trouvait pas suffisamment complaisant à leur égard. »

« Quant aux autres pays, leurs critiques ne vont pas assez loin, selon le professeur Chossudovsky. Ils acceptent et légitiment l’occupation, alors que les États-Unis sont responsables de crimes de guerre. Personne au Conseil de sécurité et à l’Assemblée générale, souligne-t-il, n’a soulevé le fait que la Charte des Nations unies avait été violée.»

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