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Après le stade olympique, le mégahôpital
N° 205 - décembre 2001

Pour marcher, ça prend au moins deux joueurs !
Pierre Dubuc

Coalition souverainiste



Invité par le Parti québécois Montréal-Centre à participer à un rassemblement souverainiste le 2 décembre dernier, l'aut'journal s'est retrouvé au cœur d'une polémique comme l'ont rapporté les quotidiens du lendemain.

À l'origine, le rassemblement nous avait été présenté comme l'embryon d'une vaste coalition de souverainistes de différentes tendances. Mais, quelques jours avant l'événement, lorsque nous avons reçu le programme et la liste des intervenants, il était évident que la très grande majorité, sinon la totalité d'entre eux gravitaient dans l'orbite rapprochée du Parti québécois. Nous avons préparé notre intervention en conséquence en soulignant d'abord la diversité des tendances politiques au sein du mouvement souverainiste et les conditions d'une coalition 0 le scrutin proportionnel (le discours est reproduit en page 8).

Gauche-bashing

Les péquistes aiment bien décrier, avec raison, le Québec-bashing du Canada anglais, mais ils ont démontré ce dimanche qu'ils sont de bons élèves en appliquant le même traitement à la gauche.

Profondément irrité – avons-nous appris par la suite – par notre intervention, en particulier notre critique de l'appui du Bloc à la guerre de conquête des États-Unis (qui s'est méritée des applaudissements nourris), le chef bloquiste, Gilles Duceppe, a consacré l'essentiel de son allocution à défendre la position de son parti en se réclamant du « travailliste » Tony Blair, du « socialiste » Lionel Jospin, du « social-démocrate » allemand Schroeder, trois va-t'en guerre malgré leurs étiquettes « progressistes ». Il a conclu par un « appel à l'unité », qui était plutôt un appel à la soumission, puisqu'il renvoyait tout débat entre gauche et droite après l'avènement de l'indépendance !

Falardeau dans les culottes d'Elvis Gratton

Il faut dire que le cinéaste Pierre Falardeau avait battu le sentier en déclarant 0 « Il faut libérer le pays, après ça on s'obstinera. » À sa manière maintenant coutumière, il a cherché à ridiculiser la gauche en proclamant0 « Le projet de société, j'en ai rien à cirer. »

Fort bien, mais nous aurions aimé savoir ce que notre Elvis Gratton – qui dénonce la guerre des États-Unis sur d'autres tribunes – pensait de la position de Duceppe et compagnie qui approuvent l'envoi de soldats québécois dans la guerre des « Amaricains » ! Car, malheureusement pour Falardeau, la guerre est là, avant l'indépendance !

Falardeau, qui a évoqué la possibilité que l'indépendance puisse être proclamée dans d'autres circonstances qu'un référendum, devrait même en toute logique souscrire à l'idée que nous déclarions l'indépendance pour ne pas participer à la guerre !

Falardeau n'est pas sans savoir que c'est dans le contexte de l'opposition à la conscription et à la guerre que le député J.-N. Francœur a déposé, en décembre 1917, une motion séparatiste à l'Assemblée législative du Québec qui disait 0 « Que cette Chambre est d'avis que la province de Québec serait disposée à accepter la rupture du pacte fédératif de 1867, si, dans les autres provinces, on croit qu'elle est un obstacle à l'union, au progrès et au développement du Canada. »

Pourquoi Falardeau ne conseille-t-il pas à son ami Gilles Duceppe de s'inspirer de J.-N. Francœur à la Chambre des communes ? Que Falardeau réussisse à rallier Duceppe à son opposition à la guerre ne nous donnera peut-être pas l'indépendance, mais cela ferait un obstacle de moins à l'unité des forces souverainistes.

Pour Landry, le PQ est la coalition

Après Duceppe et Falardeau, Landry avait l'air d'un homme de gauche ! Il a reconnu l'importance d'un programme progressiste et d'une coalition des forces souverainistes. Mais, comme il croit que le programme du PQ et l'action de son gouvernement sont progressistes, la gauche ne peut être autre chose pour lui qu'un complot fédéraliste créé pour diviser le vote péquiste et faire élire des libéraux comme ce fut le cas dans Mercier !

Il ne reste plus à la gauche qu'à s'excuser d'avoir fait un si mauvais score dans Trois-Rivières et Jonquière et de ne pouvoir servir d'alibi pour ces défaites dans deux bastions péquistes !

Évidemment, quand on pense que le PQ réunit à la fois la gauche, la droite et le centre, il n'est nul besoin d'une large coalition souverainiste. Le Parti québécois est cette coalition, comme l'a affirmé de façon naïve et spontanée Bernard Landry, jetant ainsi par terre tout l'échafaudage élaboré par le PQ Montréal-Centre d'une coalition plus large.

Un projet rassembleur 0 la proportionnelle

Quelle est la stratégie derrière cette volonté soudaine des péquistes de raviver le projet souverainiste? Est-ce le chat qui sortait du sac lorsque Bernard Landry a rappelé que la souveraineté était beaucoup plus populaire dans les sondages que le Parti québécois ? Difficile dans ces conditions de ne pas soupçonner certains dirigeants du Parti québécois de chercher à utiliser la souveraineté pour leur réélection.

Que la souveraineté soit plus populaire que le Parti québécois confirme notre analyse du large éventail politique des partisans de la souveraineté. Dans ce cas, le scrutin proportionnel s'impose d'emblée comme projet rassembleur.

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