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L'homo libéralus !
N° 223 - octobre 2003
Les employés ont été vendus à une firme antisyndicale
Aramark fait la job de bras pour Bombardier
Vincent Larouche
On ne mériterait pas de s'appeler syndicat, si on laissait passer une affaire de même, surtout avec une compagnie comme Bombardier, un fleuron québécois », a déclaré aux médias le président de la FTQ, Henri Massé, en parlant de la décision de Bombardier Aéronautique de donner ses activités de cafétéria en sous-traitance au géant américain Aramark. Le recours à la sous-traitance a fait passer les salaires des 70 employés visés de 19,25 $ à 7,75 $ de l'heure.

Dès la prise en charge des services de cafétéria par Aramark, en décembre dernier, la compagnie a tenté de faire fi de la convention collective négociée avec Bombardier en réduisant de plus de 50 % les salaires. En vertu de l'article 45 du Code du travail, un tribunal a décrété que cette manœuvre était illégale et que les conditions de travail d'avant la vente devaient suivre chez le nouvel employeur jusqu'à la fin de la convention collective, en avril.

Mais voilà qu'une fois la convention échue, en juillet, l'employeur décrète une journée de lock-out, rendant la convention caduque et permettant la diminution des salaires et des avantages sociaux. Les conditions offertes par la direction sont semblables à celles des autres employés d'Aramark à travers la province, mais elles représentent un immense recul par rapport à ce qui avait été négocié avec Bombardier. Les syndiqués ont déclenché la grève le 14 août dernier, et les négociations progressent à pas de tortue depuis.

« On essaye une nouvelle façon de fonctionner, on est rendu en conciliation, mais le progrès est très lent », de dire Denis Longtin, agent d'affaires au district onze du Syndicat des machinistes de la FTQ.

La vente des employés de Bombardier à une firme de Cincinnati reconnue comme un anti-syndicaliste notoire a été perçue comme une véritable trahison de la part de plusieurs. Certains travailleurs avaient plus de 25 années d'ancienneté qu'ils ont perdue au moment de la transaction. « Cette attitude à l'égard d'hommes et de femmes qui ont contribué à l'essor de Bombardier est carrément dégueulasse », de dire le président de la section locale 712 du Syndicat des machinistes, Michel Lauzon.

Selon lui, le syndicat avait suggéré à la compagnie des moyens autres que la sous-traitance pour réduire ses coûts. « Si on veut relancer l'économie de Bombardier, on a juste à vendre des choses comme le terrain de golf. »

Pour bien démontrer à la compagnie que les gens les appuient, les syndiqués appellent maintenant au boycott d'Aramark. Dans les établissements où les employés d'Aramark sont syndiqués, on demande de ne boycotter que les machines distributrices (la firme possède plus de 5200 de ces machines à travers la province). « On veut démontrer à la compagnie que les gens nous appuient, mais on ne veut quand même pas que des gens soient mis à pied ailleurs », explique M. Longtin. Pour ce qui est des établissements où les employés ne sont pas syndiqués, c'est l'embargo total sur Aramark.

Aux États-Unis, Aramark est depuis longtemps reconnue comme une entreprise férocement anti-syndicale. Les tactiques des administrations locales de l'entreprise comprennent l'inclusion de lettres avec les chèques de paye décourageant les employés de se syndiquer, la projection de vidéos anti-syndicaux aux employés, le harcèlement et la diminution des heures de travail des organisateurs syndicaux.

Lors de la campagne pour syndiquer les employés d'Aramark au sein d'un groupe d'établissements scolaires en Californie, en 1999, la direction a averti par écrit les employés que l'arrivée d'un syndicat pouvait leur coûter leur emploi. Selon le directeur des ressources humaines local d'Aramark, les employés devraient y penser deux fois avant de se syndiquer car « un syndicat ne règle pas de problèmes, il en crée ».

Un an plus tôt, au sein d'un groupe de campus du nord des États-Unis, ce sont 80 000 employés, dont plusieurs immigrants, qui ont eu à prouver officiellement leur droit à travailler aux États-Unis, toujours suite à une campagne de syndicalisation.

Au cours des années, près de 400 plaintes pour non-respect des lois sur les syndicats et les relations de travail aux États-Unis ont été déposées contre Aramark.

La situation actuelle au service de cafétéria de Bombardier, à savoir la dégradation des conditions de travail suite à la prise en charge du service par Aramark, s'est déjà produite dans un nombre incalculable d'universités, de collèges, d'usines, d'hôpitaux et autres lieux de travail.

Le 30 juillet dernier, ce sont 950 employés d'entretien ménager syndiqués qui ont perdu leur emploi au sein des hôpitaux de la Colombie Britannique, suite à la décision du gouvernement libéral de la province de faire appel à Aramark comme sous-traitant. Les syndiqués furent remplacés par des travailleurs beaucoup moins bien payés, mais aussi moins bien formés et sans expérience.

Cette tendance est d'autant plus inquiétante qu'Aramark Québec annonçait en janvier 2000 son intention de diversifier ses services offerts, en proposant d'agir comme sous-traitant pour « tout ce qui peut être imparti par les entreprises et les institutions ».

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