L'aut'journal
Le jeudi 18 avril 2019
édition web
L'aut'journal
archives
Retourner à L'Aut'Journal au
jour le jour

Recherche
accueil > l’aut’journal > archives > sommaire > article
L'homo libéralus !
N° 223 - octobre 2003
340 gallons d’eau à la minute 24 heures sur 24 durant 18 ans
Niocan nous pompe vraiment l’eau
André Bouthillier
Un promoteur redresseur d’entreprise, bien vu par le gouvernement, propose d’ouvrir une mine sur le territoire d’Oka. Qui donc pourrait s’opposer, si sa proposition se contentait de créer de l’emploi et de rapporter des sous au Québec.

Selon Gaétan Breton, vice-président finances d’Eau Secours! « Comment ne pas s’opposer devant un projet minier qui pompera à partir de la nappe d’eau souterraine environ 340 gallons (1 545 litres) d’eau à la minute, 24 heures sur 24 durant 18 ans. Ce n’est pas sans inquiéter les autres utilisateurs d’eau de la région. Vraiment Niocan nous pompe l’eau » !

Le dynamitage requis pour creuser la mine ou pour ses opérations d’extraction du minerai augmenterait le nombre de fissures dans le sol, ce qui multiplierait alors la radioactivité au radon naturel déjà existante sur le territoire. Rappelons que le radon est un gaz radioactif, incolore et inodore, d’origine naturelle, impossible à détecter par les seuls sens humains. De plus, les rejets d’eaux usées risqueraient à terme de faire de la baie d’Oka un cocktail chimique imbuvable pour toute vie environnante. « Sans étude toxicologique en main et sans étude d’impacts sur la nappe phréatique, Eau Secours! ne peut cautionner ce projet de mine », affirme Gaétan Breton.

Mais voilà, le promoteur « finfinaud » développe un projet qui passe juste sous la barre réglementaire pour esquiver une audience publique du BAPE. En agissant ainsi, il transfère le fardeau de la preuve sur les épaules des citoyens qui eux doivent s’assurer que son projet ne sera pas malsain pour leur environnement quotidien.

Encore plus ratoureux, il obtient de la ville d’Oka le déplacement de sa prise d’eau et fait étudier par la ville une nappe phréatique qui n’a rien à voir avec la nappe où il puisera l’eau pour sa mine. Les agriculteurs habitant sur cette nappe d’eau souterraine ne savent pas ce qui se passera au niveau de la quantité et de la qualité de l’eau après l’implantation de la mine. Tous attendent des contre-expertises.

La décision du Tribunal administratif du Québec de permettre le dézonage agricole aurait dû reposer sur la protection du territoire agricole, imaginez ! Une région qui produit des fruits à peau mince, voilà pourquoi les opposants contestent la décision du TAQ. L’ancien ministre de l’environnement avait, sous la pression du comité de citoyens, du conseil de bande Mohawk de Kanesatake et de l’Union des producteurs agricoles de Deux-Montagnes, accepté de mandater le BAPE de faire une enquête privée. Malheureusement ce rapport ne rassure personne. Les commissaires ne cessent de répéter tout au long du rapport le mot clef de ce dossier : « selon Niocan… ». Ne devrions-nous pas y voir « selon le BAPE » ? C’est que l’organisme n’a pas fait ses propres recherches sur le terrain.

Dans ce contexte, outiller financièrement le Comité de citoyens d’Oka pour se faire entendre devant les tribunaux devint une priorité : c’est ce qu’Eau Secours! a fait en organisant une journée « Champêtre en musique », le 6 septembre dernier. Les Raôul Duguay, Catherine Durand, Patrick Norman, Florent Volant, Kontirennotatie de Kanesatake, Luc Sasseville, « Tam Tam Team » et Claude Dyotte Jazz, ont gracieusement prêté leur voix à ce spectacle en plein air. « Je trouve que le temps passe trop vite et que nous ne prenons peut-être pas assez le temps d’expliquer aux jeunes, à quel point la destruction de l’environnement aujourd’hui pèse sur leur devenir », soulignait Patrick Norman.

Lorsque qu’il fut connu publiquement qu’Eau Secours! organisait un spectacle, le promoteur fit distribuer à chaque porte un luxueux dépliant ré-expliquant à toute la population d’Oka son projet. Pris de panique, le promoteur est même entré en contact avec les artistes pour faire valoir son point de vue. Inutile de vous dire que ce fut très mal perçu. Cependant, dans la semaine suivant le spectacle, Thomas Mulcair, le ministre de l’Environnement, demandait une rencontre au comité de citoyens … une rencontre qui tardait à venir avant le spectacle…! Le spectacle fut une réussite à tous points de vue. Le comité de citoyens est maintenant équipé pour la route qu’il reste à faire.

Retour à la page précédente

Partager cet article Imprimer cet article


 


Réseau Média
© l'aut'journal 2002
 
l'aut'journal sur le web
L'aut'journal sur le Web a
été réalisé par Logiweb.