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Finies les folies !
N° 222 - septembre 2003

Mariage gai, débat triste
François Parenteau
C’est drôle la vie, des fois. À lire les journaux, on a l’impression qu’il n’y a que des couples homosexuels qui veulent se marier, que des femmes qui veulent devenir prêtres catholiques, et que des intégristes musulmans qui veulent devenir pilotes d’avion. Un jour, un couple gai sera marié par une prêtresse mais leur voyage de noces ira s’écraser sur la Maison Blanche aux mains d’un kamikaze d’Allah.

Je n’en reviens pas de toute l’ampleur que prend le débat sur le mariage gai. Les coupes sauvages de Charest, le suicide, le bluff des armes de destruction massive, tout ça semble dépassé, relégué au second rang. Il faut se prononcer sur le mariage gai, en analyser les conséquences sociales. Il faut croire que c’est là un sujet symbolique qui nous interroge tous profondément.

Personnellement, je ne sais trop quoi penser du mariage gai. D’une part, je me dis que l’amour est tellement rare et fragile que quand un couple s’aime assez pour vouloir consacrer leur union, on ne devrait pas chipoter sur sa composition. Mais je me dis aussi que ça devient exécrable toutes ces mesures qu’on veut prendre pour gommer toute différence. L’acceptation sociale des homosexuels et l’élimination de la discrimination et de la violence à leur endroit sont des progrès immenses de la société. Mais c’est justement parce que c’est une acceptation de la différence. Si on fait tout pour les rendre pareils à tout le monde par la suite, me semble qu’on efface un peu de ce progrès.

Un homme qui aime un homme, une femme qui aime une femme, ça a beau être aujourd’hui assez répandu et de moins en moins caché, c’est quand même un concept assez révolutionnaire. Ça remet en question la binarité complémentaire homme-femme. Ça vient briser le lien entre l’amour et la reproduction si cher au Pape. Et puis, ça rend la cruise de plus en plus compliquée. Quand vous vous intéressez à une jolie fille, c’est assez troublant d’apprendre qu’elle est lesbienne et qu’elle trouve votre ex bien de son goût...

D’ailleurs, depuis le temps qu’on essaie de nous faire croire que hommes et femmes sont non seulement égaux, mais qu’à part de petits détails morphologiques, ils sont identiques, pas étonnant que le combat pour le mariage gai prenne de l’ampleur. Si on est tous pareils, pourquoi se limiter à un sexe pour trouver l’âme soeur ?

J’ai eu l’occasion d’en discuter cette semaine avec un couple gai civilement uni. Bizarrement, c’était les premiers gais que je rencontrais qui étaient en faveur du mariage gai. Tous les autres que je connais, même ceux qui sont en couple depuis longtemps, trouvent l’institution du mariage ringarde et tout le débat sur le mariage gai plutôt ridicule. L’appui au mariage gai, dans mon entourage, provient surtout de straights sans doute soucieux de démontrer qu’ils sont modernes et ouverts d’esprit.

Ce couple me disait qu’ils ne réclamaient pas du tout le mariage religieux. La religion est libre d’établir les croyances qu’elle veut. Si les gais veulent se marier religieusement, ils n’ont qu’à se partir une religion et à se construire des églises. D’ailleurs, ça serait sûrement une bonne idée : les églises gaies seraient sûrement décorées avec un goût impeccable et je suis très curieux de la forme que pourraient prendre leurs clochers... Mais là n’est pas la question. Les gais veulent seulement avoir le droit au mot « mariage » pour décrire leur union.

À ce titre là, bien sûr, pourquoi pas ? Personne n’a le pouvoir d’interdire un mot à qui que ce soit. J’ai bien lu quelque part que les multinationales étaient des «personnes morales», que Lise Dion était géniale et que Gérald Tremblay était le maire de Montréal.

Ce qui m’achale le plus dans tout ce débat, c’est que si on émet la moindre réserve, on est tout de suite associé à des conservateurs bornés. Beaucoup de gens choisissent leur camp sur le sujet en cherchant seulement à être «in», à être du bon bord de l’opinion publique. Pour être plus précis, il y a un discours tout fait d’avance qu’il est de bon ton d’accepter sans discuter. Et ça me semble encore plus dangereux que les préjugés que ce discours voudrait abattre.

D’ailleurs, le couple que j’ai rencontré m’a fait part d’une réaction qui m’a bien fait rigoler. Ils ont vu aux nouvelles des images d’une manifestation qui avaient réuni, entre autres religions représentées, des hindous, des juifs et des musulmans qui s’opposaient unanimement au mariage gai. Ils m’ont dit : « On est super tolérants, on accepte ces gens-là dans notre pays et ils ont le culot de venir nous dire ce qu’on devrait faire... »

C’est drôle, la vie, des fois...

Texte lu à l’émission du 30 août de Samedi et rien d’autre animé par Joël Le Bigot sur les ondes de Radio-Canada.

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