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Finies les folies !
N° 222 - septembre 2003
Ces gens qui décident en secret ne sont mandatés par personnes
Les voyous siègent aussi derrière les portes closes de l’OMC
Gaétan Breton
Les représentants de l’OMC (Organisation mondiale du commerce) se sont réunis à Montréal, à la fin de juillet, pour faire le bonheur de l’humanité, cachés derrière des portes closes protégées par des cordons de policiers. Ils venaient pour préparer les rencontres de Cancun prévues pour l’automne. Les principaux projets d’accords à l’ordre du jour portaient sur l’agriculture, les médicaments et les services publics. Tous ces accords s’élaborent et se signent sans aucun mandat démocratique, du haut de leur savoir et surtout de leurs dollars.

Ces gens, qui décident en secret de ce qui est bon pour le monde, ne sont mandatés par personne. L’OMC est née par un coup de force perpétré à Marrakech. Un groupe s’y était réuni sous l’égide du GATT, un organisme de l’ONU. Ces gens en sont ressortis membres de l’OMC, un organisme entièrement privé qui n’est contrôlé par aucune instance démocratique.

Son fonctionnement interne est encore pire. On n’y vote jamais, tout fonctionne au consensus. Le consensus est une arme dangereuse dans un contexte où tous les joueurs n’ont pas le même poids. Donc, le consensus est le résultat des pressions des plus forts sur les plus vulnérables, un chantage odieux.

Quand on a voulu désigner Moore de la Nouvelle-Zélande comme principal dirigeant de l’organisme, les pays africains étaient opposés. Ils ont demandé un vote qui leur a été refusé au nom de la supériorité démocratique du consensus. Moore, le candidat des riches, fut évidemment nommé.

D’ailleurs, à l’OMC, la plupart du temps, les États africains sont avertis par télécopie des mesures qui les touchent et qu’ils doivent obligatoirement appliquer. Les pays riches entretiennent de coûteuses délégations à Genève, une des villes les plus chères du monde. Il faut des spécialistes en plusieurs domaines pour siéger dans les multiples comités travaillant simultanément sur des séries d’ententes particulières. L’unique délégué du Sénégal représentait à lui seul, à un moment donné, plus de 50 pays d’Afrique. Il parlait donc pour tous ces pays dans un seul comité à la fois.

Les décisions, supposément consensuelles, sont applicables immédiatement et lient tous les pays membres. Les pays absents, en gros toujours les mêmes, sont informés de ces mesures par fax. Voilà la démocratie de l’OMC.

Le but premier de l’OMC est de privatiser le plus possible de secteurs de l’activité économique ou qui pourraient le devenir. Ses décisions vont dans le sens des pressions effectuées par le Fonds monétaire international (FMI), la Banque mondiale et l’OCDE qui sont en train d’achever les faibles protections sociales existant encore dans les pays du tiers monde ou même dans les pays dits développés. N’oublions pas la petite visite des délégués de la Banque mondiale à Ottawa, il y a quelques années. Ils avaient fait des pressions sur le gouvernement fédéral pour diminuer son déficit et couper dans les mesures sociales.

À l’OMC, on favorise le système des deux poids deux mesures. Alors que d’un côté on empêche les pays du tiers monde, sur lesquels on a une prise, de subventionner leur agriculture, les pays de l’OCDE subventionnent la leur pour plus de 300 milliards de dollars par année. La promesse qui avait été faite aux pays du sud d’ouvrir les marchés du Nord à leur produits agricoles est ainsi rendue caduque par ces subventions qui contreviennent aux règles mêmes de l’OMC. Mais, le grand défenseur du marché qu’est l’OMC n’a pas les mêmes moyens pour infléchir les politiques au nord et au sud.

La sous-commission de l’ONU chargée de la promotion et de la protection des droits de l’homme avait chargé deux experts de mener une enquête sur le contrôle de l’OMC. Leurs conclusions furent que l’OMC était presque entièrement entre les mains des sociétés multinationales privées.

L’OMC sert aussi à augmenter l’exploitation au tiers monde et dans les deux premiers, en effaçant les traces de l’esclavage moderne dans les produits vendus n’importe où sur la planète. Quand les produits atteignent les magasins des grandes villes de l’ouest, le fait qu’ils aient été fabriqués par des enfants dans des usines du Bengladesh n’a plus d’importance. En conséquence, les conditions de travail des Occidentaux s’en trouvent d’autant fragilisées. On n’a pas le droit de subventionner les produits, mais tous les moyens sont bons pour en diminuer les coûts de fabrication. De ce côté, l’OMC n’a aucune règle et permet les pires abus. On voit bien que l’OMC n’est qu’une formidable machine de guerre, au service des grandes transnationales (les 200 compagnies qui contrôlent 25 % du PIB mondial).

Ne doutons pas que les résultats des travaux de l’OMC servent à avaliser l’exploitation des pauvres par les riches partout sur la planète. Même si une mesure positive (on peut rêver) devait sortir de ces délibérations, le processus demeurerait fondamentalement inacceptable. Mais ne craignons rien, des processus fascistes ne sortent que des mesures fascistes.

S’il y avait des voyous en ville, comme en faisait état la page titre du Journal de Montréal au tout début des travaux, ce n’était pas les contestataires mais bien les représentants d’un groupe qui organise cyniquement l’esclavage et la mort de millions, voire de milliards d’êtres humains, pour en enrichir quelque uns et qui profitent du contrôle éhonté qu’ils ont sur les grands médias pour faire croire aux populations que c’est la seule façon de faire le bonheur de tous.

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