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Après le stade olympique, le mégahôpital
N° 205 - décembre 2001

Régime à haute teneur en calomnies
François Parenteau
On entend souvent dire, en cette époque de Brittney Spears jetables, que l’histoire n’a plus d’importance, qu’on veut du neuf, qu’on repart à zéro tous les deux ans et que plus rien ne vient d’ailleurs que de l’esprit d’individus libres qui improvisent la vie… Le livre noir du Canada anglais de Normand Lester et quelques événements de l’actualité récente viennent prouver exactement le contraire.

En plus de rappeler les propres errements du Canada anglais si prompt à nous faire la leçon, de grands pans de ce livre portent sur la calomnie et les histoires sordides purement inventées par les anglo-saxons de tous temps pour dénigrer les Canadiens français et les Québécois francophones. On y associe le fait français à tout ce qu’il y a de pire, d’épouvantable et d’antidémocratique. Tout ça serait de l’histoire ancienne ?

Les talibans parlent français

Dans le Mirror de cette semaine, on parle de ces fonctionnaires de l’Office de la langue française qui ont l’ingrate tâche d’appliquer le byzantin compromis de loi linguistique adopté par Bourassa, puis défendu par Bouchard, et qui exige qu’on mesure les lettres des signes commerciaux bilingues pour assurer la nette prédominance du français. Bien sûr, c’est une job indéfendable et absurde aux yeux des anglophones.

Pourtant, lorsque la souveraineté semble toute proche, bien des anglophones se font rassurants et disent que le Québec français n’a pas à craindre l’assimilation au sein du Canada puisqu’il y a la loi 101 et que le Canada a permis ça. Mais quand la souveraineté se retrouve entre deux marées, ils sont nombreux à tenter d’enlever à cette loi tous les moyens de l’appliquer… Et les mesureurs de signes sont pour eux le plus irritant des symboles. Le titre de l’article était0 Un taliban de la langue frappe NDG !

De la mauvaise foi considérée comme l’un des Beaux-Arts

Et que dire de la supposée déclaration de Bernard Landry à qui on a fait dire en substance que si le Québec n’accédait pas bientôt à l’indépendance, les séparatistes se transformeraient en terroristes. Et quand Bernard Landry déclare qu’il n’a aucune intention de s’excuser pour ce que, de toute façon, il n’a pas dit, on l’accuse de l’avoir pensé…

Cette mauvaise foi atteint l’absurde. Si Bernard Landry disait qu’un Québec indépendant serait ouvert à tout le monde, le lendemain, les journaux anglais pourraient titrer que Landry rêve qu’un Québec séparé se lance à conquérir le monde comme dans les plus kétaines James Bond. D’ailleurs, il me semble que si la tendance se maintient, on verra bientôt un film d’espionnage où de sombres terroristes talibans réussissent à s’infiltrer aux États-Unis par la French connexion des fascistes québécois.

Si Landry disait qu’il vient de s’acheter un char, on laisserait entendre que les séparatistes sont à se constituer une division de blindés. D’ailleurs, le nouvel appartement de fonction du premier ministre qui surplombe la ville de Québec n’est-il pas l’endroit idéal pour poster des « snipers » ? Et s’il avait le malheur de dire en sortant de la cabane à sucre qu’il venait de manger d’excellents grands-pères, on le traiterait sûrement de cannibale gérontophile.

La Charte des droits reconnaît-elle le droit à la calomnie ?

Dans les médias du Canada anglais, on peut faire dire n’importe quoi à Bernard Landry. Comme avant lui à Jacques Parizeau. La calomnie érigée en système a fait son œuvre. On peut faire dire n’importe quoi à n’importe quel souverainiste, tout pour ne pas vraiment l’écouter. En plus, une bonne part de nos journalistes francophones tempèrent et se perdent dans les nuances.

Le livre noir du Canada anglais est loin d’être inattaquable. Normand Lester y pèche à mon avis en faisant trop souvent le même genre de généralisations dont il accuse les médias anglophones et prête flanc à une critique trop souvent collabo qui n’allait évidemment pas rater pareille occasion de rejeter l’ouvrage du revers de la main.

N’empêche, on aurait pu au moins reconnaître que, même partial, son livre peut contribuer un peu à rétablir un équilibre et à replacer les choses en perspective. Au lieu de ça, on le suspend ! Bien sûr, on allègue qu’il ne s’agit que d’appliquer les même normes d’objectivité et d’éthique qu’à tout le monde…

Si l’indépendance était objective, elle cesserait d’être subjective

Pourtant, en toute objectivité, l’indépendance du Québec n’a pas à être évoquée comme une catastrophe. Elle pourrait même être une véritable délivrance pour le reste du Canada, non ? Pourquoi alors les faces des lecteurs de nouvelles anglophones sont si longues quand cette perspective semble réalisable ? Si être favorable à la souveraineté du Québec c’est manquer d’objectivité, alors que promouvoir l’unité canadienne est un geste impartial (qui peut même valoir une nomination aux plus hautes fonctions Radio-canadiennes comme on l’a vu récemment), ce n’est plus d’objectivité dont on parle, c’est de soumission au pouvoir.

Et de toute façon, ce n’est pas de ça dont il s’agit. Que des vérités de l’histoire soient révélées, même dans un gros paquet provocant, ça ne devrait même pas être vu comme un acte partisan. D’honnêtes fédéralistes canadiens pourraient en tenir compte pour construire un véritable respect mutuel. De la même façon que la souveraineté ne pourra se faire qu’en toute connaissance de cause, dans l’honnêteté et la clarté (Stéphane Dion n’a-t-il pas d’ailleurs énormément insisté sur ce point ?), le fantasme de l’unité canadienne ne pourrait prendre forme que de la même manière.

Mais présentement, c’est le droit à la propagande pour un bord et les normes d’éthique pour l’autre. Et ne nous y méprenons pas 0 la propagande nous apprend beaucoup moins de vérités que les normes en laissent taire… (Appréciez le jeu de mots…)

Texte lu à l’émission Samedi et rien d’autre, 1ère chaîne de Radio-Canada, le 24 novembre 2001.

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