L'aut'journal
Le vendredi 24 mai 2019
édition web
L'aut'journal
archives
Retourner à L'Aut'Journal au
jour le jour

Recherche
accueil > l’aut’journal > archives > sommaire > article
Finies les folies !
N° 222 - septembre 2003
Quand on va en manger une, le réflexe est d’attendre que la tempête passe
Qu’est-ce qu’on attend pour agir ?
Marc Laviolette
En cette période de mondialisation, il existe une morosité étouffante et démobilisante dans le monde syndical, principalement dans les appareils, qui affirme que la mondialisation économique provoque un affaiblissement syndical. Les indicateurs : chute du membership, déréglementation, affaiblissement de l'influence politique des syndicats, incapacité à riposter aux délocalisations et à la mobilité financière du capital, les valeurs syndicales de solidarité étouffées par l'individualisme, difficultés à joindre les forces vives des nouveaux mouvements sociaux qui évoluent en dehors de la sphère syndicale.

Sur le plan politique, au Québec le gouvernement Charest et son programme néolibéral veulent : une ré-ingénierie de l'État, une réforme du code du travail pour favoriser la sous-traitance, revoir l'universalité des garderies à 5 $, augmenter les tarifs d'Hydro-Québec, mettre en question le financement des universités et baisser les impôts.

Face à cette conjoncture de mondialisation et à ce programme politique du gouvernement Charest, plusieurs militantes et militants syndicaux, surtout dans les appareils, pensent que nous allons en « manger toute une » et ont le réflexe de se « rentrer la tête pendant que la tempête passe ».

Heureusement ce n'est pas tout à fait ce qui se passe sur le terrain. C'est du moins ce qu'affirment des chercheurs progressistes au Québec et aux États-Unis qui étudient les innovations syndicales et résistances syndicales face à la conjoncture actuelle. Nous retrouvons leurs analyses rafraîchissantes dans la revue de l'IRES, no 41 - 2003/1 : Le pouvoir syndical dans l'économie mondiale : clés de lecture pour un renouveau par Christian Lévesque et Gregor Murray; ainsi que dans un livre publié chez les Éditions Raisons d'agir par Rick Fantasia et Kim Voss, Des syndicats domestiqués, répression patronale et résistance syndicale aux États-Unis.

Pour Lévesque et Murray, l'impact réel de la mondialisation sur les syndicats varie selon la capacité des syndicats de mobiliser leurs ressources de pouvoir. Les syndicats forts mobilisent leurs ressources autour de trois pôles.

Premièrement, comme syndicats, ils doivent avoir la capacité de construire un agenda syndical qui propose des solutions syndicales autonomes (développées par les membres) aux problèmes qui font obstacle à l'amélioration des conditions de travail et de vie.

Deuxièmement, le degré de solidarité interne est augmenté par un fonctionnement démocratique et la capacité d'initier des actions collectives.

Troisièmement, l'action syndicale s'appuie sur un réseau de compétences internes, une solidarité intersyndicale et avec d'autres acteurs qui militent pour le changement social. C'est toute la question des alliances et leur articulation.

Ce constat provient de l'analyse d'expériences d'innovations syndicales sur le terrain tant au Canada qu'au Québec.

Pour eux la légitimité des représentants auprès de leurs mandants repose sur leurs activités de représentation au quotidien dans les milieux de travail. Il faut donc renforcer la capacité d'action des syndicats sur le plan de l'établissement par la liberté d'action syndicale, la structure de délégués, en ayant des demandes de négociations qui reflètent les préoccupations des nouveaux membres, et renforcer la formation syndicale et la communication entre les membres. Les organisations syndicales doivent favoriser le développement d'une culture favorisant les discussions entre la base et l'appareil.

Rick Fantasia et Kim Voss dans le chapitre Vers un nouveau syndicalisme de contestation sociale ? dégagent des tactiques intéressantes à partir de campagnes qui ont été menées avec succès pour la syndicalisation « Justice for Janitors » (entretien des bâtiments), chez les auxiliaires médicaux à domicile gagnant le salaire minimum en Caroline du Sud (74 000 adhésions) ou à Las Vegas dans l'hôtellerie (32 000 adhésions).

1) Le syndicalisme de contestation sociale transforme les organisations en instrument de solidarité permettant aux travailleurs de résoudre collectivement les problèmes rencontrés au travail et dans la société.

2) Déstabiliser les entreprises anti-syndicales en retournant contre l'entreprise les éléments centraux des réseaux sociaux qui la constituent (créditeurs, clients, actionnaires, filiales, groupes religieux).

3) Lutte pour la reconnaissance syndicale en forçant l'employeur à reconnaître 50 % + 1 des signataires de cartes d'adhésion, court-circuitant les votes supervisés par le National Labor Relation Board.

4) Porter un discours global de justice et de droits civiques universels.

5) Valoriser les stratégies et expériences novatrices.

6) Le syndicalisme de contestation sociale considère que les succès et les échecs font partie d'un processus à long terme. La victoire prouve qu'on peut réussir et la défaite suscite une plus grande inventivité. Chaque campagne prépare la suivante. Le syndicalisme devient un mouvement.

Ce type de syndicalisme encourage la création d'une nouvelle culture de la solidarité. Somme toute, ces nouvelles pratiques valorisent le syndicalisme tel qu'il doit être pratiqué à la base et devrait inspirer la gauche syndicale québécoise face aux défis posés par la mondialisation et le programme libéral du gouvernement Charest.

Lors de la prochaine période, ou bien nous nous présenterons en rangs dispersés pour défendre les garderies, lutter contre la hausse des tarifs d'électricité, négocier dans le secteur public, lutter contre les sous-contrats, ou bien nous développerons une opposition unitaire faces aux attaques du patronat. En ce sens les états généraux du mouvement syndical sont nécessaires. D'ailleurs les congrès des organisations syndicales se sont prononcés favorablement sur cette question. Qu'est-ce qu'on attend pour agir ?

Retour à la page précédente

Partager cet article Imprimer cet article


 


Réseau Média
© l'aut'journal 2002
 
l'aut'journal sur le web
L'aut'journal sur le Web a
été réalisé par Logiweb.