L'aut'journal
Le lundi 26 août 2019
édition web
L'aut'journal
archives
Retourner à L'Aut'Journal au
jour le jour

Recherche
accueil > l’aut’journal > archives > sommaire > article
Finies les folies !
N° 222 - septembre 2003

La censure est de retour
Laila Maalouf
Le 17 juillet 1996, le vol 800 de la TWA s’écrase au large de Long Island, causant la mort des 230 passagers de l’avion. La journaliste Kristina Borjesson décide d’enquêter sur l’affaire pour le compte de la chaîne américaine CBS, dans le cadre de l’émission 60 Minutes. Elle était loin de se douter qu’elle allait s’abîmer « dans la broyeuse, cette machinerie impitoyable gardienne des secrets d’État qui étouffe les vérités embarrassantes et détruit la réputation des journalistes trop curieux ». Accusée d’être une maniaque du complot, Kristina Borjesson décrit les épreuves qu’elle a subies pour avoir voulu « révéler ce que de puissantes institutions préfèrent maintenir dans l’ombre » dans le livre qu’elle a coordonné, Black List.

L’ouvrage regroupe les écrits de quinze journalistes américains qui exposent le mythe d’une presse libre dans l’une des plus grandes démocraties du monde. Kristina Borjesson y élabore la théorie selon laquelle un missile américain aurait abattu le Boeing 747 de la TWA qui effectuait la liaison New York-Paris.

Le FBI, la CIA et le NTSB (National Transportation Safety Board), tous trois chargés de l’affaire, ont tant bien que mal dissimulé des indices et des témoignages recueillis par la journaliste. Selon le NTSB, les traces de résidu rouge retrouvés sur les sièges de l’appareil appartiendraient à un type de colle. Le FBI, lui, affirme qu’elles seraient liées à un exercice militaire effectué dans l’avion peu avant son décollage. Mais selon les recherches de Kristina Borjesson et de son collègue David Hendrix, il s’agirait de composantes chimiques utilisées dans les fusées. D’un autre côté, le FBI et le NTSB décident d’ignorer les propos des témoins oculaires qui affirmaient avoir vu un éclair se dirigeant vers l’avion avant l’explosion.

Kristina Borjesson n’a jamais réussi à monter un dossier prouvant la théorie du missile, même au bout de plusieurs mois de recherches. Les uns après les autres, des fonctionnaires haut placés lui ont mis les bâtons dans les roues. Après avoir perdu son emploi à CBS, elle s’est retrouvée marginalisée du milieu journalistique, tout simplement parce qu’elle était allée trop loin dans son enquête et qu’elle refusait d’abandonner sa théorie. Les mensonges officiels qu’elle a tenté de mettre à nu ont aussitôt été recouverts d’ombre par des instances qui n’avaient qu’un intérêt, enterrer l’hypothèse du missile.

La journaliste déplore la réaction de ses collègues qui préfèrent se garder de poser « des questions gênantes sur un sujet sensible ». Diplômée de l’école de journalisme de l’université Columbia, elle n’avait jamais prévu devenir une journaliste rebelle en guerre contre l’empire médiatique américain, soutenu par les institutions politiques au pouvoir ; selon elle, elle ne faisait que son travail. Déçue de l’état actuel du monde journalistique, elle prône l’existence nécessaire d’une presse indépendante qui n’ait pas peur d’offusquer le gouvernement et qui n’hésite pas à contrebalancer son pouvoir.

« Faites-leur confiance, mais vérifiez tout de même » : telle est l’attitude, selon Kristina Borjesson, que les journalistes devraient adopter face aux sources officielles. Ne jamais rien croire sans vérifier, en d’autres termes, agir quelquefois comme des hommes politiques.

Retour à la page précédente

Partager cet article Imprimer cet article


 


Réseau Média
© l'aut'journal 2002
 
l'aut'journal sur le web
L'aut'journal sur le Web a
été réalisé par Logiweb.