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Finies les folies !
N° 222 - septembre 2003
Les commissions publient des pages blanches et la presse fait des oublis
Où étaient donc l’Arabie saoudite et le Pakistan ?
Michel Chossudovsky
Le 24 juillet dernier, la commission d’enquête du Congrès américain sur les attentats du 11 septembre dirigée par le sénateur démocrate Bob Graham et le républicain Porter Goss rendait public son rapport aux 28 pages blanches. Des fuites laissent croire que ces pages censurées concernaient l’appui présumé de l’Arabie saoudite au réseau al-Qaïda. Mais les médias ont omis de souligner un « oubli » encore plus flagrant: le Pakistan.

Pourtant, quelques jours plus tard, devant une commission du Sénat, un haut responsable de la section anti-terroriste du FBI confirmait le financement par le Pakistan des attentats du 11 septembre. Dans son témoignage, John Pistole affirmait que le FBI avait mené, après le 11 septembre, une enquête et une analyse financière détaillée du réseau de soutien aux 19 pirates de l’air. Cette enquête avait d’abord révélé que les fonds provenaient d’Arabie saoudite et d’Allemagne. Mais Pistole poursuit son témoignage en déclarant qu’une enquête plus approfondie avait permis de « relier l’origine du financement des attentats du 11 septembre à des comptes bancaires au Pakistan où des membres haut placés et bien connus du réseau al-Qaïda ont joué un rôle majeur dans le transfert de l’argent jusque dans les mains des pirates de l’air aux Etats-Unis ».

Ce témoignage ouvre un véritable panier de crabes. Car, si les fonds provenaient du Pakistan, se posent non seulement la question du rôle des services secrets pakistanais (ISI) dans le transfert de l’argent aux terroristes, mais le rapport étroit liant l’ISI à la CIA.

Le témoignage de John Pistole semble confirmer un rapport antérieur du FBI rendu public en septembre 2001. En effet, dans une entrevue accordée à ABC News vers la fin du mois de septembre (et passée à peu près inaperçue), le FBI a confirmé que le chef de file des attentats du 11 septembre, Mohammed Atta, avait été financé par des sources non identifiées du Pakistan: « En ce qui concerne le 11 septembre, les autorités fédérales ont affirmé à ABC News qu’elles ont pu retracer plus de 100 000 $ provenant de banques pakistanaises, qui ont été versés à deux banques de Floride dans des comptes appartenant au chef présumé des pirates de l’air, Mohammed Atta. »

Le FBI était donc déjà sur la piste de l’argent. Il savait pertinemment qui finançait les terroristes. Une quinzaine de jours plus tard, les conclusions du FBI étaient confirmées par l’Agence France Presse (AFP) et le Times of India, qui faisaient référence à un compte rendu des services de renseignement indiens (transmis à Washington par la voie diplomatique). Selon les deux articles en question, l’argent ayant servi à financer les attentats du 11 septembre avait été « transferé par voie éléctronique du Pakistan au pirate du World Trade Centre, Mohammed Atta, par Ahmad Umar Sheikh à l’instigation du général Mahmoud Ahmad [chef des Services de renseignement du Pakistan l’ISI] ».

Le général Mahmoud Ahmad, présumé bailleur de fonds des terroristes du 11 septembre (selon le FBI), se trouvait justement aux États-Unis au moment des attentats. Il y était depuis une semaine, arrivé le 4 septembre pour une tournée dite de consultations avec ses homologues américains. Selon le journaliste pakistanais Amir Mateen (dans un article à l’accent prophétique paru le 10 septembre):

« La visite d’une semaine à Washington du chef de l’ISI, le lieutenant-général Mahmoud, suscite de la spéculation quant à l’ordre du jour de ses mystérieux entretiens au Pentagone et au Conseil national de sécurité. Officiellement, il effectue une visite de routine après celle que le directeur de la CIA, George Tenet, a faite à Islamabad. On apprend de source officielle qu’il a rencontré Tenet cette semaine. Il s’est aussi longuement entretenu avec des responsables non identifiés de la Maison-Blanche et du Pentagone. Mais sa rencontre la plus importante a été avec Marc Grossman, sous-secrétaire d’État américain aux Affaires politiques. On peut facilement supposer que la discussion a surtout porté sur l’Afghanistan… et Oussama ben Laden. Cette visite revêt un caractère d’autant plus intéressant en raison du contexte des visites précédentes. La dernière fois que le prédécesseur de Mahmoud, Ziauddin Butt, est venu ici, sous le gouvernement de Nawaz Sharif, il a suffi de quelques jours pour tout chambouler la politique intérieure. »

Nawaz Sharif fut renversé par le général Pervez Musharraf. Le général Mahmoud Ahmad, qui a ensuite pris la tête de l’ISI, a joué un rôle clé dans le coup d’État militaire.

Le 11 septembre au matin, le bailleur de fonds présumé des terroristes du 11 septembre, le général Mahmoud Ahmad, assistait à un petit déjeuner de travail offert par le sénateur démocrate Bob Graham et le représentant républicain Porter Goss, respectivement président du Comité du renseignement au Sénat et du Comité du renseignement à la Chambre des représentants, les deux auteurs du rapport aux trente pages manquantes.

À l’exception de la presse de Floride (et de Salon.com, le 14 septembre), les médias américains n’ont pas glissé un seul mot au sujet de ce mystérieux petit déjeuner de travail dans leurs reportages du mois de septembre concernant les attentats.

Huit mois plus tard, le 18 mai 2002, le Washington Post publiait un article sur le représentant Porter Goss. Axé sur sa carrière d’agent de la CIA, le texte souligne à grands traits l’intégrité de Porter Goss et sa résolution à « lutter contre le terrorisme ». Néanmoins, un paragraphe isolé mentionne le mystérieux petit déjeuner de travail du 11 septembre avec le chef de l’ISI, Mahmoud Ahmad, et confirme que celui-ci «dirige un service secret ayant des liens étroits avec Oussama ben Laden et les talibans».

Alors que le Washington Post reconnaît l’existence de liens entre le chef de l’ISI, Mahmoud Ahmad, et le réseau al-Qaïda, il passe sous silence la question plus fondamentale: que faisaient le représentant Porter Goss, le sénateur Bob Graham et d’autres membres des comités du renseignement du Sénat et de la Chambre en compagnie du bailleur de fonds présumé des terroristes du 11 septembre, le général Mahmoud Ahmad, au Capitole, le matin du 11 septembre ?

Il est assez ironique de penser que le représentant Porter Goss et le sénateur Bob Graham – hôtes du mystérieux petit déjeuner de travail du 11 septembre avec le présumé « architecte » des attentats, pour reprendre l’expression du FBI – aient été chargés de l’enquête et des audiences publiques sur les « lacunes du renseignement ». Il s’agit d’un véritable camouflage: dans ce rapport de 900 pages, le rôle du Pakistan n’est pas mentionné.

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