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Finies les folies !
N° 222 - septembre 2003
Le plus beau pays du monde méritait le plus bel aéroport de la planète
Un coup de chien, ça ravive toujours les souvenirs
André Vincent
Tit-gosse de riche, grand amateur de voitures sport, il a fait le tour du monde à vingt ans, le chéquier à papa dans sa culotte. Quel aventurier ! Il ira loin le petit, dit-on déjà, et parfaitement bilingue le jeune, papa Trudeau y avait vu: Collège Brébeuf, universités anglaises... doctorat en droit constitutionnel, on n’y échappe pas quand on a de l’ambition, et un rôle politique à prendre en l’Amérique Britannique du Nord.

Contestataire même, sur les piquets de grève, avec les travailleurs, on aurait pu penser que cet homme voulait aider les gens, repousser les frontières de l’ignorance et de la peur, faire avancer les siens. Il a lutté contre « la grande noirceur », et pour une Cité Libre. Et quelle plume iconoclaste, un vrai chanteur de pomme! Polémiste pointu, personne ne pouvait arriver à sa cuisse, à part Jupiter bien sûr et même là... just watch him !

Il a du bagou le monsieur, la classe de l’Anglais des colonies, une maman qui parle blanc et qui l’aime beaucoup-beaucoup. Difficile d’en demander plus à la vie. À force de faire des grimaces, des pirouettes médiatiques – complet trois pièces et rose rouge à la boutonnière – il est devenu ministre de la Justice et peu après, avec l’aide des trois pigeons, il a pris la place qui lui revenait de droit, c’est-à-dire PM.

Une fois maître du jeu, il a dévoilé ses cartes: Finies les folies ! p’us un Tit-poil qui doit dépasser, les provinces sont égales et fuddle-duddle les Québécois! La madame èèèètait contente, les Anglais aussi, mais c’est là que la chicane a commencé pour de vrai, en octobre 70 plus précisément. Des enfants presque, alouettes en colère que personne ne voulait prendre au sérieux; ils se sont dit que les boîtes à malle de Sa Majesté... c’est un début, mais ça donne pas grand-chose. Alors ils ont enlevé un diplomate anglais pour qu’on les écoute pragmatiquement. Autant à Québec qu’à Ottawa, on a fait comme si, mais on n’a rien entendu. Hélas ! c’est impatient des jeunes, faut faire attention, surtout s’ils ont des couilles. Pour le prouver, ils ont enlevé un autre personnage, un ministre québécois cette fois, près de la base de St-Hubert. Quelque temps plus tard, ils l’ont ramené à sa place, dans une vulgaire valise de char. C’est le prétexte que Trudeau attendait.

L’un de ses pigeons, Jean Marchand, s’est levé en chambre. Il a dit que l’heure était grave, que cinq mille terroristes qui, selon le groupe à Gesca (je cite de mémoire), seraient associés au réseau al-Quaïda... possèdent des armes de destruction qui pourraient massivement pulvériser le coeur de la ville de Montréal, et que si on ne suspendait pas les droits civiques, et qu’on ne votait pas la loi des mesures de guerre, le ciel allait nous tomber sur la tête dans pas long. À la sortie de la chambre, il a précisé sa pensée, troquant « le ciel sur la tête » contre une insurrection appréhendée. Et ce qui devait arriver arriva au Québec le lendemain matin. : La Canadian Army.

La loi du plus porc en poche, la police s’est payé la traite elle aussi, viens ‘citte mon crotté ! Dans l’panier à salade !!! On a ramassé tout ce qui traînait un peu partout, rue St-Denis surtout, et au Carré St-Louis: poètes, chanteuses, journalistes, comédiens, travailleurs, crisses de pauvres... envoye dans l’trou Parthenais ! Et voilà, c’est réglé citoyens! pouvez retourner vous coucher, le Québec est remis à sa place. Après la crise, les soldats de l’army ont cherché tout partout les armes de destruction qui devaient massivement pulvériser le Center de Montréal, mais ne les ont point trouvées. Trente-trois ans plus tard, on les cherche encore...dans l’bout de l’Irak.

En 80, le prince a mis sa tête sur le billot, juré-craché qu’il allait faire du changement, et les Québécois l’ont cru. Deux ans après, il a fait très exactement le contraire de ce qu’il avait promis, et les Québécois, même les fédés, ont dit que ce n’était pas bien. Une nuit de pleine lune parlementaire, il a mis un contrat sur nous, envoyé son pit-bull aux longs crocs et deux trois bouledogues anglais pour en finir avec la gang de chiâleux de l’autre côté de la rivière. Le contrat a été vachement rempli. Après, sur ordre du boss, les pigeons ont organisé un bal de signatures; la reine d’Angleterre a été invitée, ainsi que tous les Primes Ministers. Lévesque est resté en berne à’ maison, à filer du mauvais coton. Résultat: On a dans l’cul une constitution et une charte des droits que l’on n’a toujours pas signées. Normal me direz-vous, on n’était même pas au party !

Aujourd’hui, le pit-bull a remplacé le maître (qui se repose au cimetière depuis...?). Au cours de la semaine, dans la pauvre province d’Ontario catastrophée de virus et en panne de mégawatts, il a eu l’idée d’une dernière saleté avant de quitter la scène à son tour. Afin de faire chier les séparatissses et honorer du coup la mémoire du maître, y s’est dit on va changer le nom de l’aéroport de Dorval pour celui de Pierre-Elliott Trudeau.

Ce coup de chien de ruelle m’a rappelé quelques souvenirs... Le 27 mars 69, en début de règne, le prince a décidé d’exproprier d’un large trait de pinceau 12 000 familles et plus de 150 kilomètres carrés de bonnes terres dans le coin de St-Scholastique. Il a pensé que le plus beau pays du monde méritait le plus grand aéroport international de la planète, et comme il en était à ses premières passes d’armes, il a dû se dire qu’il valait mieux commencer à se faire la main maintenant. Il a donc imposé le site Mirabel contre la population locale, et contre le choix et les intérêts du Québec.

On connaît la suite, et surtout la fin. Tout au long de sa carrière, cet homme s’est servi du peuple auquel il appartient comme d’un marchepied, pour ne pas dire d’une carpette, et plus il montait l’escalier de la Reine, plus il méprisait les siens. Un patriote (Irlandais je crois) a dit un jour en parlant de nous: « Votre problème, c’est que vous les haïssez pas assez... » Il parlait des Goddem bien sûr, incluant nos collabos. Je n’ai pas ce problème.

Et j’ai la rancune longue. La prochaine fois que je vais devoir me rendre à Dorval, je me lèverai tôt et si possible, j’amenerai mes petits-fils avec moi. En chemin, on prendra le temps de faire un long détour par le cimetière, par devoir de mémoire. Rendu là, je vais leur raconter une histoire de circonstance: Il était une fois un monsieur très petit qui, pour essayer de se grandir...

Et avant de filer à l’aéroporc, je vais cracher sur sa tombe !

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