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Le mouton est mort ! Vive le cochon !
N° 221 - juillet 2003

L’Apostrophe
Jean-Claude Germain
Quand les bombes seront intelligentes...

Alphonse Allais s’étonnait que personne n’ait jamais eu la bonne idée de construire les villes à la campagne. Il serait sûrement ravi d’apprendre que les guerres se feront dorénavant sans troubler le cours de la vie ordinaire comme le libre marché et le laisser-faire.

Que les militaires puissent faire la guerre en nous foutant la paix et qu’au milieu des plus intenses bombardements, les civils puissent vaquer à leurs occupations, les enfants se rendre à l’école et les mères promener leurs marmots dans les parcs, il faut admettre que l’idée est séduisante. Et tout ça parce que les bombes sont désormais intelligentes et ne frappent que les cibles qui leur sont assignées.

Boris Vian, qui a étudié la question de la bombe A, en était venu à la même conclusion lorsqu’il chantait sur un air de java : Voilà des mois et des années / que j’essaye d’augmenter / la portée de ma bombe / Et je ne me suis pas rendu compte / que la seule chose qui compte / c’est l’endroit où ce qu’elle tombe !

Toujours pour Alphonse Allais, qui était plutôt de l’avis de Clémenceau à l’effet que la guerre est une chose trop sérieuse pour la confier à des généraux, le hic qui tique dans cette nouvelle guerre idyllique n’est pas qu’on prête de la cervelle et de la jugeote à des bombes, mais bien plutôt qu’on accorde assez d’intelligence à des militaires pour déterminer les cibles.

La Bourse et Dieu, même combat !

Jadis lorsque les populations étaient frappées par une épidémie, la première réaction des religions était de monter en chaire pour inviter les peuples à se repentir de leurs fautes qui étaient la cause première de ces punitions divines qu’étaient la petite vérole, la picote, la peste ou la grippe espagnole. Et en échange de sa protection, l’Église réclamait des dons, des prières et des séances d’expiation publique.

De nos jours, la première réaction à un début d’épidémie comme celle du SRAS est économique comme anciennement elle était religieuse. Peu importe le sort des malades, ce qui compte ce sont les effets économiques sur l’industrie du tourisme, sur le transport aérien, sur l’industrie de la restauration.

Jadis quand les hommes mouraient comme des mouches, c’était Dieu qui était à plaindre. Aujourd’hui, c’est l’économie. Il n’y a qu’elle qui soit mal en point. Et là où anciennement il fallait tenter d’apaiser la colère de Dieu, c’est la Bourse qu’il faut ramener à de meilleurs sentiments. L’anthropomorphisation du divin se traduisait en indulgences, celle de l’économie en cotes boursières.

Les deux béatitudes

Les péquistes n’ont d’oreilles que pour les opinions des fonctionnaires et les libéraux ne s’abreuvent que des humeurs des ticounes. La ticounerie est viscéralement contre une bureaucratie qui lui mène une guerre sans merci. Depuis sa naissance qui coïncide avec le début de la révolution tranquille, le fonctionnarisme québécois tente pour le meilleur et pour le pire d’imposer un semblant d’ordre au free for all qui règne depuis toujours dans le vivier naturel du ticoune, le monde municipal. Mais la république des pots-de-vin n’a rendu ni l’âme ni le souffle. Les péquistes ont été bien naïfs de croire que les ticounes allaient endosser leurs réformes, surtout les plus récentes.

Libéraux et péquistes, tous sont les otages de leurs conseillers. Sur toutes les questions et tous les sujets imaginables, les péquistes ne bouffent que des rapports de fonctionnaires comme si aucun membre du parti n’avait une expérience concrète de la réalité ou même de la vie en société. Le Parti libéral en revanche coupe l’herbe sous le pied à toutes les formes de consultations institutionnelles en sollicitant dans ses rangs la présence des hommes d’affaires aussi bien que celle des entrepreneurs ou des membres des diverses professions libérales.

À ce chapitre, les députés libéraux gagnent du temps. Ils sont ni plus ni moins les lobbyistes accrédités du corporatisme des diverses professions et n’ont pas à faire des sondages pour prendre le pouls d’un secteur ou d’un autre. Le ministre de la Santé, le docteur Couillard, n’a pas besoin d’une commission parlementaire pour savoir ce qui se passe et surtout ce qu’on pense dans les hôpitaux.

Également médecin, son ancien vis-à-vis péquiste, le docteur Rochon, grand réformateur administratif – certains diront fossoyeur – du système de santé, ne jurait pour sa part que par un rapport dont il avait été le maître d’œuvre avant d’occuper le poste de ministre. À l’écouter discourir, on doutait parfois qu’il eût jamais mis les pieds dans une urgence ?

Un soupçon qui m’a été confirmé un jour par une infirmière-chef qui avait connu le docteur Rochon du temps où il était interne. J’sais pas si par la suite y a trouvé le temps de s’occuper des malades mais lorsqu’il était à notre hôpital il a passé tout son temps à s’occuper du syndicat des internes! Pour les structures, ça y connaît ça! Mais la pratique de la médecine, je suis moins sûre!

Chez les péquistes où on retrouve une pléiade d’universitaires, de profs, de syndicalistes et d’anciens hauts fonctionnaires, le parti s’est toujours fait un point d’honneur suicidaire à ne pas défendre les intérêts corporatistes de la majorité de ses membres.

Intégrisme démocratique ou angélisme ? Fatuité partisane plutôt ! Celle de croire que l’allergie naturelle de ces milieux pour le patronat, le patronage et les patroneux, les emprisonne à tout jamais dans une relation sadomasochiste avec le péquisme. Disons qu’aux dernières élections, ce n’étaient pas encore les procédures de divorce mais qu’à tout le moins, c’était une séparation de corps.

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