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Le mouton est mort ! Vive le cochon !
N° 221 - juillet 2003
Livre
Denis Lazure, médecin et militant
Pierre Dubuc
Paru à la fin de 2002 sans recevoir toute l’attention qu’il méritait, le livre du Dr Denis Lazure, « Médecin et citoyen, souvenirs », se révèle fort pertinent dans le contexte nouveau créé par la défaite du Parti québécois et la nécessaire recomposition des forces politiques à venir.

On retrouve, bien entendu, dans ce livre l’exceptionnel parcours d’un homme de gauche qui, dans les années 1950, se faisait interdire l’entrée aux Etats-Unis, parce qu’il avait voyagé dans les pays de l’Est. « Médecin et militant » aurait été un titre plus approprié que « médecin et citoyen » pour qualifier la vie de ce psychiatre qui ne cache pas son admiration pour le docteur Norman Bethune et la syndicaliste Madeleine Parent.

Un des principaux artisans de la révolution en psychiatrie au cours des années 1960, instigateur de la première garderie en milieu de travail à l’hôpital Rivière-des-Prairies, il a été ministre des Affaires sociales dans le gouvernement Lévesque, avec à son crédit le développement du réseau des garderies et la mise en place des « cliniques Lazure » pour l’avortement thérapeutique.

Le Dr Lazure serait sans doute d’accord pour reconnaître que le compliment auquel il a été le plus sensible au cours de sa carrière politique est venu de sa collègue au cabinet des ministres, Lise Payette, qui le considérait comme « le moins pire de la gang ». Il publie dans son livre ce billet qu’elle lui avait fait parvenir : « Denis. T’es pas mal parfait. Je le savais déjà mais j’aime te regarder aller. Bravo. Lise »

Identifié à juste titre à la gauche du Parti québécois, le Dr Lazure nous fait revivre de l’intérieur les débats dans lesquels il a été impliqué, défendant toujours des positions progressistes contre les tenants de l’aile droite du parti. Il n’est pas tendre pour les Yves Bérubé, Marc-André Bédard, Claude Morin et l’obséquieux Pierre-Marc Johnson dont il nous apprend qu’il avait « l’habitude, aux réunions du conseil des ministres, de se lever pour aller allumer la cigarette de son chef ».

Presque élu comme candidat NPD

Le Dr Lazure était déjà actif en politique avant d’adhérer au Parti québécois. Lors d’élections partielles fédérales en 1967, il récolte 43 % des votes dans le comté d’Outremont à titre de candidat NPD ! Il avait bénéficié de l’appui de la FTQ, du Devoir et de militants du RIN. Son score électoral n’était pas si surprenant. Aux élections générales de 1965, le NPD était arrivé deuxième dans onze comtés de la région métropolitaine et semblait avoir le vent dans les voiles. Mais, un an plus tard, le NPD était lavé par la trudeaumanie. Dans le comté ouvrier de Gamelin, le Dr Lazure ne récoltait que 5 000 voix contre 18 000 pour le libéral et 8 000 pour le conservateur. Encore une fois, la question nationale québécoise s’était imposée comme la donnée fondamentale de la politique canadienne. Deux ans plus tard, il adhérait publiquement au Parti québécois.

Aujourd’hui, le Dr Lazure conserve ses convictions de gauche. Il n’hésite pas à critiquer la faiblesse des réalisations sociales des gouvernements Parizeau, Bouchard et Landry. Celui qui rappelle comment il avait répondu avec enthousiasme en 1995 à l’invitation de l’aut’journal à rédiger une chronique pour la période préréférendaire, déplore aujourd’hui « la quasi absence de relève à l’intérieur de l’aile gauche du Parti québécois ».

Il propose, pour remédier à la situation, de s’inspirer de la tradition européenne et d’entretenir au sein du Parti québécois « une permanence vigoureuse et animée par des penseurs qui veillent à la réalisation des idéaux du parti ». À cet égard, il croit qu’il serait salutaire de « dissocier les deux fonctions de président du parti et de chef du gouvernement ou de l’opposition ».

Toujours actif à 77 ans, le Dr Lazure invite le PQ à « remettre la passion à l’ordre du jour » et à « fixer une échéance claire » pour la souveraineté. « Que l’on reprenne la lutte, dit-il en substance, j’en serai »

Denis Lazure, Médecin et citoyen, souvenirs, Boréal, 2002, 402 pages.

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