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Le mouton est mort ! Vive le cochon !
N° 221 - juillet 2003

Le féminisme est toujours bien vivant
Élaine Audet
Plus de 300 personnes ont participé, la fin de semaine du 23 mai, au colloque, intitulé Réfléchir sur 30 ans, organisé par le Conseil du statut de la femme (CSF) pour marquer son 30e anniversaire.

Après le dévoilement des résultats d’un sondage mené par SOM auprès de 1000 personnes, partout au Québec, sur leur perception à l’égard du mouvement féministe, l’historien André Champagne a retracé les principaux événements qui ont marqué le XXe siècle qu’il considère « le grand siècle des femmes ». Pour lui, l’Église – chrétienne, mulsulmane ou juive – a toujours été l’ennemie principale des femmes. Aux États-Unis, la droite religieuse réclame l’interdiction de l’avortement et lutte en faveur du retour des femmes à la maison. Au Québec, l’ADQ et les groupes masculinistes cristallisent ce courant de droite.

Champagne a conclu en constatant qu’à partir du moment où les femmes étudient et entrent sur le marché du travail, tous les rapports à l’intérieur du couple, de la famille, doivent être repensés. Dans les années qui viennent, il faudra voir l’impact de l’arrivée des femmes en politique. En Scandinavie, tous les rapports dans la société et entre les États en ont été transformés.

Pour la journaliste Pascale Navarro, le discours masculin sur le féminisme est signe que les hommes se remettent en question. La guerre des sexes est une façon très réductrice de concevoir les liens, a-t-elle dit, et il faut en finir avec les épanchements de testostérone et les dérives du féminisme radical. Aux masculinistes qui se plaignent que les écoles sont trop féminisées, elle suggère que davantage d’hommes s’engagent comme instituteurs à l’école primaire.

Le manque de valorisation de l’éducation et du savoir par notre société québécoise et nord-américaine lui semble la principale cause du désintérêt des garçons pour l’école. Pour redonner goût à l’éducation, il faudrait, selon elle, favoriser un type de relations entre adultes et enfants, entre hommes et femmes, qui donne aux femmes le droit de représenter un terrain inspirant pour les garçons.

La condition masculine se porte mal parce que la société se porte mal. Les valeurs de consommation et d’hédonisme béat ne mènent pas loin. Le monde du travail est fragilisé et dans cette arène les hommes et les femmes se livrent bataille. C’est se tromper de cible, a déclaré Navarro. Pendant ce temps-là, les entreprises, qui n’entreprennent plus rien mais détruisent pour augmenter leurs profits, se réjouissent de notre Québec consensuel où on est rarement capables d’indignation et de révolte. Pour la conférencière, le féminisme devrait mieux définir ses priorités et être plus audacieux et contestataire.

Francine Descarries, pour sa part, a rappelé que 95 % des répondant-es à un récent sondage de La Presse considéraient qu’une femme ferait une première-ministre égale ou de valeur supérieure à un homme. En dépit des constantes attaques antiféministes, le mouvement des femmes reste, depuis 40 ans maintenant, un lieu de mobilisation et un acteur actif de la vie politique. Il a permis notamment de remettre en question le naturalisme du destin des femmes et le prétendu caractère universel des notions de citoyenneté et de droit mettant ainsi un terme au monopole du sens et du pouvoir dont disposaient les hommes.

Sous l’aspect d’une vaste courtepointe de discours, de pratiques et d’actions politiques, le mouvement féministe est porteur d’un projet alternatif de société qui propose une autre façon de penser et d’agir l’identité citoyenne des femmes. L’enjeu, pour F. Descarries, est non seulement d’insérer les femmes dans la société, mais également de transformer les structures sociales et plus particulièrement le couple patriarcat/capitalisme néolibéral pour rendre possible une telle insertion.

Afin de conserver sa pertinence sociale, il ne fait aucun doute, selon elle, que le mouvement féministe devra approfondir sa compréhension de ce qui rassemble les femmes sans méconnaître ce qui les sépare, les rapproche et les différencie. Il devra éviter de succomber aux leurres d’un consensus factice ou de céder aux pressions d’un relativisme culturel abusif.

Pour la chercheuse, l’enjeu fondamental du féminisme demeure de maintenir son adhésion militante aux objectifs de transformation des conditions qui légitiment toujours ce qu’elle a appelé, même si le terme fait peur à certaines ou est jugé ringard par d’autres, un rapport de pouvoir entre les hommes et les femmes. Elle s’est dite fière d’avoir encore le privilège à 50 ans d’être une féministe radicale, selon la définition de Kate Millett : chercher la racine des inégalités, de l’oppression, de l’exploitation.

Les participantes ont également eu le plaisir d’entendre une conférence de l’écrivaine française Florence Montreynaud, auteure de l’encyclopédie « Le XXe siècle des femmes », et d’assister en soirée à un inoubliable spectacle, inspiré du parcours des Québécoises depuis 30 ans, conçu et mis en scène par Hélène Pedneault.

* Pour une description plus complète, voir : sisyphe.levillage.org

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