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Le mouton est mort ! Vive le cochon !
N° 221 - juillet 2003

Les statisticiens font reculer la pauvreté
Gaétan Breton
Dernièrement, nous avons assisté à un autre épisode de la guerre des chiffres au sujet de la pauvreté. Statistique Canada a sorti ses analyses du dernier recensement et ses évaluations annuelles de ce que serait le seuil de faible revenu. De l’autre côté, également à partir des chiffres du recensement, le Centre des Politiques Alternatives a sorti une autre étude qui donne un son de cloche légèrement différent. Mais le ministère du Développement des ressources humaines Canada s’est aussi lancé dans l’évaluation des niveaux de pauvreté, apportant une note d’espoir, non pour les pauvres dont la situation n’est nullement modifiée, mais pour les statisticiens qui voient de nouveaux débouchés.

Statistique Canada, s’est toujours défendu de vouloir s’immiscer dans la décision politique consistant à définir la pauvreté. Cet organisme publie périodiquement ce qu’il appelle le seuil de faible revenu, qui consiste à mettre à jour la valeur d’un panier de provision typique établi en 1992. Ces données sont très générales et établies à partir de moyennes. Elles ne satisfaisaient pas la plupart des observateurs. Des chercheurs tentent donc, dans la controverse, il faut bien le dire, de mettre au point une meilleure mesure depuis plusieurs années. Ils y seraient parvenus avec le nouveau MPC (mesure du panier de consommation), qui serait plus flexible et plus adaptée à la situation actuelle.

Qui est pauvre ?

Avec cette nouvelle façon de calculer, des 14,7 % des Canadiens vivant sous le seuil de faible revenu tel que calculé par Statistique Canada, seuls 13,1 % seraient pauvres, ce qui fait une différence de près de un demi-million de personnes. Il est vrai que l’exactitude des calculs de Statistique Canada n’impressionne personne par les temps qui courent.

Avec la nouvelle façon de calculer, la situation s’améliore notablement. Le Québec passe d’un taux de faible revenu de 17,5 % à un taux de pauvreté de 11,9 % pour l’année 2000. Ce sont surtout les personnes âgées qui en sortent gagnantes, puisque des 23,5 % qui avaient un faible revenu, seulement 2,7 % seraient pauvres, surtout les femmes seules qui passent de 64,6 % à 5,1 %.

Le Québec est devenu la province la plus riche du Canada après l’Ontario et la Colombie Britannique, une des plus riches. Disons que ça ne correspond pas exactement à nos perceptions.

Pourtant, le principe de la nouvelle mesure semble intéressant. En prenant un ensemble de base de services essentiels (incluant une voiture usagée pour une famille) et adaptant la mesure du coût de cet ensemble pour chaque région, la mesure devrait être meilleure que la précédente pour mesure la pauvreté absolue. Mais, beaucoup plus significative est la mesure de la pauvreté relative, c’est-à-dire la répartition de la richesse dans la société.

L’écart entre les riches et les pauvres s’élargit

Selon l’étude publiée par le Centre canadien des politiques alternatives (Rags and Riches : Wealth Inequality in Canada), qui se base non pas sur les revenus mais sur les avoirs des Canadiens, le résultat ressemble plus à ce que nous croyions savoir du Canada. S’il y a moins de Canadiens en dessous du seuil de la pauvreté, les avoirs des plus pauvres ont diminué. En fait, depuis 1970, les 10 % plus pauvres se sont encore appauvris de 28 %.

Les 10 % les plus pauvres n’ont aucun actif net, puisque leurs dettes dépassent leurs actifs. Chaque Canadien figurant dans les 10 % les plus pauvres avait, en 1999, une dette moyenne de 10 656 $ en dollars constants. Dans les quinze années précédentes, sa dette avait doublé. Le 10 % le plus pauvre ne voit guère de lumière au bout du tunnel de sa pauvreté.

Cependant, fait plus troublant, depuis 15 ans, les 30 % les plus pauvres ont vu leurs maigres avoirs grignotés, alors que les groupes les plus riches se sont passablement enrichis durant la même période. En fait, les taux d’enrichissement, qui commencent au quatrième décile (après 30 %) augmentent régulièrement de 7 % à 47 % en allant vers les plus riches.

À l’autre bout, plus on est riche, plus on s’enrichit. Ce qui fait que si les revenus sont meilleurs, compte tenu des dépenses essentielles, comme le suggère le MPC, on peut se demander comment les plus pauvres ont dû grignoter leurs maigres avoirs ou augmenter leurs dettes pour arriver.

Le fond de la question

Après avoir été candidat aux élections dans Sainte-Marie-Saint-Jacques, je crois pouvoir affirmer qu’il existe un réel problème de pauvreté. À mesure que les coupures se font sentir, et elles devraient augmenter avec le nouveau budget Séguin, la situation devient de plus en plus difficile. La liste des organismes qui fournissent de la nourriture aux gens dans le besoin ne cesse de s’allonger. Pendant ce temps, les mesures fiscales régressives confortent les vrais riches dans leur ignorance des conditions de vie des classes populaires.

En conséquence, on peut dire que les gouvernements québécois, même ceux qui se disent sociaux-démocrates et de gauche, n’ont pas réussi à répartir la richesse. Au Québec, les 10 % les plus pauvres ont vu leur part de la richesse collective diminuer pendant que les riches voyaient la leur augmenter. Si c’est ça la social-démocratie, virons vite à droite, car le phénomène est bien moins accentué dans l’Ontario de Harris ou l’Alberta de Klein !

Le butin du Québec

Le Québec fait largement partie du club des provinces pauvres qui ne possèdent pas leur juste part de la richesse canadienne. Donc, le gouvernement canadien a aussi échoué dans la répartition de la richesse. A-t-il même vraiment essayé de le faire ? Le gouvernement fédéral a toujours soutenu l’industrie ontarienne au détriment de celle du Québec. Les résultats cumulés de ces politiques apparaissent clairement dans le déficit économique des citoyens du Québec en général et la vraie position de droite des gouvernements du Québec apparaît clairement dans l’enrichissement des plus riches et l’appauvrissement des plus pauvres.

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