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Le mouton est mort ! Vive le cochon !
N° 221 - juillet 2003

Pierre Bourgault, 1934-2003
Paul Rose
Au moment de mettre sous presses, nous apprenons le décès de Pierre Bourgault. Un grand vide. Tant dans le monde politique que journalistique. Comme si on venait de perdre un père, un grand frère. Un proche très proche.

J’ai rencontré Pierre Bourgault en 1969, chez moi, à la maison familiale, à Ville-Jacques-Cartier sur la Rive sud de Montréal. Il se présentait alors à l’investiture du Parti québécois dans le comté de Taillon. Nous avions organisé une assemblée de cuisine avec le voisinage. L’image que nous avions de lui à l’époque était celle du grand tribun. Comme prévu donc, ce fut un discours à l’emporte-pièce... Mais la période des questions impressionna davantage, il s’en faut : sa simplicité, sa sincérité, et surtout cette franchise qui ne souffrait aucun détour sur les sacrifices à consentir pour atteindre la liberté tant personnelle que collective.

Le grand respect qu’il manifestait à son auditoire, essentiellement composé de gens du peuple, le temps qu’il prenait pour répondre à chacune des questions, pour nous mettre à l’aise, pour expliquer et illustrer les choses les plus simples comme les plus complexes. Même si les bonzes du PQ ont mis la machine contre lui, même s’il n’est pas devenu le candidat du comté, et qui sait peut-être même à cause de cela, il est resté pour moi, et pour beaucoup de monde ce soir-là, un phare de société, une conscience collective vive, un allumeur et un rempart contre la démission, le brouillard et la morosité politiques.

Au moment où vous lirez ces lignes, vous aurez déjà entendu à satiété nombre de commentaires vantant l’orateur, le style coloré de l’homme, etc, des fleurs lancées à chaque fois dans la seule perspective de conclure en se dissociant davantage de « l’indépendantiste », du « radical », et quoi encore. Sépulcres blanchis… et pure « human interest » de merde comme dirait Michel Chartrand.

C’est d’abord le contenu politique d’émancipation et de libération, la constance du discours et de la pratique qui frappe chez cet indépendantiste. Qu’aurait été le style flamboyant sans cette chaleur intense du contenu ? Au-delà de la forme, toute géniale qu’elle fut, c’est tristement sur l’essentiel que la disparition de Pierre Bourgault demeure une perte inestimable pour le Québec. Tout particulièrement pour le Québec du courage politique, en un temps où le culte de l’ambiguïté tient lieu de programme de parti … sinon de vie !

Ces dernières années, l’aut’journal n’a pas toujours partagé le point de vue de Pierre Bourgault, notamment par rapport au mouvement ouvrier ou encore à sa recommandation ultime et indéfectible à voter pour le Parti québécois, même après ses critiques les plus cinglantes à l’endroit de ce parti. Mais, foncièrement, ces différends prenaient racine précisément au nom de la poursuite du grand combat qu’il menait et non dans sa négation.

Chez lui l’indépendance du Québec constituait dans son essence une simple question de justice. Une lutte innée contre l’oppression nationale, contre l’injustice sociale. Aucune velléité nationaliste dans sa démarche. Il pensait et il agissait pour la liberté et non pour le repli sur soi. Il se définissait même comme un anti-nationaliste viscéral. L’accession à l’indépendance, c’était la porte d’entrée sur le monde, c’était l’ouverture au monde.

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