L'aut'journal
Le vendredi 24 mai 2019
édition web
L'aut'journal
archives
Retourner à L'Aut'Journal au
jour le jour

Recherche
accueil > l’aut’journal > archives > sommaire > article
Le mouton est mort ! Vive le cochon !
N° 221 - juillet 2003

Diviser pour régner
François Parenteau
On savait depuis longtemps que la question des défusions municipales était un vrai panier de crabes. Et on a appris récemment à quel point les affaires de paniers de crabes pouvaient être incendiaires. Or, après des déclarations du bout des lèvres à l’effet qu’il était en faveur des grandes villes, Jean Charest n’en enclenchait pas moins le processus qui pourrait mener à ces défusions.

Revenons un peu sur les fusions. Pour vendre ce projet à la population, le gouvernement péquiste d’alors, en tandem avec Pierre Bourque, nous a parlé de modernisation, d’économies d’échelles et de toutes sortes de broutilles aussi peu menaçantes qu’emballantes. Mais le fait que ce fut un gouvernement du Parti québécois qui se soit attaqué à cette réforme nous indique clairement quelle était la motivation profonde derrière tout ça.

Il s’agissait d’inclure dans un grand Montréal, à la grandeur de son île, des municipalités du West Island qui risqueraient d’exiger la partition quand le Québec deviendra indépendant. À défaut de pouvoir faire un référendum gagnant, on pouvait toujours travailler à ce que, quand on pourra le faire, il y aura une incertitude de réglée.

Évidemment, ils ne pouvaient pas dire ça à la population. D’ailleurs, j’ai l’impression que si on a aussi procédé à des fusions partout, sur la Rive-Sud, à Québec et à Chicoutimi, c’était pour que ça ne paraisse pas trop qu’on tentait de régler un problème d’unité montréalaise – et donc québécoise. Les péquistes ont dans ce cas-ci clairement sous-estimé la puissance de l’esprit de clocher et ils en ont payé le prix.

Défusionnistes égale partitionnistes

Mais les défusionnistes des municipalités anglophones ont pris ce projet pour ce qu’il était : une tentative de briser une barrière. C’est qu’ils y tiennent à leur barrière. Ils vivent dans un Québec progressivement devenu de plus en plus français, mais au moins, ils ont leurs petites villes bien à eux.

Étant plutôt partisan du « small is beautiful », je peux être sympathique à la cause de certains des opposants aux mégavilles. D’autant plus que le processus est loin d’avoir été sans failles. Mais le ton et les arguments empruntés par les plus virulents défusionnistes pour rejeter leur appartenance à Montréal démontre clairement que ce n’est pas de ça qu’il s’agit. C’est le refus d’une intégration. Et Jean Charest ne peut pas ne pas le savoir.

Pour justifier sa position, Charest parle de démocratie. C’est un détournement de mot dangereux. Les villes sont des créations du Parlement provincial. L’assise de leur existence réside dans la volonté du Québec en entier. Il est en effet primordial que le gouvernement d’un État ait le pouvoir d’aménager son territoire pour le mieux-être de tous ses citoyens. Cela peut exiger des fusions administratives, des zonages, des expropriations.

Détournement de démocratie

Or, en se cachant derrière le beau mot de démocratie, Charest abdique ce pouvoir au profit des municipalités. Et c’est un geste qui pourrait s’avérer très difficilement réversible. Ainsi, Charest vient virtuellement de partitionner le Québec en des milliers de petites municipalités rivales. À partir de cette semaine, la base de la démocratie au Québec n’est plus l’ensemble de ses citoyens mais les petites cliques qui tiennent un fief municipal. C’est un recul ahurissant.

Charest, c’est clair, à fait sienne la devise « Diviser pour régner ». Comment interpréter autrement, d’ailleurs, sa politique d’immigration voulant que les nouveaux arrivants au Québec soient accueillis et pris en charge par leur communauté d’origine ? Dans la vision de Charest, il n’y a pas de culture québécoise. Il y a une mosaïque de folklores « made in Québec ». C’est un torpillage en règle.

Organisons une grande marche d’amour

La population semble abasourdie par l’ampleur des réformes des libéraux, mais il faut réagir. À défaut de négocier les défusions en retour d’un abandon des revendications territoriales des partitionnistes sur leur coin de Canada-dans-le-Québec, pourquoi ne pas organiser une grande marche d’amour dans le West-Island ?

On pourrait débarquer en masse avec des drapeaux de Montréal, soulignant au passage qu’il y figure, aux côtés d’une fleur de lys, un chardon écossais, un trèfle irlandais et un œillet anglais. On leur chanterait Je reviendrai à Montréal. On ferait jouer Amazing Grace à la cornemuse. Il faut faire quelque chose.

Il suffit de regarder aller Gérald Tremlay, le cocu de toute cette histoire, pour voir qu’il a besoin de toute l’aide qu’on peut lui apporter…

Passez un bel été. Profitez-en donc pour visiter le West Island, tiens. Avant qu’il y ait des douanes pour y aller…

Chronique lue à l’émission de Joël Le Bigot, Samedi et rien d’autres, sur les ondes de Radio-Canada, le 7 juin.

Retour à la page précédente

Partager cet article Imprimer cet article


 


Réseau Média
© l'aut'journal 2002
 
l'aut'journal sur le web
L'aut'journal sur le Web a
été réalisé par Logiweb.