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Le mouton est mort ! Vive le cochon !
N° 221 - juillet 2003
Budget Charest
Des états généraux du mouvement syndical s’imposent
Marc Laviolette
Il y a trois ans, la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), l’ancienne CEQ, proposait au mouvement syndical québécois la tenue d’états généraux pour faire le point sur l’action syndicale dans le cadre de la mondialisation et du néolibéralisme ambiant. Le discours du Trône et le premier budget du nouveau gouvernement Charest met cette question à l’ordre du jour.

Un peu comme lorsqu’on développe une photo en chambre noire et qu’on voit graduellement se fixer l’image au papier photo, les Québécois prennent de plus en plus la mesure des « changements » pour lesquels ils sont censés avoir voté le 14 avril dernier. Le discours inaugural du Premier ministre Charest, le budget Séguin et les crédits Forget nous ramènent brutalement à la réalité et posent de nouveaux défis au mouvement syndical qui évoluait depuis les années 1990 dans une culture de consensus social et de partenariat.

« Nous sommes arrivés au bout d’un modèle de fonctionnement », clamait le Premier ministre Charest au début de son discours inaugural qui traçait la ligne politique qu’entendait suivre le gouvernement. La politique néolibérale de Charest interpelle le mouvement syndical tant sur les fronts traditionnels que sur le projet de société qu’il porte. Passons-les en revue.

Santé

Sous le couvert des partenariats privé-public, on favorisera la sous-traitance. On procédera à la fusion des accréditations syndicales trop nombreuses selon le gouvernement. Quel sera l’impact de ce processus sur la négociation du secteur public qui doit débuter avec la fin des conventions collectives en juin ? Est-ce que ce processus de fusion aura pour effet de retarder la négociation dans le secteur de la santé ? Est-ce que les fusions seront décrétées par le gouvernement ou seront-elle le résultat d’un choix démocratique des membres ? Quel impact ce processus aura-t-il sur le front commun?

Éducation

La volonté gouvernementale d’ouvrir un débat sur la qualité, l’accessibilité et le financement universitaire aura-t-elle pour effet de remettre en question le gel des frais de scolarité ou de réduire le financement gouvernemental pour favoriser des partenariats avec le privé ?

Formation de la main-d’œuvre

On remet en question la formation de la main-d’œuvre pour les petites entreprises.

Travail

On annonce l’amendement de l’article 45 du Code du travail pour favoriser l’octroi de sous-contrats par les entreprises.

Tribunaux administratifs

On annonce une réforme à venir de façon à ce que les plaignants obtiennent une décision rapide.

Garderies

On veut revoir la base de financement des garderies et mettre fin à l’universalité des garderies à 5 $.

Municipalités

On annonce qu’on ouvrira la porte aux défusions municipales tout en souhaitant l’adhésion des citoyens aux nouvelles villes. Quel sera l’impact de cette boîte de pandore sur les négociations en cours et les accréditations fusionnées ?

Équité salariale

Aucune déclaration quant au règlement. Pour ce qui est du projet de société porté par les organisations syndicales, il est frappé de plein fouet !

M. Charest annonce une réingénierie de l’État québécois (portée par madame Forget du Conseil du trésor) où tout sera sur la table : les structures et programmes, le mandat des sociétés d’État, la fiscalité et les baisses d’impôt, des coupures dans tous les ministères et fonctions de l’État sauf la santé et l’éducation, l’abolition des Régies régionales en santé et la fin de l’intervention massive de l’État dans l’économie.

Les deux seules mesures intéressantes annoncées dans le discours inaugural sont la volonté de revoir le mode de scrutin au printemps 2004 et la lutte contre le déséquilibre fiscal qu’Ottawa impose aux provinces.

Selon M. Charest, cette ligne politique permettra au Québec, dans 5 ans, un « État qui croira dans la primauté des libertés individuelles », un « État qui croira que la réussite du Québec ne réside pas dans ses structures, mais en chacun de nous. Est-ce cette réussite individuelle qui permettra une meilleure répartition de la richesse et une plus grande justice sociale ? »

M. Charest reprend ainsi la thèse néolibérale qui affirme que pour répartir la richesse, il faut d’abord la créer. Le marché permet cette création de richesse qui même si elle a tendance à se concentrer, se répartira par une phénomène de « ruissellement par le bas ». Décidément, porter les lunettes roses de l’individualisme rend euphorique….

Le budget Séguin et les crédits

Affirmant en conclusion que ce budget ne constituait qu’ « un premier pas vers la révision des rôles de l’État », le ministre Séguin recommandait aux citoyens québécois : « Plutôt que nous demander ce que l’État peut faire pour nous, demandons nous plutôt ce que nous pouvons faire sans lui. »

Les 12 et 13 juin derniers, la ligne politique se matérialisait en chiffres :

Santé

Augmentation du budget de 7,2 % permettant de couvrir les coûts de système et injection de 250 millions en argent neuf pour faire du développement. Le gouvernement encaisse d’un seul coup les 809 millions du fédéral pour financer la santé.

On est loin des miracles annoncés durant la campagne électorale !

Éducation

Augmentation de 3,6 % du budget alors que les engagements et coûts de système nécessitent une augmentation de 3,8 %.

Garderies

Enveloppe de 20 millions pour le développement de nouvelles places (surtout au privé) et annonce de consultation durant l’été sur le financement du fonctionnement des garderies (actuellement à 1,3 milliards par année).

Économie

Réduction de 759 millions dans l’aide aux entreprises par le biais de la fiscalité. Abolition du développement de 12 sites désignés, dont la Cité du multimédia, Zone Mirabel, etc. Réduction de 25 % des crédits d’impôts pour le développement économique des régions du Québec. Réduction de 12 % des crédits d’impôt à la recherche.

Culture

Réduction de 6 % des crédits d’impôts pour les productions cinématographiques et télévisuelles.

Taxe sur le capital

Abolition de la taxe sur le capital pour 70 % des entreprises québécoises.

Formation de la main-d’œuvre

Exemption de la loi du 1 % en formation de la main-d’œuvre pour les entreprises qui ont moins de 1 million en masse salariale au lieu de 250 000.

Routes et infrastructures

Réduction de l’enveloppe budgétaire de 460 millions $.

Aide sociale

Réduction de 241 millions par la réintégration de 25 500 familles sur le marché du travail alors que l’économie ralentit.

Logement social

Une maigre enveloppe de 10,7 millions dont 5,7 millions seront consacrés aux mesures d’urgence en juillet prochain.

Somme toute, une véritable entreprise de déconstruction du Québec est en cours et on nous annonce que ce n’est qu’un début.

Vers une période d’affrontements ?

Tout comme le mouvement syndical et progressiste a pris au sérieux le potentiel de reculs dans le programme de l’ADQ lors des élections du 14 avril dernier et a mené une campagne appelant les Québécois à ne pas voter ADQ, nous devons aujourd’hui nous mobiliser contre les avancées bien réelles de la ligne politique et budgétaires des libéraux. Déjà, les Centres de la petite enfance sont au front. Les organisations syndicales et progressistes doivent faire de même.

Il y a trois ans, la Centrale des enseignants du Québec proposait au mouvement syndical québécois la tenue d’états généraux pour faire le point sur l’action syndicale dans le cadre de la mondialisation et du néolibéralisme ambiant.

Les organisations syndicales devraient peut-être mettre en marche l’organisation d’un tel événement afin de préparer les travailleurs et travailleuses tant du secteur privé que public à faire face à l’affrontement qui se dessine. La période de consensus et de concertation sociale au Québec pourrait être bel et bien terminée. C’est du moins ce que le président du Conseil du patronat au Québec, monsieur Gilles Taillon, laissait entendre en affirmant que le discours inaugural de monsieur Charest du 4 juin dernier était « de la musique à ses oreilles ».

L’avenir pourrait cependant être plus rock’n roll qu’il le croit.

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