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Le mouton est mort ! Vive le cochon !
N° 221 - juillet 2003

La feuille de route de l’Empire
Michel Chossudovsky
Au lendemain douloureux de la guerre, le monde entier sait que les prétextes invoqués pour l’invasion de l’Irak étaient basés sur des faits falsifiés et des renseignements trafiqués. Les faits concernant les armes de destruction massive ont été soigneusement manipulés. Les mensonges étaient connus et bien établis avant la guerre. Ils faisaient l’objet de débats à huis clos non seulement au Conseil de sécurité des Nations unies, mais également au Congrès des États-Unis.

Avant le déclenchement de la guerre et pendant toute la campagne militaire, les médias états-uniens, en relation étroite avec le Pentagone, ont caché la vérité. Des opérations en sous-main furent menées afin d’alimenter les manchettes en informations trompeuses. Jour après jour, les médias ont repris en première page le thème des soi-disant menaces provenant des armes de destruction massive ou du réseau Al-Qaïda contre les États-Unis.

L’objectif de cette campagne de désinformation était de « mobiliser les citoyens dans une ferveur patriotique », tout en reportant la question des renseignements mensongers au lendemain de la guerre. Autrement dit, le fait que le président Bush était un fieffé menteur fut porté à l’attention du public états-unien seulement après que l’invasion ait été menée à terme et l’occupation états-unienne et britannique, sous la forme de « l’Autorité », fut dûment sanctionnée par les Nations unies.

Le « Gros mensonge » rendu public

Une fois l’embargo non officiel levé au début du mois de juin, le « Gros mensonge » fut révélé. L’hebdomadaire Time Magazine, qui avait applaudi sans faillir le plan d’invasion de la coalition, accusait maintenant l’administration Bush de « falsifier les faits ». Comme cela tombait à point ! Une fois l’Irak occupé, pillé et mis à sac par les troupes états-uniennes et britanniques, le mensonge remontait à la surface et faisait la manchette des journaux états-uniens.

Les leaders démocrates du Congrès étaient pleinement conscients que le casus belli de l’administration Bush était un mensonge éhonté. Toutefois, ils s’étaient entendus avec leurs homologues républicains pour mettre sous le boisseau la question des mensonges émanant des services de renseignement jusqu’à ce que le Blitzkrieg et la conquête de l’Irak soient achevés.

Les commissions d’enquête menées par le Sénat états-unien et la Chambre des Communes britannique n’ont pas pour objectif de défaire ce qui a été fait sous un fallacieux prétexte et de retirer les troupes de la coalition de l’Irak. Bien au contraire, des troupes supplémentaires ont été envoyées en Irak pour réprimer la résistance contre les forces d’occupation. De plus, les Etats-Unis ont augmenté de façon significative leur présence militaire dans la grande région englobant le Moyen-Orient et l’Asie centrale.

Dans le sillage de la guerre, la France, l’Allemagne et la Russie, qui s’étaient préalablement opposées à l’administration états-unienne et à son allié britannique sur la question des renseignements fabriqués, ont accordé, au nom du multilatéralisme, leur soutien sans faille à « l’Autorité » dirigée par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne en Irak. Ce faisant, elles ont non seulement violé la Charte des Nations unies, mais sont devenues complices des crimes commis contre le peuple irakien, y compris les meurtres et mutilations de civils. Il est fort probable que les vainqueurs anglo-saxons et la « vieille Europe » se sont entendus sur le partage d’une portion de la richesse pétrolière irakienne.

Le projet du New American Century (PNAC)

Le « tollé public » sur la question des renseignements fabriqués – bien orchestré par les grands médias – a créé l’illusion d’une presse objective et d’une démocratie fonctionnelle. Ce rituel, qui consiste à rendre la classe politique responsable de ses actes, contribue à maintenir la façade démocratique d’un appareil gouvernemental qui s’oriente de manière inéluctable vers l’État totalitaire. La guerre a eu lieu. Les marionnettes politiques ont fait leur tour de piste selon le plan prévu. Elles peuvent maintenant être sacrifiées, pendant que les vrais responsables de l’invasion –les géants pétroliers et les marchands d’armes – se partagent le butin de guerre.

Dans le Nouvel Ordre mondial, les dirigeants politiques discrédités, qui sont les laquais de puissants intérêts d’affaires, sont remplacés par de nouvelles marionnettes politiques. Républicains ou démocrates, peu importe. Le jeu de « l’alternance » dans un système à deux partis, gangrené par la corruption et les conflits d’intérêt, assure la continuité de la feuille de route états-unienne de l’Empire, tout en répandant l’illusion que la démocratie jeffersonnienne prévaut toujours.

Rien dans ce « tollé public » ne renversera le courant de l’expansion militaire états-unienne telle que définie dans le Project for a New American Century (PNAC). Le PNAC est un « think tank » néo-conservateur en lien avec l’establishment de la Défense et du Renseignement, le Parti républicain et le puissant Council on Foreign Relations (CFR), qui joue un rôle d’arrière-scène dans la formulation de la politique étrangère états-unienne. L’objectif déclaré du PNAC est de « mener et vaincre de façon décisive dans des théâtres de guerre multiples et simultanés ». En fait, peu après la soi-disant « libération de l’Irak », l’administration Bush annonçait que la prochaine cible était l’Iran.

Feu vert à l’utilisation d’armes nucléaires

Quelques semaines à peine après l’entrée des marines à Bagdad, le comité sénatorial sur les services militaires donnait son feu vert au Pentagone pour le développement d’une nouvelle bombe nucléaire tactique, pouvant être utilisée sur des théâtres de guerre conventionnels, « avec une puissance six fois supérieure à la bombe de Hiroshima ». L’utilisation de bombes nucléaires est prévue avec celle d’armes conventionnelles dans la prochaine phase de la guerre, contre l’Iran et la Corée du Nord. Le PNAC prédit « l’extension de théâtres de guerre à travers la planète » comme un moyen de « préserver la Pax americana ».

Bien que rien ne prouve, pour l’instant, l’utilisation d’armes nucléaires tactiques sur le théâtre de guerre irakien, certains signes laissent croire que des bombes nucléaires auraient pu être lâchées sur l’Afghanistan en 2001. Selon le Centre de recherche médical sur l’uranium (basé au Canada), des tests menés sur des civils afghans permettent de penser que « des armes contenant une certaine forme d’uranium ont été utilisées ». Les résultats, poursuit le Centre, sont stupéfiants : les détonateurs présentent des concentrations d’isotopes d’uranium toxiques et radioactifs de 100 à 400 fois supérieures à ceux testés en 1999 sur les anciens combattants de la guerre du Golfe. Ces résultats confirment que la radiation toxique n’est pas attribuable au « métal lourd » des armes à uranium appauvri, mais à une autre forme de contamination à l’uranium non identifiée.

Bien entendu, sur cette question de la guerre nucléaire, qui menace l’avenir de l’humanité, les médias états-uniens ont également choisi de garder le silence, de façon à ne pas « mettre en danger » de quelque façon que ce soit les plans de guerre futurs du Pentagone.

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