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Le mouton est mort ! Vive le cochon !
N° 221 - juillet 2003

La SQ lâchée lousse au Saguenay-Lac-Saint-Jean
Vincent Larouche
Le journal La Pige, publié par les étudiants du Cégep de Jonquière, au Saguenay-Lac-Saint-Jean, a créé tout un émoi en avril dernier en révélant les agissements de deux agents de la Sûreté du Québec, Richard Jean et Pierre Rousseau, qui s’emploieraient à infiltrer et harceler les groupes syndicaux et populaires de la région. Cette tendance aurait d’ailleurs été accentuée par les attentats du 11 septembre et les lois répressives qui en ont découlé au Canada.

Avant, ils se cachaient. Aujourd’hui, ils font ça au vu et au su de tout le monde. C’est de la provocation ! », déclare Alain Proulx, président de la FSSA, l’un des plus importants syndicats de l’endroit. Ce dernier a d’ailleurs reçu la visite de M. Richard Jean à ses bureaux, où il s’est rapidement fait indiquer la sortie.

L’arrogance des policiers est carrément intimidante pour bon nombre de militants. Lors de la dernière campagne électorale, alors qu’une manifestation était organisée à l’occasion de la visite de Bernard Landry, l’agent Richard Jean a carrément engueulé un membre de l’exécutif du Syndicat du personnel enseignant de Jonquière (SPECJ), Pierre Demers, car ce dernier n’avait pas pris la peine de lui téléphoner pour l’inviter. L’enquêteur était furieux d’avoir perdu sa crédibilité auprès de gardes du corps du PQ, selon Demers.

Présents à presque toutes les actions organisées par les mouvements syndicaux et communautaires, les agents téléphonent aussi directement aux organisateurs afin de connaître en détail tout ce qui est planifié: ils demandraient même à connaître à l’avance les noms des militants présents. Ce harcèlement, selon eux, serait justifié par la « menace anarchiste ». En fait, ils prétendent protéger les groupes organisateurs et assurer leur protection contre les méchants anarchistes. Un organisateur communautaire, curieux, a demandé à l’enquêteur Richard Jean ce qu’était un anarchiste: « Des gens qui se promènent avec des drapeaux noirs et qui font de la casse », aurait répondu le policier.

« C’est de la foutaise, il n’y a jamais eu une vitre de cassée lors de nos actions ! », s’exclame Alain Proulx. Selon lui, cet excès de zèle des policiers est une manifestation bien concrète de la répression qui s’abat sur les mouvements sociaux depuis le début de la lutte au terrorisme.

L’affaire a pris une telle ampleur que le capitaine de la SQ au poste de Chicoutimi, Mario Bouchard, s’est senti obligé de sortir dans les médias pour minimiser l’ampleur de l’affaire et démentir certaines affirmations de la jeune journaliste de La Pige.

Les mouvements progressistes, pour leur part, sont loin de banaliser ces agissements, « qui frôlent l’État policier », selon Pierre Demers. 50 organisations communautaires, syndicales et pastorales, regroupées au sein d’un organisme appellé Solidarité populaire Saguenay-Lac-Saint-Jean, ont écrit une lettre de protestation à Serge Ménard, alors ministre de la Sécurité publique, dans laquelle ils dénoncent les objectifs de « contrôle des mouvements sociaux » et de « criminalisation de la dissidence ». Ils exigent aussi l’intervention du ministre pour remettre les policiers en laisse.

Selon Alain Proulx, cette attitude risque pourtant de se perpétuer chez les policiers de la région, parce que : « Quand t’as un front de boeuf, assez pour venir cogner à la porte des syndicats comme ça… »

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