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Le mouton est mort ! Vive le cochon !
N° 221 - juillet 2003
Colloque de la Fédération des femmes du Québec
Nouvelle orientation à la FFQ ?
Élaine Audet et Micheline Carrier
Lors du colloque de la FFQ, du 30 mai au ler juin, les deux candidates à la présidence, Michèle Asselin et Vivian Barbot, ont présenté leur vision de l’organisme qu’elles aspiraient à diriger au cours des deux prochaines années. On semble en présence de deux tendances différentes sinon divergentes, face au leadership que devrait exercer la Marche mondiale des femmes (MMF), toujours active dans 78 pays et qui vient de se réunir pour sa quatrième conférence internationale à New Delhi en Inde afin de définir ses priorités pour les années à venir.

Michèle Asselin, après avoir décrit son parcours militant depuis 22 ans, du Service aux familles du quartier Centre-Sud de Montréal à l’R des Centres de femmes, a rappelé son expérience au comité de coordination de la Marche mondiale des femmes (MMF). Elle a déclaré y avoir acquis la conviction que c’est le monde entier qu’il faut changer parce que les conditions de vie des femmes du Québec sont intimement liées à celles des femmes d’ailleurs. Conviction renforcée par sa récente participation à la conférence internationale en Inde.

Selon Mme Asselin, la stratégie nécessaire pour atteindre une réelle transformation sociale doit valoriser le leadership des femmes, particulièrement de celles qui subissent aussi d’autres types d’oppression – femmes autochtones, femmes des communautés ethnoculturelles, immigrantes, lesbiennes, femmes vivant avec un handicap – et favoriser les initiatives des jeunes. Ce leadership féminin pluriel doit s’exercer, a-t-elle dit, autant dans la société québécoise qu’au sein de la FFQ.

Mise en place d’un nouveau leadership ?

Abordant la question des priorités, Michèle Asselin a soutenu que la FFQ devait travailler en coalition avec d’autres groupes tels que le Collectif Féminisme et démocratie pour la réforme du mode de scrutin et la parité politique ainsi qu’avec la Coalition nationale contre la pauvreté. À son avis, le réseau de la Marche mondiale contre la pauvreté, la violence et toutes les discriminations devrait exercer le leadership dans tous ces dossiers.

Selon Vivian Barbot, si ce virage majeur devait se réaliser, la FFQ deviendrait une coquille vide remplacée à la tête du mouvement des femmes par sa propre créature, la Marche mondiale des femmes (MMF). La présidente sortante a fait le bilan de sa présidence à la FFQ, soulignant qu’elle a « connu l’enfer » au départ de Françoise David et traversé une crise majeure, certaines travailleuses de la Fédération remettant en cause ses compétences.

Au lieu de céder à cette opposition, elle a réalisé, avec l’appui du conseil d’administration et du conseil exécutif, le mandat qui leur avait été confié. Ce mandat consistait principalement à ramener la Marche mondiale des femmes au sein de la FFQ, à redéfinir de nouvelles orientations pour la Fédération, à en assurer le financement et à mettre sur pied le comité sur la prostitution conformément à une résolution adoptée lors de l’Assemblée générale de l’automne 2002.

Mme Barbot a fait remarquer que le travail de la FFQ dans la sphère publique n’a pas toujours été aussi visible qu’elle l’aurait voulu, étant donné que, pour remplir le mandat de l’Assemblée générale, elle avait consacré la majeure partie de son temps à la démarche d’orientation. Elle a toutefois su intervenir dans les médias quand c’était nécessaire et participer à plusieurs coalitions pour la paix, la Palestine, contre la violence envers les femmes, etc.

Remises en question

Lors des discussions qui ont suivi, une des participantes a souligné l’effet déstabilisateur de la Marche mondiale des femmes et exprimé sa crainte de voir la création d’un nouveau leadership accentuer cette tendance déstabilisatrice. D’autres participantes ont remis en question le pouvoir hiérarchique au sein de la FFQ et de son conseil d’administration. Par ailleurs, les deux candidates ont reconnu la nécessité de définir une stratégie pour contrer le discours masculiniste. Selon Vivian Barbot, il s’agirait pour le mouvement des femmes de donner une réponse collective à ce discours.

Quant à la place qu’occupera le débat sur la prostitution au sein de la FFQ, sous sa direction, Michèle Asselin a déclaré qu’elle donnerait suite aux résolutions adoptées lors de l’Assemblée générale de septembre 2002 sur la décriminalisation des prostituées et travailleuses du sexe. Vivian Barbot a exprimé l’avis que la FFQ devrait achever la mise sur pied du comité de travail dont le mandat est d’analyser l’ensemble de la problématique et de revenir ensuite devant l’AG avec des recommandations. Elle estime que la FFQ n’est pas prête à trancher sur les différentes propositions, qu’il faut tenir compte de l’existence d’un courant majoritaire sur le sujet et lui assurer une place représentative dans ce comité.

Ce n’est cependant qu’à l’automne, lors de son congrès d’orientation, que l’on saura si la FFQ s’apprête à prendre un nouveau virage dans son histoire en définissant comme priorité la lutte contre la mondialisation et en adaptant son organisation à cet objectif stratégique, « le type d’organisation qu’on choisit déterminant l’efficacité de l’action », comme l’a fait remarquer une des participantes. La FFQ deviendra-t-elle un groupe de pression parmi d’autres luttant sur le plan local pour forcer le gouvernement à prendre en compte les revendications des femmes, chapeauté par la Marche mondiale des femmes qui porterait l’ensemble des luttes au niveau local et international ?

La Marche mondiale des femmes, toujours active

Depuis l’automne 2000, l’organisation québécoise et internationale de la Marche mondiale des femmes (MMF) est restée active et ses déléguées se sont réunies chaque année pour définir leurs priorités.

L’objectif principal de la rencontre de 2003 était l’organisation d’une nouvelle action commune pour 2005 qui consistera dans l’élaboration d’une Charte mondiale des femmes pour l’humanité, l’organisation de marches à relais d’une région du monde à l’autre et la réalisation par les participantes d’une immense courtepointe illustrant la Charte.

La décision a également été prise de laisser la coordination et le Secrétariat international de la MMF, sous la direction de Diane Matte, au Québec jusqu’à la fin des actions de 2005.

Processus électoral inusité

L’événement majeur de la fin de semaine a été l’élection d’une nouvelle présidente à la direction de la FFQ. Les participantes étaient plus nombreuses qu’aux ateliers de la veille et elles ont élu Michèle Asselin de l’R des Centres de femmes. Le déroulement du processus électoral était inusité.

Afin de gagner du temps, peut-être, les participantes ne se sont pas déplacées pour déposer leurs bulletins de vote dans des boîtes de scrutin sous la surveillance de scrutatrices représentant chacune des candidates, comme c’est généralement la coutume dans les processus électoraux. Deux scrutatrices ont circulé avec les boîtes dans l’assemblée, recueillant les bulletins des participantes. La présidente d’assemblée, la présidente d’élection et les deux scrutatrices ont effectué le dépouillement des votes.

Sans débat et sans qu’en soient invoqués les motifs, l’assemblée a voté à la majorité une proposition pour que les journalistes quittent les lieux au moment de dévoiler les résultats du vote. Vivian Barbot, présidente sortante, a voulu expliquer au micro que les candidates s’étaient entendues au préalable pour accepter la présence des journalistes à ce moment précis, mais la présidente d’assemblée l’en a empêchée, indiquant qu’il n’y avait pas de débat sur la question.

Il y a eu un certain flottement dans la procédure quand la présidente d’élection s’est demandé où était passée l’une des scrutatrices qui tardait à lui ramener la boîte de scrutin. Selon plusieurs participantes, la scrutatrice s’est dirigée vers la sortie plutôt que de revenir à l’avant-scène en dépit des avis répétés aux participantes par la présidente d’élection de ne pas quitter les lieux avant la fin du processus électoral. La confusion proviendrait simplement d’une contre-directive donnée au préalable aux deux scrutatrices, selon la présidente d’élection, qui n’a pas apprécié que cinq personnes à la fois lui signalent cette irrégularité.

Par ailleurs, des militantes arrivées quelques minutes après la fermeture des portes n’ont pu exercer leur droit de vote et, bien que la lettre de convocation qui leur avait été expédiée pour cette élection ne comportait pas la mention d’un processus à huis clos, elles n’ont pu entrer dans l’auditorium où se tenait le scrutin.

La procédure électorale de la Fédération des femmes du Québec présentait d’autres aspects particuliers. Tout d’abord, à l’issue du scrutin, on n’a pas révélé à l’assemblée le nombre de votes recueillis par chacune des candidates, la présidente d’élection se bornant à déclarer élue Michèle Asselin. La présidente d’assemblée a expliqué qu’on ne dévoile les résultats numériques que si la candidate défaite en fait la demande, et Mme Barbot s’en est abstenue. Mentionnons que la FFQ n’a pas beaucoup d’expérience en la matière puisque la dernière élection à la présidence remontait à 22 ans.

Par ailleurs, personne n’a demandé pourquoi il devenait impératif de détruire les bulletins de vote le jour même, comme une participante en a fait la proposition rapidement adoptée sans débat, alors qu’une certaine confusion régnait chez plusieurs membres. Une participante a déclaré au micro qu’on a l’habitude, lors de pareils événements dans le monde syndical, de conserver les boîtes de scrutin pendant quelque temps en prévision d’une éventuelle contestation. Une autre participante a ensuite félicité la nouvelle élue et encouragé des femmes à se présenter dans deux ans « afin que personne ne s’imagine diriger la FFQ à distance et à vie ».

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