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Le mouton est mort ! Vive le cochon !
N° 221 - juillet 2003

Brèves
Michel Chartrand et Pierre Dubuc
À propos du « déficit appréhendé »

Je n’ai jamais vu en politique un coup aussi tordu que « l’impasse budgétaire de 4,3 milliards $ » découverte par Guy Breton à qui les libéraux ont demandé de vérifier les finances du Québec.

Les libéraux n’étaient pas capables de trouver cela tout seul ? Qu’est-ce qu’ils faisaient sur les banquettes de l’opposition ? Qu’ont-ils fait des généreux budgets de recherche qui leur étaient alloués en tant qu’opposition officielle ? Parmi tous ceux qui se disent prêts à nous gouverner aujourd’hui, il n’y en avait pas un qui était capable de lire les données des comptes publics ? Il leur fallait faire appel à l’ancien vérificateur général, à un « expert neutre » ? Laisse-moi rire ? Pour qui nous prennent-ils ?

Ce qu’il y a de plus risible dans l’analyse de Breton, c’est qu’il s’agit non pas d’un déficit réel, mais d’un « déficit appréhendé ». On a déjà eu en 1970, avec les libéraux, une « insurrection appréhendée », maintenant on a un « déficit appréhendé ».

Il est grand temps qu’on arrête de faire des peurs à la population avec les déficits et la dette. Je recommande la lecture de l’excellent article publié par Pierre Beaulne, l’économiste de la CSQ, dans le petit livre À droite toute !, Le programme de l’ADQ expliqué, publié sous la direction de Jean-Marc Piotte chez Hurtubise-HMH,

Dans cet article, intitulé Pour en finir avec l’obsession de la dette, Beaulne explique qu’il faut examiner l’actif, et non seulement le passif, quand on veut faire un bilan sérieux des finances publiques. Il écrit : « Selon Statistique Canada, les avoirs financiers et non financiers des ménages québécois s’élevaient à 725 milliards de dollars en 1999, tandis que les dettes totalisaient 85,7 milliards de dollars, laissant une valeur nette positive de 639 milliards. Cela correspondait à une valeur nette moyenne de 205 000 $ par ménage. »

L’économiste Beaulne ajoute : « Voilà une estimation de la valeur marchande actuelle de l’avoir des particuliers. Même là, on ne trouvera aucune comptabilité sur le potentiel de savoir-faire acquis grâce à un système d’éducation hautement développé. Au regard de ces données, la dette publique totale du Québec atteignait 105 milliards de dollars en 2001. C’est dire que la richesse des particuliers est six fois supérieur à la dette publique. Est-ce si déprimant comme héritage ? »

Je vous encourage à lire tout le reste des propos de Beaulne, de même que les autres articles du volume. Le livre a été écrit pour faire comprendre le programme de l’ADQ, mais comme il semble que les libéraux veulent appliquer le programme de Mario Dumont, il est toujours d’actualité.

Desmarais plus gros que la Caisse de dépôt

« En combinant leurs sociétés de fonds communs et leurs activités dans l’assurance, les Desmarais administrent un actif supérieur à celui de la Caisse de dépôt », peut-on lire dans l’édition spéciale du Financial Post encartée dans La Presse.

On rappelle que Power Corporation a acquis, en 1997, pour 2,4 milliards la London Life dans une lutte contre la Banque Royale. En avril 2001, Power avalait, par le biais du Groupe Investors, la Corporation financière Mackenzie pour 4,1 milliards, convoitée également par la Caisse de dépôt. En février 2003, la Great-West versait 7,3 milliards pour l’acquisition de Canada-Vie, damant le pion à Manufie.

Aujourd’hui, un Canadien sur 15 place une partie de ses épargnes entre les mains d’entreprises possédées par la famille Desmarais.

À votre santé !

Avec la London Life et la Great West, les Desmarais sont propriétaires des deux plus grosses compagnies d’assurance au Canada. Rappelons que, seulement au chapitre des assurances de personnes, les compagnies d’assurances accaparent 7,1 % du revenu disponible des particuliers au Canada, comparativement à 5,2 % il y a dix ans. Dix-sept millions de Canadiens ont une assurance-vie, soit deux fois plus qu’il y a dix ans.

Du côté de l’assurance-maladie, 23,5 millions de Canadiens sont couverts par une assurance complémentaire, soit presque un tiers de plus qu’il y a dix ans. Tout cela dans un pays soi-disant renommé pour son régime public d’assurance-santé !

Quand l’État privatise certains soins de santé, les compagnies d’assurances rappliquent immédiatement pour offrir un régime complémentaire. En fait, plus du tiers du secteur de la santé est déjà sous l’emprise d’un secteur privé en constante progression.

Maintenant, le gouvernement Charest annonce un plus grand recours au privé dans le domaine de la santé. On comprend pourquoi Paul Desmarais a salué l’élection de Charest en déclarant : « Je crois sincèrement que nous sommes à l’aube d’un nouveau départ au Québec. Nous avons une occasion unique de réaliser des progrès notables ».

Quand Yves Séguin jouait au progressiste

À l’automne 1993, Yves Séguin donnait une entrevue exclusive à l’aut’journal dans laquelle il dénonçait le fait que les déductions fiscales pour les frais financiers (coffrets de sûreté, frais de courtiers, etc.) étaient deux fois supérieure à celles pour les frais de garde. Il vilipendait le ticket modérateur pour les médicaments, la sous-traitance dans le milieu hospitalier, les 167 limousines avec chauffeur au gouvernement et dans les sociétés d’État (il les avait comptées!) et le directeur général des élections, Pierre F. Côté, qui avait pris quatre emplacements de stationnement pour se faire construire un terrain de pétanque personnel à côté de son bureau.

À cette époque, M. Séguin prônait l’abolition de la TPS. « Si on veut s’attaquer au déficit, il faut lutter contre le gaspillage et procéder à une réforme fiscale majeure, de façon à répartir de façon plus équitable le fardeau fiscal. Pas question de couper dans les services sociaux, particulièrement en santé ».

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