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N° 200 - juin 2001

Mercier 0 une répétition générale ?
Jacques Pelletier*
La percée du candidat de l'Union des forces progressistes, Paul Cliche, a constitué la grande surprise des élections récentes dans Mercier. Cette percée n'avait en effet été prévue ni par les analystes chevronnés de la scène politique ni même, à tout le moins de par son importance, par ce candidat et son équipe. C'est assez dire la singularité de cet événement qui interpelle aussi bien les observateurs que les acteurs du débat politique.

Quelle est sa signification ? Quelles perspectives ouvre-t-il concernant les prochaines élections générales ? S'agit-il d'un événement singulier explicable par le seul contexte particulier de Mercier ? Ou, au contraire, a-t-il une portée plus large ? Faut-il le voir, en somme, comme une répétition générale annonçant ce qui pourrait se produire à la grandeur du Québec dans deux ans, c'est-à-dire la montée d'une alternative de gauche consistante provoquant un réalignement majeur des forces politiques en présence sur le terrain électoral et parlementaire ?

Les trois objectifs

Pour prendre une juste mesure de l'événement, il convient de rappeler un certain nombre de données. Paul Cliche et son équipe s'étaient fixé trois objectifs au début de la campagne 0 faire la preuve qu'il était possible de réaliser une union concrète et efficace des composantes de la gauche politique sur le terrain de l'action électorale; récolter au moins 10 % du vote; et enfin remplacer l'ADQ comme alternative aux partis institués de droite que constituent le PQ et le PLQ. Or ces trois objectifs ont été non seulement atteints, mais très largement dépassés.

Le pari d’une union des forces progressistes

Le premier objectif reposait sur une analyse et un pari. L'étude des résultats électoraux de 1998 révélait que, réunis, les différents candidats de gauche dans Mercier obsenaient entre 5 % et 10 % du suffrage populaire. Une candidature unique permettrait donc d'atteindre vraisemblablement sans trop de mal ce plancher autour d'un pôle unique et non en ordre dispersé. Au-delà de cette observation de bon sens, le pari de Paul Cliche était le suivant 0 une union des forces progressistes créerait une dynamique nouvelle permettant de dépasser ce plancher et de réaliser un score estimé satisfaisant à partir de 10 %. Le pari, comme les résultats l'ont montré, a été très largement dépassé.

L’appui de la gauche sociale

Le second objectif supposait que la dynamique initiée par l'union des groupes politiques de gauche s'étende à d'autres composantes de ce que l'on appelle parfois la gauche sociale. Cette vaste configuration, je le rappelle, comprend l'ensemble des acteurs qui combattent les forces dominantes sur le terrain des luttes concrètes et immédiates dans les syndicats, les groupes populaires, les réseaux écologistes, les regroupements féministes, les organisations étudiantes etc. Or, plusieurs de ces militants se sont engagés résolument dans la campagne électorale de Mercier aux côtés des membres des organisations politiques, gonflant les rangs de l'organisation de Paul Cliche et assurant du coup l'élargissement de la dynamique créée dès les premiers jours de la campagne.

Remplacer l’ADQ

Ces deux objectifs réalisés, le troisième allait de soi 0 remplacer l'ADQ comme alternative crédible aux deux grands partis dans le comté. Il s'agissait de montrer que cette organisation politique est encore plus conservatrice que les deux autres et qu'elle n'a aucune solution à offrir aux aspirations populaires. Ce message a si bien passé que cette formation a été sévèrement déclassée, réunissant à peine plus de voix que le folklorique Bloc Pot.

Le vote des péquistes déçus

Pour atteindre ce dernier objectif, il fallait aussi, bien sûr, aller chercher une partie du vote péquiste. La campagne a donc été conduite aussi en fonction des membres déçus de ce parti dont certains s'étaient ralliés à la candidature de Paul Cliche, convaincus que le PQ avait définitivement tourné le dos à la social-démocratie dans les faits, sinon dans les discours.

Certains électeurs, votant habituellement pour ce parti, ont sans doute décroché également pour protester contre sa politique mollassonne sur la question nationale.

Quoi qu'il en soit, ce vote de mécontentement s'est manifesté en faveur de la gauche qui a ainsi obtenu les faveurs de la grande majorité de ceux et celles qui, pour diverses raisons, sont déçus des partis politiques traditionnels et aspirent à un véritable changement. L’organisation de Paul Cliche était crédible et, autant par son engagement résolu dans la lutte électorale que par son programme axé principalement sur la lutte à la pauvreté et comportant diverses mesures destinées à améliorer les conditions de vie des citoyens du quartier, elle a su se faire prendre au sérieux dans Mercier.

Il reste deux ans pour transformer une percée en un parti

Cette percée est-elle généralisable ? C'est la grande question politique qui est maintenant posée à la gauche québécoise et à laquelle elle devra trouver réponse d'ici les prochaines élections. L'unité des forces progressistes qui a été réalisée dans Mercier est-elle souhaitable et possible à la grandeur du territoire ? Doit-elle prendre la forme d'un seul parti réunissant l'ensemble des militants de gauche ou, plus modestement, d'alliances conjoncturelles applicables de manière différenciée selon les régions du Québec et selon les comtés ?

Le membership

Comment, par ailleurs – à supposer que ce premier défi soit relevé – élargir de manière significative le membership de cette gauche politique et le faire déborder du cercle étroit de la culture militante ? Comment, autrement dit, créer une organisation politique large qui soit un véhicule efficace du projet de changement global proposé aux citoyens ?

Le leadership

Ce sont là des questions stratégiques majeures qu'il faut envisager de front en même temps que les problèmes de leadership qui grèvent actuellement lourdement une expansion décisive du mouvement. Si l'on excepte quelques vétérans comme Paul Cliche et Michel Chartrand, il n'y a en effet pas de figures d'envergure politiquement reconnues à la direction des organisations de gauche actuellement; c'est incontestablement un frein à l'expansion rapide de ce courant et à sa crédibilité comme alternative dans laquelle une large partie des citoyens puisse se reconnaître pleinement.

Nous savons par ailleurs qu'il existe dans le mouvement populaire et syndical de telles figures socialement et politiquement reconnues. Pour différentes raisons, elles hésitent à s'impliquer directement dans la construction et l'animation d'un mouvement politique auquel elles pourraient donner une impulsion déterminante. La nouvelle conjoncture ouverte par Mercier les incitera peut-être à prendre la décision qui permettrait de généraliser l'expérience vécue dans ce comté, en s'inscrivant dans un ensemble d'initiatives en ce sens, dont l'élaboration d'une plate-forme électorale convaincante parce que crédible, réalisable dans le cadre d'échéances à court et à moyen terme.

Le programme

Une telle plate-forme programmatique large pourrait être édifiée à partir de quelques objectifs majeurs 0 pauvreté zéro, lutte à l'exclusion, à la précarisation et au chômage, réduction et partage du temps de travail, établissement d'un revenu de citoyenneté, maintien et renforcement du système public dans les domaines de l'éducation et de la santé.

Autour de ces objectifs centraux seraient intégrés des objectifs plus spécifiques concernant les enjeux écologiques, l'aménagement du territoire, le développement urbain, la famille et la jeunesse, la solidarité internationale à l'heure de la globalisation des marchés etc. Cette plate-forme visant à établir une démocratie authentique et une véritable justice sociale signalerait la ligne de partage séparant la gauche de l'ensemble des forces de droite, autant des nationalistes d'abord du PQ que des libéraux traditionnels du PLQ ou ultraconservateurs de l'ADQ.

Dans la perspective évoquée ici, Mercier incarne une espérance à laquelle il nous appartient, militants de gauche, de donner des suites politiques concrètes en faisant montre d'un sens des responsabilités qui nous a trop souvent fait défaut au cours des quarante dernières années. C'est là sans doute la première et la plus importante condition à remplir pour réaliser une percée décisive lors de la prochaine élection générale.

*Professeur, département d'études littéraires, UQAM. Essayiste. Membre du Rassemblement pour l'alternative progressiste (RAP).

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