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N° 200 - juin 2001

L’Union des forces progressistes vise 125 comtés
Paul Cliche
Le samedi 12 mai, le Conseil central du Montréal métropolitain (CSN) a organisé une journée de réflexion sur l’action politique partisane au cours de laquelle près d’une centaine de militantEs ont établi un bilan provisoire de la campagne électorale de Mercier, où Paul Cliche s’est présenté comme porte-parole de la coalition connue sous le nom d’Union des forces progressistes, et ont exploré les suites concrètes à donner pour continuer le travail de construction d’une véritable force politique de gauche au Québec. À la fin de cette réunion, les partis membres de la coalition (RAP, PDS, PCQ et Parti vert) ont publié un communiqué dans lequel ils affirment « leur volonté de continuer à travailler ensemble dans l’esprit de Mercier » et précisent que « l’Union des forces progressistes est désormais en marche». Cette déclaration signifie que la coalition ad hoc de la campagne de Mercier va s’étendre dans les 124 autres circonscriptions du Québec en autant, bien entendu, que les membres des formations politiques concernées, qui vont être bientôt consultés dans les instances appropriées, entérineront cette prise de position de leurs dirigeantEs. Nous vous présentons la conclusion de l'allocution prononcée par Paul Cliche lors de l'ouverture de cette réunion. Pierre Dubuc

Depuis quelques années, l’espoir commence à renaître. Déjà, dès l995, la consultation populaire sur l’avenir du Québec et le référendum qui a donné lieu à une participation record en Occident (94 %) ont démontré que le phénomène de désengagement politique actuel n’est surtout pas dû à la dépolitisation des citoyens, mais à un discrédit considérable de la classe et des partis politiques traditionnels.

Il ne faut pas confondre les deux, car la force même de rejet est tout le contraire de l’indifférence. En effet, rarement les gens ont été plus informés qu’aujourd’hui, plus attentifs et intéressés aux grands problèmes de la société comme aux interrogations sur leurs solutions possibles. L’expérience de Mercier aussi est probante à ce point de vue.

Trois séries d’événements survenus ces dernières années sont principalement porteuses d’espoir.

1. D’abord, les grandes marches du mouvement féministe, celle « du pain et des roses » de 1995, puis la Marche mondiale de l’an 2000 qui devrait normalement déboucher sur un engagement politique plus direct de cette mouvance progressiste.

2. Le mouvement de désobéissance civile, amorcé à l’automne 1997, qui a animé les différentes étapes de la lutte contre la mondialisation sauvage depuis deux ans 0 contestation fructueuse de l’AMI, puis bataille contre la ZLEA qui a culminé au Sommet de Québec en avril.

Cette lutte englobante est notamment marquée par le réveil politique de milliers de jeunes, et elle permet de tisser ici une foule de solidarités de type intersectoriel et intergénérationnel, sans mentionner les solidarités internationales.

3. La naissance, en 1998, du Rassemblement pour l’alternative politique (RAP) suivie de la tenue, au printemps 2000, du Colloque sur l’unité de la gauche politique et des forces progressistes qui été suivi de la mise sur pied d’un comité de liaison entre les formations et organismes concernés. Et, enfin, la constitution de la coalition, connue sous le nom d’Union des forces progressistes, pour l’élection partielle de Mercier du 9avril dernier.

Des conditions préalables pour une démarche fructueuse

Aujourd’hui, après avoir fait le bilan de l’expérience-test de Mercier, nous discuterons de perspectives et estimerons les possibilités que cette première coalition se généralise dans les 124 autres circonscriptions du Québec pour les prochaines élections générales.

Avant de terminer, je veux mettre l’accent sur quelques éléments qui m’apparaissent des conditions préalables pour que la démarche qui s’amorce soit fructueuse.

La première partie du constat est que la coalition de Mercier a constitué un excellent début quant à la participation des formations politiques (RAP, PDS, PCQ, Parti vert et section québécoise du NPD), mais que la participation de la gauche sociale a été plutôt clairsemée malgré l’appui efficace et très apprécié du Conseil central du Montréal métropolitain (CSN) et du Syndicat des cols bleus de la Ville de Montréal (local 301 du SCFP) ainsi que la Chaire d’études socio-économiques de l’UQAM.

À noter, toutefois, que plusieurs militantEs d’associations populaires et de groupes communautaires se sont impliquéEs à titre personnel. Mais il reste beaucoup à faire pour tisser des liens serrés entre la gauche politique et la gauche sociale. Cette dernière est souvent absente de nos discussions.

La deuxième, c’est qu’il faudra rester ouvert à toutes les mouvances politiques progressistes souverainistes.

La mouvance des ex-péquistes

La première de ces mouvances, évidemment, ce sont les ex-péquistes à tendance sociale-démocrate. Dans Mercier, il s’est avéré qu’ils ont été et sont encore parmi les militants les plus mobilisés. Ce sont les mieux placés, évidemment, pour convaincre les électeurs qui composent notre principale clientèle cible 0 les votants péquistes. Ce serait donc une erreur grave et une forme de sectarisme particulièrement odieuse d’ostraciser une personne qui s’est jointe à nous parce qu’elle a déjà été membre du Parti québécois.

La mouvance féministe

La deuxième, c’est la mouvance féministe qui nous a fait défaut dans Mercier. La période de réflexion que s’est donnée madame Françoise David devrait se terminer cet été. Souhaitons que, si la formation féministe dont on parle prend éventuellement forme, elle s’arrimera avec notre coalition au lieu de faire bande à part.

La mouvance régionaliste

Une troisième est la mouvance régionaliste dont on a eu quelques échos ces jours derniers. C’est plutôt flou de ce côté pour le moment, mais ça peut se développer vite et il faut être très attentif à ce qui se passe, surtout quand c’est dans notre région. Il faut s’ouvrir à notre milieu, participer aux activités de nos communautés et cesser d’être enfermés dans nos lieux de militance à discuter seulement entre nous.

La mouvance anarchiste

Le plus important défi, évidemment, c’est de convaincre le plus grand nombre de jeunes possible qui viennent de s’éveiller à l’action politique, par la lutte anti-mondialisation, à se joindre à nos rangs. On a noté, ces derniers temps, une nette recrudescence de la mouvance anarchiste. Ces jeunes, qui ne jurent que par la démocratie directe, ne veulent rien savoir évidemment de toute forme de démocratie de représentation. Une réflexion s’impose de notre côté à ce sujet. Il va falloir innover pour trouver des modes plus actifs et plus larges d’exercice de la citoyenneté. Les ailes jeunesse de nos partis ont un rôle de premier plan à jouer de ce point de vue.

Un autre Québec est de plus en plus possible et ça a commencé dans Mercier

Dans notre coalition, il va aussi falloir faire de la place pour les nombreuses personnes qui ne sont membres d’aucun parti politique ni même de syndicats ou d’organismes communautaires. C’est le cas de quelques militants dans Mercier dont une m’a confié son désarroi de ne pouvoir entrer dans aucune des cases prévues pour la future coalition

Nous devrons donc faire preuve de souplesse et d’inventivité.

Il faudra surtout combattre la tentation de rester dans l’ornière des formes traditionnelles d’engagement politique qui, même dans la gauche, a parfois tendance à perpétuer la coupure public-élite. Il va falloir bannir toute forme de centralisme démocratique et de jacobinisme. Dans les directions centrales des partis, il va falloir faire confiance aux militantEs des régions qui connaissent bien leur réalité et leur environnement.

Comme dans Mercier, il va falloir leur laisser créer une dynamique inter-groupe, indispensable au succès du projet.

La meilleure garantie de la solidité de la future coalition, elle se retrouvera dans la fraternité des militantEs à la base, beaucoup plus que dans les échanges des dirigeants au sommet, et ce, même s’ils sont fructueux. Croyez-en mon expérience, c’est à la base qu’on retrouve généralement le plus grand sens de la solidarité parce que les militantEs, préoccupéEs par la finalité de leurs actions communes, oublient vite leurs étiquettes.

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