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Le sous-commandant Parizos
N° 200 - juin 2001
En Nouvelle-Zélande
La pauvreté, comme la richesse, a un sexe
Andrée Lévesque
L'auteure a vécu de 1970 à 1978 en Nouvelle-Zélande, alors que l'État social faisait encore la fierté de la population. Elle revient d'un bref séjour qui lui a permis de comparer l'époque qu'elle a connue avec la situation actuelle de ce pays devenu l'enfant chéri des apôtres du néolibéralisme. (N.D.L.R.)

Une première ministre, une chef de l'Opposition, une juge en chef de la Cour Suprême et une gouverneure-générale, sept femmes sur vingt membres du Cabinet et une Assemblée législative où siègent 38 % de femmes. On croit rêver. Un pays a remis les commandes dans les mains des femmes.

Ce n'est peut-être pas un hasard si cette présence coïncide avec les tentatives de recollage des pots cassés. Les mesures néolibérales – ou de nouvelle-droite comme on dit là-bas – ont laissé l'État social en miettes et il revient au nouveau gouvernement de coalition centre-gauche sinon de renverser la vapeur, du moins de freiner les dégâts.

Le cas néo-zélandais de déréglementation à outrance illustre bien la nature « genrée » des conséquences des politiques axées uniquement sur la rentabilité du marché. La richesse comme la pauvreté a son sexe 0 62 % des personnes qui gagnent moins de 10000 $ par année sont des femmes, mais elles ne sont que 23% à gagner plus de 40 000 $.

Les Néo-Zélandaises sont particulièrement concernées par les secousses de leur économie depuis 1986, car les coupures budgétaires décrétées par les tenants des politiques monétaristes ont eu lieu précisément dans les secteurs où travaille une forte proportion de femmes 0 78 % des femmes travaillent dans le secteur des services, soit dans la fonction publique, la santé, l'éducation, les communications et le commerce de détail.

Les Plunket nurses remplacées par des bénévoles

Dans False Economy. New Zealanders face the conflict between paid and unpaid workers, la journaliste et auteure Anne Else montre comment, comme partout ailleurs, les compressions dans le budget consacré aux soins de santé signifient une diminution du nombre d'infirmières et une plus grande implication de bénévoles, parentes ou amies, dans les soins à domicile.

Ainsi, au début du siècle, ce petit pays du Pacifique avait le premier réussi à diminuer considérablement son taux de mortalité infantile, en partie en maintenant un niveau de vie convenable pour la grande majorité de ses habitants, en partie grâce au services des infirmières visiteuses, les Plunket nurses. Ces dernières années, on a amputé le personnel salarié de la Société Plunket pour le remplacer par des bénévoles féminines, réduisant ainsi des services d'hygiène qui agissent comme préventifs, non seulement à la mortalité et aux maladies infantiles, mais aussi à la violence domestique.

Plus que jamais le bénévolat, en grande partie féminin, est mis à contribution. Comme au Québec, les listes d'attente pour les interventions chirurgicales, par exemple pour le remplacement d'une hanche, signifient que quelqu'un, la plupart du temps une femme, doit pendant la période d'attente offrir des services à des personnes de moins en moins autonomes.

Le courage d'augmenter les impôts fait défaut

La tâche du gouvernement d'Helen Clark demeure énorme s'il veut, d'une part, rétablir au moins une portion des services sociaux auxquels la population avait été habituée depuis des décennies et, d'autre part, avoir le courage d'augmenter les impôts en conséquence. Si on a déjà rétabli certains programmes d'aide sociale, pourra-t-on compenser les vies gâchées par quinze ans d'individualisme et de darwinisme social ?

On constate donc que Aotearoa, ayant depuis peu adopté une distance critique envers le libéralisme effréné dont elle a subi de plein fouet les assauts, doit maintenant, dans des conditions extrêmement rébarbatives, reconstituer une société soucieuse du bien-être de tous ses habitants. La classe moyenne supérieure qui s'est enrichie grâce aux mesures néolibérales n'est pas toujours prête à soudainement adopter une pratique de partage généreuse qui impliquerait une hausse substantielle des impôts. Les dirigeantes se retrouvent dans le rôle traditionnel des femmes, à défendre les droits sociaux et à réparer les dégâts.

Maorie, Pakehas, monoparentales, chômeuses, les femmes sont les plus touchées

Il y a une quinzaine d'années, une mère célibataire considérait sa dépendance de l'aide sociale comme temporaire. Elle pouvait espérer un logement social, une garderie pour son enfant, et la possibilité d'acquérir une formation qui lui permettrait d'accéder au marché du travail.

Dans l'économie libéralisée, la venue d'un enfant sans support du père instaure une dépendance qui, trop souvent, s'avère permanente. Sans emploi, la mère ne peut prétendre à un logement social, que les réformes néolibérales ont transformé en habitation évaluée au coût du marché. Les fonds alloués aux programmes de formation sont insuffisants et, si elle décide de s'endetter pour apprendre un métier, elle accumulera une dette qu'elle aura peu d'espoir de rembourser; après quoi, elle n'aura que très peu de chance de trouver un emploi permanent. Le rétablissement des subventions de l'État aux logements sociaux et aux programmes de formation arrivent trop tard pour les milliers de mères qui ont dû élever seules leurs enfants ces quinze dernières années.

Le règne du temps partiel

Les nouvelles chômeuses et toutes celles dont les emplois furent remplacés par des contrats à court terme et/ou du travail à temps partiel ont aussi vu leur niveau de vie s'écrouler. Le syndicat des cols blancs, un des plus dynamiques avant 1990, s'est effondré, et les nouvelles lois syndicales qui privilégient la liberté de contrat plutôt que les conventions collectives ont contribué à maintenir l'écart entre salaires féminins et masculins. Les femmes sont les plus fortement touchées par la division du travail entre un centre stable et surtout masculin, et une périphérie de travail à temps partiel, sous contrat, précaire et féminisé. Si elles sont Maories, elles seront proportionnellement plus nombreuses que les femmes Pakehas, c'est-à-dire celles d'origine européenne, à être sans travail et à dépendre de l'aide sociale.

La violence domestique augmente

L'insécurité économique et la pauvreté génèrent des frustrations qui peuvent se traduire par une augmentation de la violence domestique dont les femmes et les enfants sont les premières victimes. Dans un sondage réalisé en 1995, le tiers des hommes ont admis avoir agressé physiquement leur conjointe. Le présent gouvernement s'attaque à la prévention de la violence parmi les groupes les plus démunis, en particulier chez la population maorie.

Un budget de 3,2 millions $ZN est consacré à un programme contre la violence familiale, alors qu'un autre projet connaît un bon succès en tentant d'attirer les médecins et les infirmières maoris à venir travailler dans leur propre communauté. Mais ces mesures, comme tant d'autres, sont des réactions à des situations aggravées par la nouvelle économie tant vantée par les tenants du néolibéralisme.

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