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Le sous-commandant Parizos
N° 200 - juin 2001

L’imposture démocratique
Saël Lacroix
On ne peut être contre la vertu; le principe démocratique forme le plus beau des paravents.

« Démocratie », voici le mot qui se retrouvait sur toutes les lèvres à la clôture du Sommet des Amériques. Hommes politiques et journalistes ne juraient que par ce noble objectif, accepté et reconnu par tous comme la voie obligée du développement des peuples. Selon leurs réactions enthousiastes qui ont suivi la déclaration finale du Sommet, la rencontre des 34 chefs d'État à Québec (le 35e ne correspondant pas aux critères démocratiques fixés par l'Oncle Sam) a marqué le début d'une nouvelle ère où les différents dirigeants, forts d'une légitimité relevant du choix populaire, peuvent désormais dialoguer dans le civisme et la raison, apanage de nos sociétés libérales contemporaines, pour décider les grandes orientations sociales, politiques et surtout économiques d'un continent entier.

Une démocratie au gaz lacrymogène

Peut-être fallait-il être présent dans la vieille capitale pour découvrir toute l'absurdité et le non-sens que pouvait prendre le mot «démocratie » à cette occasion. Qu'y avait-il de démocratique dans ce fameux texte si malhabilement confisqué et dissimulé par notre ministre – élu – du Commerce extérieur Pierre Pettigrew ? Qu'y avait-il de démocratique dans cette répression policière ininterrompue qui déchargea une quantité record de gaz lacrymogène sur une foule en très grande majorité pacifique ? Qu'y avait-il de démocratique dans ce mur de la honte, barricade longue de 4 km qui séparait la population des enjeux qui la concernaient ? Enfin, qu'y avait-il de démocratique dans ce sommet où « monarques élus » et dirigeants de grandes multinationales se rencontraient pour fixer l'échéance d'un projet économique qui vise à étendre à l'Amérique entière les normes implacables de la logique productiviste; où furent ignorées les grandes questions sociales et environnementales qui se posent à nous de façon urgente aujourd'hui; où fut exclu le seul pays d'Amérique qui, malgré une politique manifestement imparfaite, démontre une forme de développement qui diffère du modèle néolibéral par l'importance qu'il accorde à certains droits sociaux ?

Un idéal raciste, sexiste, inéquitable, destructeur de l’environnement et néolibéral

Suite à l'échec de l'AMI, la riposte de la ZLEA, décrite comme une « charte des droits et libertés des investisseurs », cherche désormais à se présenter aux yeux de l'opinion publique comme la voie incontournable et exclusive du progrès. Le concept de démocratie tel qu'évoqué par les artisans de la globalisation est l'objet d'une distorsion, d'un détournement de sens. Dans les faits, la déclaration commune qui clôturait le Sommet visait davantage la mise en place d'un contexte économique favorable à l'investissement qui passe par une stabilité et une homogénéité des institutions politiques qu'une quelconque concertation des populations aux décisions de leur gouvernement. Cette même déclaration, même si elle nous fut présentée sous ses aspects les plus vertueux, ne constitue en fait qu'une première entente commune entre les 34 pays concernés dans leur ajustement aux lois du marché, faisant de la démocratie une condition, et par le fait même un outil de sélection, pour désigner les pays « aptes » à intégrer l'accord commercial.

La démocratie à Québec a servi de leurre, un voile doré pour cacher ce qui a été décrit au Sommet des peuples comme « un projet néolibéral raciste, sexiste, inéquitable et destructeur de l'environnement». L'insistance mise sur cet idéal tout au long des discussions entre chefs d'État visait à maintenir cette illusion trompeuse que les meilleurs sentiments régnaient dans le meilleur des mondes.

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