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Le sous-commandant Parizos
N° 200 - juin 2001

La répression politique, d’hier à aujourd’hui
Paul Rose
Le 24 juin 1968, lors du traditionnel défilé de la Saint-Jean-Baptiste à Montréal, quelque 500 manifestantEs étaient gazés, arrêtés, matraqués et emprisonnés dans les pires conditions au poste 4 et à la prison de Parthenais dont l’ouverture avait été devancée pour l’occasion. Battus à l’intérieur des murs, « lavés » aux boyaux d’eau froide, enfermés à plusieurs dans d’étroites cellules prévues pour deux ou quatre personnes, condamnés à s’abreuver dans le bol de toilette…

Voilà quelques-uns des traitements spéciaux dénoncés par la Ligue des droits de l’homme de l’époque et que l’on peut retrouver dans les témoignages assermentés colligés dans Le Lundi de la matraque (éd. Parti pris, octobre 1968). Aujourd’hui, 33 ans plus tard, les conditions de détention suite à des actions politiques ont-elles vraiment changé ?

Ça a changé… pour le pire

Tout ce que j’ai lu, vu et entendu à ce jour sur les 400 détenuEs politiques de Québec 2001 ainsi que les témoignages d’en d’dans que j’ai pu recueillir montrent que ce type de situation répressive à changé… pour le pire !

Bill Sloan, un des avocats des accuséEs de Québec 2001, qui a passé la fin de semaine à la prison d’Orsainville, en a vu des vertes et des pas mûres

Parlons, par exemple, de l’inflation des actes d’accusation relativement à la nomenclature des pièces à conviction 0 la simple ceinture de sécurité aquatique était devenue une « veste pare-balles »; les plastrons de carton aux jambes et à la poitrine, une « armure »; le vinaigre, les toutous et les rouleaux de papier de toilette étaient notés « armes offensives»; les mouchoirs et les lunettes aquatiques traités comme « matériel de déguisement »; les vulgaires casques en plastique d’enfant étaient inscrits au registre comme « casque d’armée »; etc. Et là on ne parle pas du traditionnel masque à gaz, la pièce à conviction suprême, hors de tout doute.

Pendant ce temps, à l’autre bout de la Ville de Québec, de « braves » juges chargés d’examiner, à distance, par caméra vidéo, la teneur de la preuve se bidonnaient à qui mieux mieux… Nombres d’accuséEs furent donc libérés sur le champ, c’est-à-dire, fin de semaine oblige, le lundi. Et tant pis pour la démocratie

Les « standards internationaux »

Dans tous les cas, tant celles et ceux qui ont été libérés sur le champ que les autres qui ont été libérés plus tard (et d’autres qui y sont encore) 0 les pires conditions de détention dignes des années soixante, les tortures postindustrielles gazéifiées et « plastisifiées » en sus. Voilà donc pour les nouveaux et prétendus plus hauts standards internationaux atteints par « notre » ministre de la Justice.

Les témoignages des emprisonnéEs concordent tous sur un point 0 les pires sévices se sont surtout produits pendant la longue période d’incarcération où les détenuEs ont été soumis à l’arbitraire le plus total de la SQ. Notamment, l’entassement dans des fourgons cellulaires, mains menottées dans le dos plus de sept heures durant, puis l’interminable internement dans une aile cellulaire policière spéciale. Plusieurs ont passé plus de 27 heures dans ces lieux exigus, soumis à des barrages d’invectives et d’injures, empilés comme des sardines et sans droit à une seule prise d’air à l’extérieur. Derrière les barreaux, ces détenuEs ont été privés de toute literie, condamnés à dormir sur le plancher de béton, disposant pour seule fontaine du bol de toilette… jusqu’à ce que l’eau soit coupée dans toutes les cellules de l’aile. Le personnel régulier d’Orsainville a été littéralement tassé au point où, lorsque les détenuEs politiques ont finalement été placés sous sa juridiction, certains gardiens ne se gênaient plus pour se demander, à haute voix, à quoi, dans les circonstances, avait bien pu leur servir de vider la prison.

Tant qu’aux comparutions, dans une grande partie des cas, elles ont eu lieu plus de 48 heures après les arrestations.

Mais le plus difficile à vivre pour ces militantes et militants enfermés dans de telles conditions aura certes été d’avoir à subir les dénonciations lancées, un peu trop promptement, par des porte-parole de groupes pas nécessairement les plus à droite.

Dire que l’on n’est pas en accord sur des stratégies de lutte de gauche, c’est une chose; mettre en doute le courage et les convictions sociales et politiques de gauche de militantes et militants en les dénonçant au même titre que nos pires ennemis, c’en est une autre.

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