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Après le stade olympique, le mégahôpital
N° 205 - décembre 2001

Le programme secret des États-Unis concernant les armes biologiques
Michel Chossudovsky
L'administration Bush s'est embarquée dans une campagne de relations publiques où les mots sont soigneusement pesés. Son objectif est de justifier l'élargissement éventuel de « la campagne contre le terrorisme international » à l'Irak et à d'autres « États voyous ».

Cette campagne de relations publiques consiste en partie à fabriquer des comptes rendus qui relient Saddam Hussein à Oussama ben Laden, c'est-à-dire à faire couler des « renseignements » destinés à amadouer la population américaine en faveur d'une nouvelle guerre contre l'Irak.

Le Sunday Mail du 25 novembre écrit que 0 « Selon un porte-parole officiel s'exprimant sous couvert de l'anonymat, les renseignements américains examinent – sans pouvoir les confirmer – des rapports selon lesquels Saddam Hussein aurait offert l'hospitalité à ben Laden et aux dirigeants talibans. Bien que Saddam laisse rarement filer la chance de mettre les États-Unis et leurs alliés en colère, ce porte-parole est d'avis que l'accueil de ces chefs de file serait " lourd de conséquences ". »

Les attaques à l'anthrax sont aussi utilisées. Washington a averti le président Saddam Hussein que s'il refuse de laisser entrer en Irak les enquêteurs des Nations Unies en matière d'armes biologiques, « il devra en subir les conséquences ». Interrogé sur ce que celles-ci pourraient être, le président Bush a répondu par un « Il verra bien ».

Pendant que l'Alliance monte son impressionnant arsenal militaire composé de porte-avions et de canonnières dans le golfe Persique, le moment précis d'une opération majeure de bombardements dirigés contre l'Irak n'a pas encore été arrêté. Il existe en outre d'importantes divergences au sein de l'administration Bush quant à la portée et à l'objectif de la guerre. Des partenaires de l'Alliance hésitent également à étendre la guerre au golfe Persique.

Les attaques à l'anthrax

En même temps que les prétendus «liens » entre Oussama et Saddam Hussein, les attaques à l'anthrax servent aussi à justifier l'extension à l'Irak de « la campagne contre le terrorisme international ». Tout en contribuant aux rumeurs à propos des attaques à l'anthrax, Washington signale que l'Irak, la Corée du Nord, l'Iran, la Syrie et la Libye ont enfreint le traité international interdisant le recours à la guerre bactériologique.

Selon le Washington Post du 19novembre, « Le sous-secrétaire d'État au contrôle de l'armement et à la sécurité internationale, John R. Bolton, affirme que l'existence d'un programme de guerre bactériologique en Irak ne fait " aucun doute " et que les États-Unis soupçonnent fortement la Corée du Nord, la Libye, la Syrie, l'Iran et le Soudan d'être à la poursuite de ces armes. De l'avis de Bolton, " les États-Unis soupçonnent fortement l'Irak d'avoir profité de l'absence des inspections de l'ONU pendant trois ans pour renforcer toutes les phases de son programme offensif d'armes bactériologiques. Il ne fait aucun doute que l'Irak possède un tel programme ". »

Réagissant aux nouvelles hypothèses de l'administration, les médias américains se préoccupent eux aussi de modeler l'opinion publique en faveur d'une opération militaire dirigée contre les prétendus « États responsables du terrorisme international », lequel impliquerait un ou plusieurs gouvernements étrangers au Moyen-Orient.

L'administration a néanmoins signalé qu'elle n'avait pas besoin « de quelque preuve que ce soit reliant Bagdad aux terroristes du 11 septembre » pour lancer une campagne majeure de bombardements contre l'Irak. La conseillère à la sécurité nationale, Condoleezza Rice, « a confirmé au cours de la fin de semaine que ce lien n'était pas nécessaire ».

Le Réseau suisse des relations internationales et de la sécurité (ISN) (relié au programme Partenariat pour la paix de l'OTAN) écrit 0 « " Nous n'avions pas besoin du 11 septembre pour savoir que Saddam Hussein est un homme très dangereux, selon Mme Rice. Il est évident que le monde se porterait beaucoup mieux, de même que le peuple irakien, si Saddam Hussein n'était pas au pouvoir en Irak. " Pendant ce temps, les médias américains cherchent à créer un nouveau consensus 0 Saddam est le chaînon manquant avec les terroristes. »

La recherche sur l'armement se poursuit en secret aux États-Unis

Il est ironique de penser qu'en même temps que Washington pointe l'Irak du doigt, les faits montrent amplement que les États-Unis se sont créé un énorme arsenal d'armes biologiques en pure violation des lois et des conventions internationales. Tout en accusant l'Irak et la Corée du Nord d'enfreindre les traités, les États-Unis contreviennent aux conventions internationales et n'ont toujours pas signé la Convention sur les armes biologiques et à toxines.

Selon ISN, « les États-Unis ont entrepris en secret un programme de recherche sur les armes biologiques qui, de l'avis de certains responsables, étire à l'extrême le traité universel d'interdiction de cet armement… Le traité de 1972 interdit aux nations de fabriquer ou d'acquérir des armes qui répandent des maladies mais il permet de mettre au point des vaccins et d'autres mesures de prévention. »

Les responsables américains défendent cette « recherche secrète » sous prétexte qu'elle est purement « défensive » et n'a pour but que de « reproduire les principales phases que suivrait un État ou groupe terroriste qui voudrait se créer un arsenal bactériologique». Autrement dit, elle a surtout «pour but de saisir en quoi consiste cette menace ».

D'après ISN, le programme secret concernant les armes biologiques, instauré sous l'administration Clinton, « a été repris par l'administration Bush qui veut lui donner de l'ampleur ».

« Des porte-parole de l'administration affirment qu'au début de l'année, le Pentagone a dressé des plans en vue d'obtenir par modification génétique une variante encore plus puissante de la bactérie à l'origine de l'anthrax, une maladie mortelle idéale pour une guerre bactériologique… Deux autres projets menés à terme durant l'administration Clinton portaient sur les rouages de la fabrication d'armes bactériologiques. Dans le cadre d'un programme désigné sous le nom de code Clear Vision, la CIA a construit et mis à l'essai le modèle d'une bombe bactériologique de conception soviétique dont les responsables de l'agence craignaient qu'elle soit en vente sur le marché international. Selon les porte-parole du renseignement, l'engin de la CIA n'était pas doté du dispositif d'allumage qui l'aurait rendu opérationnel. »

Rappelons que ces initiatives américaines en matière d'armement bactériologique se font « dans les meilleures intentions». Des documents officiels précisent qu'elles visent à empêcher des «États voyous» de recourir à la guerre bactériologique.

Toujours selon ISN, « les porte-parole du Pentagone affirment que le projet a montré avec quelle facilité un pays voyou ou terroriste pourrait construire une usine capable de produire des kilogrammes de bactéries mortelles… Tous les projets étaient " absolument conformes " au traité interdisant les armes biologiques et s'avéraient nécessaires afin de protéger les Américains contre un danger qui ne cesse de se préciser ", d'après un représentant de l'Administration Bush. Un autre porte-parole affirme que le traité permet aux États-Unis de poursuivre des recherches sur les armes microbiennes et bactériologiques " à des fins de protection ou de défense ". »

Les États-Unis s'en prennent à la Convention sur les armes biologiques et à toxines

Selon The Sunshine Project, une ONG vouée à l'interdiction des armes biologiques, les États-Unis font la promotion d'un « plan visant à saper les mécanismes internationaux de contrôle des armes biologiques ». Le projet américain a été annoncé quelques jours à peine après le début du bombardement en Afghanistan.

« Il s'attaque directement à l'article principal de la Convention sur les armes biologiques et à toxines en ce qu'il prévoit d'en faire dévier l'objectif, le contrôle de l'armement, en levant les obstacles posés à la mise au point, à l'acquisition et au stockage des armes biologiques. Si les gouvernements ne s'y opposent pas, notamment ceux de l'Europe, qui restent indécis, cela donnera le feu vert aux développeurs potentiels d'armes biologiques offensives… Les propositions ont été dévoilées le 10 octobre lors du discours prononcé aux Nations Unies par le secrétaire d'État adjoint, Avis Bohlen, l'un des responsables du contrôle de l'armement aux États-Unis. D'autres hauts fonctionnaires américains font également la navette diplomatique pour tenter de convaincre les alliés. Ce que les États-Unis envisagent, c'est de réviser l'article 1 de la Convention sur les armes biologiques et à toxines, cette réussite exceptionnelle en droit international qui interdit toute une catégorie d'armes, les agents biologiques et les toxines utilisés à des fins d'hostilité…

Ce que recherchent les États-Unis en abattant cette précieuse pierre angulaire, c'est de permettre la stratification des armes biologiques entre les " bonnes " et les " mauvaises ". Ainsi, les États-Unis pourraient poursuivre leurs travaux sur un certain nombre d'armes biologiques en voie de développement, y compris sur l'" agent vert ", ce champignon anticultures, les travaux du Pentagone sur les armes dites " non létales " destinées à maîtriser (en termes militaires américains) des civils potentiellement hostiles, ainsi que la recherche sur les superinsectes transgéniques pouvant dévorer des matières comme le plastique, le carburant d'aviation, le caoutchouc et l'asphalte. »

Remplacer le droit international par une législation antiterroriste américaine

L'initiative américaine visant à contourner le contrôle international des armes biologiques cadre bien avec le projet de loi « antiterroriste » de l'administration Bush.

D'après le Sunshine Project, « outre l'abolition de l'article 1 de la Convention sur les armes biologiques et à toxines, l'attaque des États-Unis contre le contrôle de l'armement biologique comporte une proposition dangereuse, celle d'en supprimer l'objectif qui consiste à empêcher la mise au point d'armes biologiques. Au lieu de stopper carrément la mise au point de ces armes, les États-Unis préconisent une forme perverse de juridiction extraterritoriale où les efforts internationaux se concentreraient sur les sanctions pénales pour utilisation d'armes biologiques. Les pays étrangers renonceraient donc à leur propre jurisprudence pour mettre en application chez eux une loi américaine, avec tous les différends qui en découleraient en matière d'extradition (ou d'enlèvement) ainsi que les éventuels procès à grand déploiement qui serviraient de revanche aux attentats terroristes contre les États-Unis. »

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