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N° 200 - juin 2001

La mondialisation fait 650 victimes à Trois-Rivières
Sébastien Lacroix
Les 650 employés de l'usine Fruit of the Loom, à Trois-Rivières, peuvent être considérés comme des exemples de ce qui s'en vient dans le secteur manufacturier au cours des prochaines années. Cette fermeture nous met sous les yeux les conséquences fâcheuses que pourraient avoir les ententes signées à Québec en avril dernier.

La situation n'est pas rose en Mauricie 0 outre ces 650 emplois perdus, viennent s'en ajouter 90 chez Norton à Shawinigan, et c'est sans compter les 200 travailleurs de la Tripap qui ont subi le même sort en juillet dernier. Cette région du Québec, où le taux de chômage est l'un des plus élevés, est particulièrement vulnérable à la mondialisation des marchés puisque son industrie est surtout composée d'entreprises manufacturières.

On déménage au sud

Ce secteur demande une main-d'œuvre ouvrière. Or pour les grandes entreprises, comme Fruit of the Loom qui compte sur une équipe de 33 000 employés répartis un peu partout dans le monde, il est plus avantageux que ses travailleurs soient des Latino-Américains, non syndiqués, qui seront plus enclins à accepter des salaires moindres (lire ridicules).

Le 28 septembre prochain, date à laquelle l'usine de Trois-Rivières fermera définitivement ses portes, Fruit of the Loom n'aura plus d'usine d'assemblage au Canada. Le siège social, invoquant une perte de capitaux, a décidé de fermer boutique pour éviter de perdre de l'argent. Cette entreprise fabrique des vêtements de qualité moindre à des prix comparables. Sa production est principalement concentrée dans les sous-vêtements, les tee-shirts et les tenues de sport. D'ailleurs, ils ont signé des ententes avec les circuits professionnels de baseball, de basketball, de football et de hockey.

Tout ceci sera confié à des usines situées au Mexique, au Honduras ou au Salvador, des pays où le cheap labour prédomine. Dans un contexte où les frontières seront élargies à la grandeur de l'Amérique, les gouvernements doivent agir le plus rapidement possible pour garder ces emplois. Ils n'ont toujours pas compris l'urgence d'agir pour éviter que de telles pertes se reproduisent.

Suivre l'exemple français

Nos cousins français l'ont très bien compris lorsque Danone a annoncé la fermeture, sur une période de trois ans, de six de ses 36 usines de biscuits en Europe faisant une suppression de 1780 emplois dont 570 en France. Le même jour, le groupe britannique Mark and Spencer faisait 4400 chômeurs dont 1700 en France.

Le 1er mai, jour de la fête du Travail, des milliers de personnes ont manifesté à Bordeaux, à Lesquin, à Paris et surtout à Marseille pour forcer le gouvernement à légiférer plus sévèrement les licenciements massifs. Ainsi, face à tout ce remous, la ministre de l'Emploi français, Elisabeth Guigou, a annoncé des mesures visant à rendre plus difficiles ces manœuvres. De ceux-ci ressortent un « doublement » du minimum légal de l'indemnité de licenciement qui, à l'heure actuelle, est d'un dixième de mois de salaire par année d'ancienneté. Ce qui fait en sorte que les mises à pied en coûtent davantage aux compagnies, rendant moins attrayante l'option coupure de personnel.

Les entraves de l'ALENA

Dans notre contexte, il serait plus difficile pour l'entreprise de prendre la voie facile 0 celle du Sud. Toutefois, le Chapitre 11 de l'ALENA complique les choses. En vertu de l'article 1117 qui « donne droit aux investisseurs de poursuivre les États pour toute mesure susceptible de limiter la profitabilité de son investissement… », une telle mesure deviendrait illégale. Ainsi, le gouvernement se retrouverait avec des poursuites judiciaires, lui qui en compte déjà quelque 16 milliards de dollars pour non-respect des règles imposées par les multinationales.

Le lendemain de l'annonce de la fermeture imminente de Fruit of the Loom, le premier ministre Landry était fier de venir annoncer à l'île Saint-Quentin, située au cœur des trois rivières, l'investissement massif de 300 millions de dollars dans la fusion de la Wayagamak et de Kruger. Ces fonds qui serviront à la restauration de l'industrie des pâtes et papiers permettront de sauver 450 emplois. C'est extraordinaire ! Ce jour-là, il y en avait 650 autres qui auraient eu besoin de ce coup de pouce de monsieur Landry. « C'est un accident déplorable », disait-il pour expliquer cette fermeture. Quel genre d'accident peut-on déplorer ? Un simple accrochage ou un face à face inévitable entre 650 victimes et un mur grillagé nommé 0 mondialisation !

Plusieurs de celles-ci sont des femmes âgées de 35 à 45 ans pour qui, à court ou moyen terme, il ne sera pas facile d'être reclassées. Ces couturières auront bien des difficultés dans une des régions les plus économiquement vulnérables du Québec. En Mauricie, la demande est pour les infirmières (comme partout ailleurs !), les ingénieurs, les médecins, les programmeurs et les techniciens. C'est de la main d'œuvre spécialisée qui est recherchée, ce qui sera de peu de secours pour ces travailleuses.

La relance par le coton ouaté

Au moment de mettre sous presse, M. Yves Caza, représentant national du Syndicat canadien des communications, de l'énergie et du papier de la FTQ, affirmait que « des démarches sont en cours avec l'employeur pour une relance avec de nouveaux investisseurs, mais à l'heure actuelle nous sommes au stade des réponses ». Ces réponses pourraient provenir d'investisseurs locaux ou américains à la recherche d'expansion ou d'opportunité d'affaires. Rien n'est garanti à l’effet que la relance se fasse avec le même nombre d'employés.

« On attend un promoteur sérieux prêt à investir sur du long terme et non sur du court terme pour ensuite s'en aller et qu'on soit obligé de recommencer le processus. Quand on l'aura trouvé, le Centre local de développement, le ministère de l'Industrie et du Commerce et le Fonds de solidarité de la FTQ embarqueront dans le dossier pour finaliser la vente », disait M. Caza.

Concernant le prix de la vente, le bâtiment est évalué à 1,5 millions de dollars. Fruit of the Loom devrait faciliter la vente de sa machinerie sauf s'il s'agit d'un concurrent direct. Ils écoulent 3,1 millions de douzaines de tee-shirts au Canada et ils ne seront certainement pas intéressés à ce qu'une entreprise du même secteur de l'industrie du textile vienne piger dans leur marché. Il n'y aurait pas de problème dans le cas où, par exemple, un promoteur voudrait faire du coton ouaté avec la même machinerie.

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