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Le sous-commandant Parizos
N° 200 - juin 2001
La démocratie en marche
Les mises à pied garantissent les profits
Jacques Larue-Langlois
« Un fabricant de composants de réseaux de fibre optique, JDS Uniphase. supprime 5000 emplois, soit 20 % de ses effectifs, dont la moitié au Canada. »

Tel est le libellé d’une des multiples nouvelles de cette nature qui ont fait la manchette depuis quelques mois. Les patrons n’hésitent pas à mettre leurs employés en chômage, non pas – comme on pourrait peut-être l’admettre, à la rigueur – pour éviter la faillite, mais pour s’assurer des augmentations progressives et régulières des profits. Dans le cas de la plupart des grandes entreprises, les pertes financières ne sont aucunement en cause. La faillite ne risque pas de provoquer la fermeture, mais les dirigeants décident, dans l’esprit de la mondialisation des marchés, de faire accomplir, par des ouvriers du tiers monde sous-payés et de qui on peut tout exiger, des tâches jusqu’ici dévolues aux travailleurs des sociétés industrialisées, lesquels ont le tort d’être syndiqués

Les profits engendrent les profits

Ainsi Pétro-Canada proclamait-elle un bénéfice record, pour le premier trimestre de 2001, grâce au prix accru du pétrole 0 327 millions de profits en trois mois ou 1,22 $ l’action, dont la valeur se situait à 54 cents, à pareille date l’an dernier. Les actionnaires auront ainsi réalisé des profits sur investissement de plus de 240 %, en un an. À la radio, la nouvelle était suivie d’une phrase prévoyant qu’ « on peut s’attendre , dans les semaines qui viennent, à l’annonce de profits comparables chez les autres grandes pétrolières canadiennes ».

« Mais le prix du baril de pétrole importé a considérablement augmenté », prétextent les porte-parole des pétrolières. Pas aussi rapidement que le prix de détail de l’essence à la pompe cependant. Et sûrement pas de 240 % en un an. Mais alors, pourquoi le grand capital se montre-t-il aussi goujat ?

Plus on produit des intérêts, moins on s’intéresse au produit

A l’ère du néolibéralisme sauvage, la seule loi est celle du profit. Les pétrolières, par exemple, n’ont plus comme objectif premier d’assurer la distribution de l’essence aux particuliers, mais plutôt d’assurer un continuel accroissement des profits aux actionnaires. C’est à cette fin – et à cette fin exclusivement – qu’existent et fonctionnent une majorité d’entreprises de toutes espèces et dans toutes les sphères d’activités économiques. La logique marchande en vertu de laquelle il devient nécessaire d’augmenter au besoin les prix des produits de façon effrénée (tâche rendu facile par le quasi monopole qui régit, par exemple, l’industrie pétrolière chez nous) ou encore de congédier du personnel par milliers, repose sur la nécessité d’assurer avant tout une croissance soutenue des profits. Quand les actionnaires sont particulièrement gourmands et les gestionnaires suffisamment inhumains, l’une et l’autre méthode sont combinées. Et ces salauds le font sans vergogne. Ils sont morts de rire.

Le parti des patrons, c’est de prendre leur parti

Toutes ces opérations financières s’accomplissent sous la tutelle paternelle des gouvernements. C’est ainsi que les autorités politiques des pays membres de la ZLEA en sont à accepter que les lois nationales de chaque pays ne puissent empêcher les multinationales (entreprises privées) de trafiquer librement, sans respect des lois locales. Les marchands ont priorité sur les gouvernements, qui n’osent pas intervenir puisque les partis politiques dont ils dépendent comptent sur les profits du monde des affaires pour s’assurer les fonds devant servir à se maintenir au pouvoir.

Nous les réélisons tous les quatre ou cinq ans, heureux que nous sommes de nous faire botter le derrière par le pouvoir. Remarquez que changer de parti ne sert à rien non plus 0 ils sont tous du même acabit. Si ce ne sont pas les libéraux ou les péquistes qui lèchent les bottes des nantis pour se maintenir au pouvoir à tout prix, ce seront les conservateurs, les alliancistes ou autres bloquistes. Les partis ont d’ailleurs choisi de consacrer les quatre années de leur mandat à accéder aux requêtes de leurs véritables électeurs – pas vous, pas moi, non 0 les grandes corporations financières dont dépend vraiment leur pouvoir dans ce qu’ils osent encore nommer démocratie.

D’un côté, les obèses; de l’autre, les crève-faim

Il faut que les citoyens, lésés par un système conçu dans le but d’enrichir davantage les puissants en exploitant la force de travail des petits, n’acceptent plus de servir de tremplin à des nababs gras. Et comment? En se soulevant massivement pour organiser un monde dans lequel un plafond de revenus par personne empêcherait la gloutonnerie des salauds. Il n’y a aucune raison pour qu’un individu gagne davantage qu’il n’en a besoin pour vivre – dans le confort au besoin – alors que 20 % des habitants d’un pays riche comme le nôtre vivent sous le seuil de la pauvreté. Et nous ne parlerons pas des deux tiers des habitants de la planète qui crèvent littéralement de faim.

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