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Après le stade olympique, le mégahôpital
N° 205 - décembre 2001

Le futur CHUM refuse déjà de soigner des patients !
Pierre Dubuc

Le docteur Lazure monte aux barricades



« Le mégahôpital, c’est 850 millions $, mais ça pourrait monter à 1 milliard $ », déclarait Claude Béland en rigolant comme un banquier qui va faire une passe et en se dandinant devant les caméras de télévision. On aurait dit « Allo Toto » de la publicité tellement c’était pas drôle. L’article publié quelques jours auparavant par le Dr Denis Lazure dans Le Devoir et intitulé « Évitons un second désastre olympique ! » prenait tout son sens.

Rappelons l’essentiel de l’argumentation du Dr Lazure. Les deux mégahôpitaux universitaires, l’un anglophone l’autre francophone, dans lesquels on s’apprête à investir deux milliards ne sont absolument pas essentiels. L’argument de la vétusté ne tient pas, sinon il faudrait fermer plus de 50 % des excellents hôpitaux européens. La planification et la coordination dont on a besoin sont tout à fait possibles à partir des hôpitaux actuels. Compte tenu de la performance passée des fonctionnaires et des technocrates, les mégahôpitaux seraient des gouffres financiers.

Rejoint au téléphone, le Dr Lazure – qui a été, rappelons-le, ministre de la Santé et des Affaires sociales dans le gouvernement Lévesque de 1976 à 1981 – nous dit que la goutte qui a fait déborder le vase et l’a amené à intervenir publiquement est cette manchette des journaux à l’effet que « le futur CHUM se délesterait de 25 % de ses patients – à l’urgence – et de 50 % de ses patients ayant des problèmes médicaux mineurs ».

Le cancer des hôpitaux, c’est l’insalubrité

Depuis la parution de son article, les besoins criants de notre réseau hospitalier ont été étalés une nouvelle fois dans les journaux. Un jour, ce sont les médecins de gériatrie de l’Hôpital Notre-Dame qui défient leurs patrons et convoquent les journalistes pour qu’ils constatent de visu l’état de délabrement et d’insalubrité des lieux. Interrogé par les journalistes, un des administrateurs de l’hôpital a reconnu qu’il ne voudrait pas que « ses proches soient obligés d’être traités dans de telles conditions ».

Le lendemain, on apprend que 15 décès causés par le cancer parmi le personnel des laboratoires de l’Hôpital Ste-Justine pourraient avoir été causés par l’absence d’entretien du système de ventilation. « Des sections n’ont jamais été nettoyées depuis l’ouverture de l’hôpital, il y a 50 ans », reconnaissait un porte-parole de l’administration.

Les hôpitaux jouent à la chaise médicale

Cette situation n’est pas nouvelle. Louis Roy, président de la Fédération de la Santé et des Service sociaux (FSS-CSN), nous dit que « des fuites d’eau ont été signalées dans un hôpital sur cinq au Québec ». Les infiltrations d’eau sont la pire source de contamination.

Son syndicat a dénoncé, par le passé, à maintes reprises sur la place publique le piètre état de notre réseau de santé. « Nous intervenons surtout à l’interne maintenant, reconnaît-il, parce que les employeurs utilisaient nos dénonciations publiques pour justifier les recours à la privatisation. »

La FSS-CSN n’a pas appuyé le projet de construction du CHUM. « Il y a une absence totale de vision. On nage en pleine improvisation », nous dit-il en donnant comme exemple le fait qu’on prévoit, une fois le CHUM construit sur les terrains près du métro Rosemont, déménager l’Hôpital Jean-Talon dans l’édifice actuel de l’Hôpital St-Luc qui aura été transféré dans le nouveau CHUM. La raison 0 l’Hôpital Jean-Talon serait trop près du nouveau CHUM !

Les maladies, ça ne se guérit pas avec du béton

L’argent libéré par l’abandon du projet des mégahôpitaux pourrait facilement être investi dans plus utile que le béton. « Nous pourrions procéder à des réaménagements physiques de certains établissements ou encore doter nos hôpitaux des équipements nécessaires pour traiter les malades qui doivent se rendre aux États-Unis se faire soigner dans de “ petits ” hôpitaux qui se modernisent à nos frais ! », déclare le Dr Lazure.

« Ces sommes pourraient également servir à réouvrir les lits qui ont été fermés dans les hôpitaux de Montréal, ajoute-t-il, et désengorger les urgences ou bien être consacrées à ouvrir d’autres soins prolongés. »

Vous souvenez-vous du méga-incinérateur dans l’Est ?

Dans son article, le Dr Lazure rappelle le succès de la coalition qui a combattu, il y a quelques années, le projet de méga-incinérateur qui devait être construit dans l’Est de Montréal.

Interrogé sur sa volonté de rééditer cet exploit à l’encontre cette fois des mégahôpitaux, le DrLazure reconnaît qu’il a reçu depuis la parution de son article de nombreux encouragements en ce sens. C’est donc une affaire à suivre.

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