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Les boys 3 1/2
N° 206 - février 2002

L'histoire secrète des négociations entre Washington et les Talibans
Pierre Dubuc
Dans l'édition de janvier du Monde diplomatique, le journaliste Pierre Abramovici raconte « l'histoire secrète des négociations entre Washington et les Talibans ». Il rappelle, dans un premier temps, comment la CIA voyait d'un bon œil la prise du pouvoir par les Talibans en septembre 1996 parce qu'elle mettrait fin à la guerre civile et permettrait « de construire un gazoduc à travers l'Afghanistan ». Puis, il décrit les efforts déployés par la société pétrolière américaine Unocal pour que le gouvernement américain reconnaisse le régime des Talibans, allant jusqu'à inviter une délégation de Talibans aux États-Unis en novembre 1997.

Cependant, l'arrivée à la même époque de Ben Laden en Afghanistan amène Washington à reconsidérer son soutien aux Talibans, étant donné les attaques dont on le tient responsable contre les ambassades américaines de Dar-es-Salaam et Nairobi. Ben Laden devient alors l'ennemi public numéro un des États-Unis et Unocal renonce publiquement à projet de gazoduc afghan.

Le jackpot

Mais, depuis 1997, une instance nommée Groupe 6 + 2, comprenant les six pays voisins de l'Afghanistan et la Russie et les États-Unis, sous la supervision de l'ONU, multiplie les initiatives diplomatiques pour trouver une solution politique au conflit en Afghanistan. On établit des contacts entre l'Alliance du Nord, les partisans de l'ex-roi Zaher Chah… et les Talibans! Ces derniers jouent le jeu. Ils laissent entendre qu'ils pourraient livrer Ben Laden en échange de la reconnaissance politique de leur régime.

Les négociations connaissent des hauts et des bas. Ainsi, au printemps 2000, c'est en riposte aux sanctions internationales que les Talibans organisent la destructtion spectaculaire des bouddhas géants de Bamiyan.

Pendant ce temps, est créé un comité restreint comprenant entre autres un ancien ambassadeur américain et lobbyiste d'Unocal qui laisse entendre aux Talibans qu'ils pourraient recevoir le « jackpot » s'ils consentaient à un gouvernement élargi comprenant l'Alliance du Nord et à revoir «dans un délai de deux à trois ans» la question des droits humains. Le « jackpot » étant des milliards de dollars en commissions lorsque, la stabilité étant revenu, le gazoduc pourrait être construit.

Le Département d'État contre le FBI

Avec l'arrivée au pouvoir de l'administration Bush et des intérêts pétroliers dans son entourage, les États-Unis sont à ce point convaincus de pouvoir développer un dialogue « continu » sur des bases « humanitaires » avec les Talibans que le Département d'État bloque l'enquête du FBI sur d'éventuelles implications de Ben Laden dans l'attentat contre le navire de guerre américain USS-Cole au Yémen.

Ils font même expulser du Yémen le « monsieur Ben Laden » du FBI, M. John O'Neil, afin de l'empêcher d'enquêter. Dégoûté, O'Neil prend sa retraite du FBI à la fin du mois d'août 2001 et accepte les fonctions de chef de la sécurité du World Trade Center où il trouvera la mort le 11 septembre !

Au cas où les Talibans se montreraient intraitables et ne voudraient pas coopérer, les États-Unis élaborent un « plan B » autour de l'ex-roi Zhaer Chah avec l'appui de l'Alliance du Nord. De plus, ils menacent les Talibans d'une « option militaire ouverte » à partir de l'Ouzbékistan et du Tadjikistan, deux pays avec lesquels ils ont des accords de coopération militaire. Les Américains ajoutent qu'ils pourraient relancer l'enquête sur l'USS-Cole en avertissant les Talibans que « si nous déterminions que Ben Laden est derrière, alors vous pourriez compter sur une action militaire ».

Et si Ben Laden avait décidé de frapper le premier…

Les Talibans rejettent définitivement les propositions américaines le 29 juillet 2001. Les commandos de Ben Laden sont activés à la mi-août et les tours sont détruites le 11 septembre. L'hypothèse avancée dans plusieurs milieux est que Ben Laden, convaincu que les Américains allaient faire la guerre, avait décidé de tirer le premier.

Trois jours plus tard, Unocal annonce qu'elle refuse de négocier son projet de gazoduc avec les Talibans, anticipant la chute du régime de Kaboul. Un mois plus tard, les bombardements commencent. Puis, avec la formation du nouveau gouvernement afghan, on apprend que son chef, M. Hamid Karzai, a été consultant, lors des négociations sur le gazoduc afghan pour le compte d'Unocal !

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