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Les boys 3 1/2
N° 206 - février 2002

Les chauffeurs de la banquette arrière
Jean-Claude Germain

Un rabbin, un iman et un théologien



Mac Luhan a écrit qu'on avançait vers le futur en regardant dans un rétroviseur. Ces jours-ci, lorsqu'on lui jette un œil, il y a foule sur la banquette arrière, un rabbin, un iman et un théologien, tous prêts à donner leur avis sur la conduite du monde. De quoi je m'mêle ? comme disait l'autre.

Ça fait un siècle qu'on a les reléguées au siège du passager. Et pour cause, elles n'ont été pour rien, ni de près ni de loin, sauf pour les condamner, dans aucune des découvertes qui ont façonné nos sociétés modernes, celle de l'atome, de la relativité, l'invention de la psychanalyse, la contraception, la conquête de l'espace ou la révolution informatique.

Entre le zèle et le pardon

Sous aucun ciel et autant de paradis, les religions n'ont été un moteur de changement; partout, elles ont été un frein. Au mieux, elles ont conforté les affligés, au pire, elles ont encouragé les massacres et rarement, ô combien rarement, elles ont inquiété leurs Talibans. Pour les religions, l'intégrisme n'a jamais été une faute grave. C'est toujours un excès de ferveur ou de zèle, comme le bedeau qui met trop d'encens dans l'ostensoir.

Le Pape s'est promené sur les cinq continents pour demander pardon à toutes les communautés que son Église a reniées, ignorées ou gravement offensées. Son approche exhaustive fait d'ailleurs penser à celle d'un notaire minutieux qui aurait reçu le mandat de régler tous les comptes en souffrance avant de mettre la clé dans la porte d’la shoppe. Sauf que Sa Sainteté n'a jamais présenté d'excuses ou sollicité le pardon de ses fidèles pour toutes les tortures morales que Sa propre Église, catholique et romaine, leur a infligées pour leur plus grand bien dans l'au-delà.

La guerre, c'est un excès de paix

Depuis cette date valise et bouc émissaire de septembre qui marquerait, veut-on nous faire croire, un avant et un après, il ne se passe pas une journée sans qu'à la radio ou à la télé, un théologien, un rabbin ou un iman, à tour de rôle ou tous en canon, nous expliquent ce qui s'est passé, se passe et se passera à partir d'un verset de la Bible, de la Torah ou du Coran, comme au bon vieux temps des guerres de religions, rebaptisés civilisations.

Avec une différence dans l'approche toutefois. Les hommes d'église s'affichent dorénavant comme des hommes de paix. Sauf qu'ils oublient de spécifier que chacune de leurs paix est unique, incomparable et le fruit d'une révélation divine exclusive. La raison d'être des guerres de religions n'a jamais été que les hommes de paix souhaitaient la faire mais que c'était dans la nature de leurs paix, compétitives et incompatibles, de la provoquer.

Dans cette perspective pacifique, on peut décrire le conflit actuel comme un affrontement entre la Pax americana, qui prend le judaïsme et le christianisme sous son aile, et la Pax islamica. Ça élève le débat, autrement dit ça l'évacue, parce qu'il ne s'agit pas d'une guerre de religions ou d'un choc des civilisations mais d'une sordide histoire de pétrole, d'opium, de vanité, d'humiliation, de pauvreté et de misère.

La première guerre civile mondiale ?

Je ne suis pas contre l'enseignement de la théologie à l'université. Bien au contraire, j'en suis un ardent défenseur et le chaud partisan d'un élargissement de ses cadres qui permettrait à la faculté d'accueillir dans ses rangs les économistes qui en sont toujours exclus, alors qu'ils prêchent la Pax economica avec une foi et une ardeur sacrée à faire rougir Savonarole ou Bossuet. Il n’y a donc pas à s’étonner qu’on les entende partout pour noyer le poisson.

Hier comme aujourd’hui, dans les conflits armés, les ecclésiastiques de tout acabit ont toujours relevé du service de propagande. C'est même eux qui ont inventé le mot pour la propagation de la foi.

Alors puisque la majorité des populations sont agnostiques ou croyantes du bout des lèvres, pourquoi évite-t-on systématiquement d'inviter un de leurs représentants, sous son étiquette d'incroyant, sur les panels et les tribunes ? De quoi a-t-on peur ? de leur incroyance ? ou qu'ils se souviennent que la première vertu de toutes les religions a été l'indignation devant l'injustice, le mensonge et la pauvreté ? Et que la deuxième, c'est la colère devant l'arrogance et la suffisance des riches et des puissants ?

En quoi le présent conflit est-il si différent des autres ? La réponse peut tenir en une question. Pourquoi des nations libres ont-elles senti le besoin impérieux de pointer les fusils de leurs armées vers leurs propres populations avant de les tourner vers leurs présumés ennemis ?

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