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Une ristourne de 1 145 075 $ à Alban D'Amours
N° 220 - juin 2003
Lutte des sans-emploi :
Des rives du Rio Plata à celles du Saint-Laurent
Patrick Lamoureux
Depuis le 19 décembre 2001, ça brasse fort dans la capitale argentine et, au-delà de la couverture superficielle des grands médias, se trame une expérience humaine aussi percutante que la répression policière qu’elle subit. On a pu en prendre conscience le 15 mai dernier lors d’une conférence tenue à l’Uqam et organisée par le Mouvement autonome et solidaire des sans-emploi (MASSE) et par Alternatives.

L’événement faisait suite à une première rencontre, au Forum mondial de Porto Alegre au début 2002, entre militants québécois pour les droits des travailleurs et certains de leurs pairs argentins et visait à resserrer la coopération et les échanges entre les deux sociétés. L’intention avouée par Benjamin Simard-Lachance du MASSE est de faire bénéficier les mouvements populaires québécois de l’expérience et de l’inventivité militante des citoyens argentins.

Leur efficacité certaine en matière de résistance civile nous a été montrée en début de conférence par le court-métrage Piqueteros d’Alexandra Guité qui était à Buenos Aires durant les moments névralgiques de la crise argentine (déc. 2002 fév.2003). Le film brosse un portrait de la crise, de la répression brutale qui l’accompagne et de la créativité politique et communautaire de deux mouvements piqueteros : Barrios de Pie et Aníbal Verón. Deux représentantes de ces organisations étaient sur place pour communiquer l’essentiel de leur vécu.

Cecilia Merchan, active au sein de Barrios de Pie, a pris la parole la première pour présenter, à l’auditoire venu en grand nombre, la crise telle que vécue au quotidien. Son exposé nous plonge dans le contexte prévalant avant le fatidique 19 décembre, à partir duquel 60 % des citoyens se sont retrouvés sous le seuil de pauvreté. Face à ces affres, elle nous présente ensuite les nombreuses initiatives de luttes, d’organisation et même de survie des bases populaires touchées par ce désordre… du nouvel ordre mondial !

Coude à coude dans la rue

Que les gens aient soudainement pris d’assaut les rues avec une fougue telle que trois présidents ont dû démissionner en l’espace de moins d’un mois, ne tient pas de la surprise pour les Argentins. Depuis une dizaine d’années, confie Merchan, les conditions de cette débâcle prenaient place. Au départ, les gens ont voulu croire aux remèdes de la droite économique et trouvaient l’État trop gros – un air connu ? -. Cela a permis la mise en place des mesures du FMI avec sa vague de privatisations, de mises à pied et de coupures publiques et ce, avec un zèle soutenu jusqu’à la faillite totale du pays.

« Mais, poursuit-elle, parallèlement à ces changements aux effets pervers, s’organisaient alors les premiers groupes militants dénonçant les injustices grandissantes. Chômeurs et étudiants alertaient déjà la population des conséquences à venir. Sans ces premiers efforts, nous dit-elle. La révolte du 19 décembre, coude à coude dans la rue, n’aurait jamais eu lieu. C’est à ce moment que le peuple a pris conscience de lui-même et de sa propre force ».

À son tour, Maria Julieta Giusti, du mouvement Aníbal Verón, nous a fait valoir l’organisation de la vie quotidienne dans ce contexte de pauvreté grave. Sans aide de l’État ou du privé, les sans-emploi luttent (avec 60 % de femmes dans leurs rangs) pour un toit, construisent des rues et des trottoirs, bâtissent des cantines populaires pour se nourrir. Par des assemblées populaires, ils cherchent des solutions et font des plans de travail avec les divisions de tâches qui s’imposent.

Les travaux vont de la collecte de casseroles et de petit bois pour le feu à l’éducation populaire en passant par le blocage de rues et de ponts pour faire valoir leurs revendications. Aussi, ils doivent composer avec une violente répression policière. Et, comble de malheur, sans système de santé publique, les enfants des piqueteros sont vulnérables aux maladies infantiles et meurent en grand nombre. Malgré les nombreuses difficultés à surmonter, le peuple est déterminé à devenir autonome et à être le protagoniste dans cette situation, a confié avec fierté et émotion la militante.

Mettons nos culottes pour ne pas perdre nos chemises

M. Simard-Lachance du MASSE espère de son côté que la créativité militante des Argentins inspirera les travailleurs précarisés d’ici. Il appelle à la solidarité pour les Sans-chemise – une organisation militante née dans Charlevoix en 2000 – qui lutte pour un régime d’assurance-chômage juste et d’accès universel. Après le vol de la Caisse de l’assurance-chômage (45 milliards$) par le fédéral, l’organisation conclut que : « L’État a complètement dénaturé l’objet initial du régime d’assurance-chômage. Cette dénaturation n’a pas été imposée par la situation économique, elle a été prescrite par les décideurs du marché mondial. »

Les Sans-chemise revendiquent un critère unique d’admissibilité fixé à 350 heures de travail, un minimum de 35 semaines de prestations et un taux de prestations d’au moins 60% du salaire. Comme ils disent, leurs revendications « n’ont rien de révolutionnaires puisqu’il s’agit en réalité d’un rattrapage des protections dont la population active a été spoliée au cours des vingt-cinq dernières années ».

Pour plus d’information : www.ntic.qc.ca/~masse .

Nom qu’on donne aux militants et qui vient de piquetes qui signifie blocage de rues

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