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Une ristourne de 1 145 075 $ à Alban D'Amours
N° 220 - juin 2003

D’Amours dans le club des millionnaires
Pierre Dubuc
« Les actionnaires des banques ne sont pas les seuls : les sociétaires du Mouvement Desjardins ont aussi un président millionnaire », écrivait La Presse en soulignant qu’Alban D’Amours a touché des émoluments de 1 145 075 $ en 2002, soit un salaire de 795 654 $ et une prime de 349 421 $.

Que l’on évoque le rapprochement du Mouvement Desjardins avec les banques n’est pas fortuit. Sous la gouverne de D’Amours, des frais ont été imposés pour toutes les transactions – même les dépôts – et le service à la clientèle a été réduit.

Il y a dix ans, on comptait plus de 1400 caisses. Il n’en reste que 600 et ce nombre devrait tomber à 450 en 2005. Rappelons que, non sans une opposition virulente, le Mouvement Desjardins a déjà fusionné en une seule les différentes fédérations régionales qui le composaient. Parallèlement à cette évolution, D’Amours veut s’attaquer à ce qu’il considère comme des « tabous ».

À bas le bénévolat, le populaire et le coopératisme

Premier de ces « tabous » : le bénévolat. Lors du dernier congrès d’orientation, tenu à la fin du mois de mars, une majorité des 2 300 personnes déléguées a adopté à 62 % une résolution en faveur d’une rétribution aux présidents de caisse. Par contre, le congrès a refusé à 54 % d’accorder la même faveur aux autres membres des conseils locaux d’administration.

D’Amours trouve que ça ne fait pas sérieux de s’en remettre à des bénévoles et il juge qu’il est nécessaire de rémunérer les « gestionnaires » si on veut attirer les gens compétents que nécessite l’administration de plusieurs millions de dollars. Une affirmation discutable lorsqu’on pense aux salaires mirobolants versés aux administrateurs de Nortel ou Enron, mais qui aura pour effet, par ricochet, de justifier le salaire de D’Amours.

Deuxième « tabou » : « populaire et d’économie ». D’Amours a cherché à faire sauter les mots « populaire et d’économie » dans le nom du mouvement, mais la proposition a été battue de justesse. D’Amours prédit que « l’idée va revenir puisque près de 50 % des caisses y sont favorables ».

D’Amours n’aime pas le mot « populaire » qui aurait « une consonance vieillotte auprès des jeunes ». Le mot « économie » est également loin d’être un atout dans la campagne que Desjardins veut mener auprès de ces derniers. On cherche surtout à rejoindre des jeunes qui veulent se partir une entreprise. Des jeunes qui veulent emprunter et non économiser, des jeunes qui ne viennent pas particulièrement des milieux « populaires ».

Troisième « tabou » : la part sociale à cinq dollars. Cette fois, c’est plus de 85 % des congressistes qui se sont opposés à l’abolition de ce symbole du coopératisme.

Bientôt, un président ontarien ?

Sous l’impulsion de D’Amours, le Mouvement Desjardins veut prendre de l’expansion dans le reste du Canada. Il vient de procéder à l’acquisition de la Caisse d’épargne de l’Ontario et son réseau de 25 succursales.

De plus, Desjardins et la fédération des caisses ontariennes viennent de s’entendre sur un nouveau protocole en vertu duquel les représentants ontariens pourront siéger et voter dans les instances du Mouvement, tout comme chacune des régions du Québec. La fédération ontarienne a des actifs de 2,2 milliards qu’elle entend porter à 5 milliards en 2005.

« Il pourrait même arriver qu’un jour un Ontarien devienne président du Mouvement », déclarait Alban D’Amours qui envisage de proposer des protocoles semblables aux Acadiens et aux Franco-Manitobains.

D’Amours a également affirmé qu’il voulait profiter des fusions à venir des grandes banques canadiennes pour acheter des portefeuilles de prêts et des éléments d’actifs de la clientèle des succursales qui seront jugées excédentaires lors des regroupements.

Hier, populaire et souverainiste; demain, élitiste et fédéraliste

Le Mouvement Desjardins est né et s’est développé dans les sous-sols d’église à même le bénévolat de dizaines de milliers de personnes. C’était un mouvement du peuple, qui était bien enraciné dans toutes les paroisses rurales et tous les quartiers des villes. Ses dirigeants actuels veulent le transformer en une banque « canadienne » comme les autres. Pour y arriver, ils doivent vaincre l’opposition populaire interne qui s’est manifestée au congrès pour abolir toutes les pratiques et les symboles de ce qu’a été le mouvement coopératif des caisses populaires.

Le Mouvement Desjardins est un des bastions du nationalisme québécois. Par l’élargissement des ses intérêts à travers l’ensemble du Canada, il se transformera inéluctablement en un défenseur du fédéralisme, actuel ou renouvelé.

C’est sans doute pour toutes ces raisons que, le 9 mai dernier, Alban D’Amours a été honoré par l’Ordre des administrateurs et présenté comme symbole de l’excellence dans le domaine de la gestion au Québec.

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