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Une ristourne de 1 145 075 $ à Alban D'Amours
N° 220 - juin 2003

De Lévesque à Boisclair, plus qu’un changement de ton
François Parenteau
La semaine dernière, à la télévision de Radio-Canada (je crois que c’était au Point), j’ai vu un reportage sur la formidable aventure de la nationalisation de l’électricité. On y voyait Parizeau sous son meilleur jour, en raconteur passionné et en homme d’argent qui a du cœur et des couilles. On y découvrait quelques héros obscurs qui ont fait pour l’avancement du français sans doute plus que tous nos artistes, qui en ont pourtant fait beaucoup. Et on y redécouvrait, surtout, René Lévesque, alors ministre de l’Énergie, expliquant à la population, tableau à l’appui, les raisons pour procéder à la nationalisation de l’électricité.

Wow ! Quel langage fougueux, direct et clair. À regarder parler le René Lévesque de l’époque, on comprend pourquoi il a atteint un tel statut d’icône politique au Québec. On comprend mieux aussi le désintérêt actuel pour la chose politique et le taux record d’abstentions des dernières élections.

Juste à analyser le niveau de langage, on constate à quel point René Lévesque était proche du peuple. À un moment donné, en expliquant le fouillis inextricable des lignes de transport d’électricité, il lance: « C’est une affaire de fou ». Je me souviens aussi qu’il ne se gênait pas pour utiliser les locutions anglaises répandues dans le langage québécois populaire, comme quand il parlait d’un « package deal » avec le fédéral.

Ayant réussi le parfait amalgame entre le lexique riche et la structure précise du français classique, un rythme punché à l’américaine et la verve d’éléments jouals de bon aloi, il me semble même avoir été un de ceux qui ont mis au monde la langue québécoise moderne.

Pourtant, ce côté populaire n’enlevait en rien, au contraire, à l’extrême rigueur pédagogique de ses propos. Cet homme-là savait vous faire sentir intelligent. C’est une impression plutôt rare chez nos politiciens actuels. Par exemple, Bernard Landry veut toujours prouver qu’il est intelligent et Jean Charest veut nous rassurer en prouvant que ce n’est pas si important d’être très intelligent…

Et même chez les éventuelles recrues prometteuses, le discours n’est guère plus inspirant. André Boisclair, entre autres, a complètement intégré le langage technocrate. Ce gars-là ne prend pas des vacances en Gaspésie, il procède à une décentralisation de son temps/loisir vers les régions-ressources côtières. Ce n’est plus de langue de bois, c’est du muscle intra-buccal en matière ligneuse à valeur ajoutée.

Si on veut retrouver le même genre de communicateur que René Lévesque, il faut regarder ailleurs qu’en politique. Son style s’apparenterait même à celui d’un Jean-Luc Mongrain. J’en connais qui sursauteront à ce rapprochement mais enlevez l’obsession complaisante pour les chiens écrasés, le fond de droite qui tape volontiers sur les plus faibles, les occasionnels dérapages un peu démagos et le penchant « humoriste » anti-intellectuel (bon, il faut en enlever beaucoup, j’avoue…), Mongrain est un grand communicateur.

D’ailleurs, le mépris à peine masqué qu’il inspire à plusieurs dans notre monde médiatico-artistique en dit long sur le fossé qui sépare de plus en plus nos élites et le monde ordinaire. C’est à se demander si même René Lévesque pourrait tenir aujourd’hui ses séances de vulgarisation avec le même succès critique qu’à l’époque.

Or, parmi tous les défis qui attendent le Parti québécois, la réforme du discours m’apparaît le plus urgent. Oui, il faut revoir le leadership, la plate-forme, la position sociale et les arguments pour l’indépendance qu’avance le parti. Mais il faut d’abord renouer avec un langage vrai. D’ailleurs tout est lié. Si vous ne pouvez pas utiliser un langage vrai, c’est sans doute qu’il y a trop de mensonges dans ce que vous dites…

Chers péquistes, au lieu de faire des « focus groups » et de chercher des slogans habiles, profitez de votre mandat dans l’opposition pour réapprendre à parler. Avec votre cœur. Ça aiderait grandement à combler le déficit d’attention dont souffre la cause du Québec depuis un bout de temps. Et ce déficit là est au moins aussi important que celui qu’on vous soupçonne d’avoir laissé dans nos finances…

Chronique lue à l’émission de Joël Le Bigot, Samedi et rien d’autre, à Radio-Canada, le 3 mai 2002.

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