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Une ristourne de 1 145 075 $ à Alban D'Amours
N° 220 - juin 2003

« Nous avons fait reculer l’empire Quebecor ! »
Pierre Dubuc
Piqué au vif lorsqu’on lui rapporte que certains questionnent le règlement intervenu au terme du conflit chez Vidéotron, Yves Lalonde réplique : « Rappelle-toi que Luc Lavoie, le porte-parole de Vidéotron, avait déclaré à propos de la vente de 664 travailleurs au sous-traitant Alentron : “ L’entreprise est vendue, le chèque est encaissé. ” C’est tellement vrai que Vidéotron est aujourd’hui obligé de racheter des camions et des logiciels. »

Même scénario pour les 525 employés du centre d’appels de la rue Ogilvy à Montréal que Vidéotron voulait transférer dans un édifice de Saint-Hubert, sur la Rive-sud, peu accessible par transport en commun. Là aussi, nous avons fait reculer l’empire Quebecor. Ils seront relocalisés dans un édifice de la rue Viger à Montréal », précise le président de la section locale 2815 du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP-FTQ).

Yves Lalonde reconnaît l’importance des reculs concédés par le syndicat au terme de onze mois de lock-out. « Nous étions dans une bataille défensive. Quebecor voulait nous essayer. Ils avaient monté une compagnie parallèle. Ils ont pu fonctionner avec des scabs parce que la loi fédérale qui les régit le permet. Ils pensaient nous défoncer, mais ils n’ont pas réussi. Nous avons réussi à préserver les emplois, les droits syndicaux et le noyau essentiel du syndicat. »

Le courage des syndiquées

Que le syndicat ait pu résister à cette offensive de l’empire Quebecor, il le doit d’abord au courage de ses membres, en majorité des femmes, et à la solidarité exceptionnelle du mouvement syndical.

Yves Lalonde reconnaît qu’il y a eu des moments difficiles. « Le plus dur est survenu lors de la médiation du juge Gold. C’était évident que l’employeur ne voulait pas négocier ». Par la suite, la négociation a débloqué, mais il a fallu maintenir le moral des troupes sans pouvoir les informer du déroulement des discussions, les parties ayant signé une entente de confidentialité.

Interrogé sur la pertinence d’une telle clause de confidentialité, source de beaucoup de frustrations, Yves Lalonde répond : « Nous n’avions pas le choix. Le conflit était très médiatisé. Pour débloquer la situation, il fallait y aller d’hypothèses dont on ne voulait pas qu’elles se retrouvent sur la place publique pour ne pas envoyer de faux messages ». À cet égard, il rend hommage à la patience du directeur du SCFP, Pierre Dupuis, à la table de négociations.

Si ça passe chez Quebecor, ça viendra chez nous

À la combativité exemplaire des lock-outés s’est ajoutée la solidarité du mouvement syndical pour faire pencher la balance. Yves Lalonde en est encore ébahi. « Impressionnant, extraordinaire, exceptionnel, s’exclame-t-il. C’est inimaginable toute la force que cela représente. Nous sommes allés aux quatre coins du Québec expliquer notre conflit. Ça ne s’était jamais vu au SCFP. Nous avons ramassé 900 000 $ pour bonifier les prestations de grève et aider nos membres à tenir le coup ».

« Les gens, poursuit-il, ont vite compris l’enjeu. La vente d’employés, les attaques sauvages, l’arrogance de l’employeur, les relations de travail de cow-boys, si ça passe chez Quebecor, ça viendra chez nous, disaient-ils ».

Cohabitation avec les scabs ?

La reprise du travail risque d’être difficile chez Vidéotron. Plus de 150 personnes ayant démissionné au cours du conflit, l’employeur devra embaucher du personnel. Il n’est pas exclu que s’y glissent des scabs, puisqu’ils sont déjà formés.

« Ça m’inquiète, nous dit Yves Lalonde. Il y a eu beaucoup de provocation lors du conflit. Il y avait même des “ chats ” sur Internet entre lock-outés et scabs ».

L’ensemble des relations de travail va également changer de ton. « Auparavant, rappelle Yves, c’était la concertation, un système gagnant-gagnant. Dorénavant, ce sera très judiciarisé ».

Cela ne le décourage pas. Dans quelques mois, auront lieu les élections statutaires à la direction du syndicat et il a déjà annoncé qu’il se représentera à la présidence. « C’est sûr qu’après une aussi longue période de tension, il y a le risque d’une certaine déprime. Il faudra maintenir une vie syndicale active, créer des comités, trouver une relève », nous déclare un Yves Lalonde prêt à relever de nouveaux défis.

Les termes de l’entente

C’est à une majorité de 77,6 % que les employés de Vidéotron ont accepté une convention collective de cinq ans qui comprend, entre autres, les clauses suivantes :

• Annulation de la vente de 664 travailleurs à Alentron.

• Annulation du transfert du centre d’appel à Saint-Hubert.

• Maintien des assurances collectives que l’employeur voulait supprimer.

• Augmentation de salaires de 2,5 % pour les deux dernières années de la convention.

• Augmentation du pourcentage de sous-traitance de 15 % à 20 %.

• 268 abolitions de poste, dont 120 parmi les techniciens que Vidéotron voulait transférer à Alentron. Sans mise à pied, uniquement sur la base de départs volontaires avec compensation variant entre 15 et 18 mois de salaire..

• Augmentation de la durée du travail de 35 heures à 37 ½ heures. Les techniciens seront payés pour 35 heures, les autres pour 36 ¼ heures.

• Réduction de 16 à 14 du nombre de congés fériés.

• Réductions des jours de congé-maladie. Certains bénéficiaient de 15 jours, d’autres 10. Ce sera 10 pour tous.

• Réduction du nombre maximal de semaines de vacances annuelles de 8 à 6. Maintien des droits acquis pour ceux qui en avaient plus.

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